Plaidoyer pour réhabiliter les entrepreneurs

Le coût de la renonciation à des projets d'envergure comme la construction de la centrale du Suroît et le déménagement du Casino de Montréal est un «immobilisme stérile», estime la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui constate du même coup que le milieu des affaires doit faire face à une société «plus complexe et plus apte à se mobiliser».

Au diapason du groupe des «lucides» et de certains ténors de l'industrie culturelle et du milieu des affaires, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a lancé hier un appel pour sortir le Québec de l'immobilisme en disant souhaiter que le gouvernement accorde une oreille plus attentive à la dimension économique des grands projets.

La FCCQ, qui regroupe 57 chambres de commerce au Québec, propose la création d'une agence d'analyse économique afin de faire contrepoids aux dimensions environnementales et sociales largement diffusées à travers le BAPE et la Direction de la santé publique. «Il y a un absent dans la configuration des débats, c'est la dimension économique. Ce serait important qu'il y ait un endroit neutre où l'on puisse venir discuter de la question économique. Il ne s'agit pas de faire un arrêt pour tout projet. Mais quand le gouvernement doit prendre une décision, il n'y a pas que le BAPE et la DSP [Direction de la santé publique] qui peuvent se prononcer», a lancé Françoise Bertrand, p.-d.g. de la FCCQ.

Il y a un an, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, leader des signataires du manifeste Pour un Québec lucide, décriait la torpeur dans laquelle le Québec se serait enfoncé au fil des ans. Le moindre projet ambitieux, disait-il, est rapidement accueilli par une levée de boucliers, et ce «refus global du changement fait mal au Québec». Le printemps dernier, le même discours de la paralysie économique du Québec a été martelé, cette fois-ci par les têtes dirigeantes des empires culturels québécois. Tous pointaient les groupes communautaires, dont la résistance est relayée par les médias et qui ralentiraient la performance.

L'intervention d'hier de la Fédération des chambres de commerce s'inscrit dans la même veine. Comme l'a précisé Mme Bertrand, ce n'est pas un hasard, mais il n'y a pas de concertation entre les différents acteurs. Chose certaine, pour Mme Bertrand comme pour ceux qui l'ont précédée dans cette mouvance, le climat social au Québec n'est pas favorable au développement. Elle parle d'une intolérance qui risque de saper l'esprit d'innovation.

«L'activité d'affaires et l'activité commerciale semblent avoir de la difficulté à être respectées et évaluées dans leur contribution à la société. Nous avons l'impression qu'il y a des termes qui sont devenus tabous. Pensons à profit, productivité, compétitivité, richesse énergétique, mondialisation. C'est devenu des épouvantails», a soutenu Mme Bertrand.

La p.-d.g. de la FCCQ poursuit, soulignant que le discours des opposants décourage l'entreprenariat alors qu'on devrait stimuler l'ambition et la recherche de la prospérité économique. «Ce n'est pas un phénomène des derniers mois. Peut-être est-ce inscrit dans la culture de la société québécoise. Ça semble s'être amplifié au cours des années. C'est extrêmement alarmant», a-t-elle affirmé.

Ce constat a mené la FCCQ à trouver des solutions pour réhabiliter le monde économique. La principale recommandation de l'organisme est la création d'une agence d'analyse économique. Pour appuyer sa position, la FCCQ a commandé une étude à l'économiste Yves Rabeau, qui a analysé deux projets qui ont avorté, ceux de la construction de la centrale du Suroît et du déménagement du Casino de Montréal à Pointe-Saint-Charles. Aussi, la firme Baromètre a reçu le mandat de sonder la population ainsi que les entrepreneurs qui constatent majoritairement l'immobilisme du Québec. Finalement, le cabinet de relations publiques National a analysé la couverture médiatique des projets du Suroît et du casino. Les médias ont donné un traitement «inégal», favorisant le point de vue critique des projets.

Mme Bertrand estime que le milieu des affaires doit tirer une leçon et prendre davantage en compte les préoccupations exprimées par la population. «La société québécoise est complexe. Elle est sophistiquée, éduquée, et elle sait prendre la parole. [...] Il faut prendre acte de cette réalité-là, qui doit modifier nos façons de faire en affaires. On doit mieux travailler avec les communautés», conclut-elle.