Le FRAPRU craint un détournement de fonds destinés au logement abordable

Les 187 millions de dollars que le gouvernement fédéral s'apprête à verser au Québec pour accroître l'offre de logements abordables pourraient ne pas servir entièrement à cette fin, mais plutôt à rembourser des investissements déjà annoncés par les libéraux de Jean Charest, selon le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, a en effet ouvert la porte à cette possibilité dans une lettre adressée au regroupement le 12 septembre dernier. Il y explique que «[...] le montant de 187 millions de dollars du gouvernement fédéral constituera une contribution pour financer les investissements qu'a engagés et qu'engagera le gouvernement du Québec dans le domaine du logement social».

Or, une note produite par le ministère fédéral des Finances indique que ce financement, prévu dans le budget déposé le 2 mai dernier, «n'est pas destiné à financer les coûts d'opération des logements sociaux existants, à payer pour des suppléments au loyer ou à remplacer des investissements provinciaux et territoriaux dans le logement abordable».

Le FRAPRU soutient donc qu'en se remboursant à même les nouveaux montants fédéraux pour des dépenses déjà réalisées en logement social, le gouvernement québécois irait à l'encontre des exigences d'Ottawa. Son porte-parole, François Saillant, rappelle toutefois que les conservateurs s'étaient opposés au versement de cette somme prévue en vertu de la loi C-48, adoptée sous les libéraux. Les conservateurs avaient voté contre, mais ont tout de même inscrit le montant dans le dernier budget. Il s'agit de 800 millions à l'échelle du pays. M. Saillant craint donc qu'Ottawa laisse toute la latitude voulue à Québec pour dépenser les 187 millions à sa guise.

Au ministère des Affaires municipales, on répond qu'on n'a pas encore reçu l'argent promis et qu'on verra à ce moment quelles seront les conditions fixées par le fédéral. «Dans ses relations avec le fédéral, le gouvernement du Québec a toujours plaidé pour une autonomie dans l'utilisation des sommes qu'il reçoit. Dans ce cas-ci, il faudra voir», précise néanmoins l'attaché de presse de la ministre Nathalie Normandeau, Jonathan Trudeau. Il rappelle que Québec s'est déjà engagé à bâtir quelque 20 000 logements abordables d'ici à 2009.

Si M. Saillant salue les efforts consentis, il ajoute que 35 000 ménages figurent sur la liste d'attente pour un logement social, dont 24 000 uniquement à Montréal. Il souligne en outre que 111 000 ménages consacrent toujours plus de 80 % de leurs revenus pour se loger. Des membres du FRAPRU ont d'ailleurs manifesté hier à Montréal, Gatineau, Québec, Trois-Rivières et Kamouraska afin de presser le gouvernement à investir dans ce type d'habitations. D'autres manifestations sont prévues plus tard cette semaine à Sherbrooke et à Saguenay.

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