Six millions pour combattre les gangs de rue

Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a annoncé l’octroi de six millions à la police de Montréal pour lutter contre les gangs de rue.
Photo: Annik MH de Carufel Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a annoncé l’octroi de six millions à la police de Montréal pour lutter contre les gangs de rue.

Québec a consenti hier six millions de dollars à la police de Montréal pour lutter contre les gangs de rue. Trop peu, déplore la Fraternité des policiers. Les gangs ont dépassé le stade de l'intimidation et du taxage et ressemblent de plus en plus aux familles traditionnelles du crime organisé. À quand une escouade régionale mixte pour stopper leur progression?

La présence des gangs de rue est si forte à Montréal qu'un maigre investissement de sept millions de dollars par Québec ne permettra pas de les déloger.

Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, n'avait pas le coeur à la réjouissance hier, malgré l'annonce d'une aide financière de 7,25 millions de dollars par le premier ministre Jean Charest pour lutter contre les gangs de rue. La police de Montréal recevra deux millions par an au cours des trois prochaines années tandis que 23 groupes communautaires de la province se partageront 1,25 million.

«Je suis très surpris. Je trouve ça ordinaire de pavoiser pour une histoire de deux millions par année, ça n'a pas de bon sens, a lancé M. Francoeur hier. «On banalise le phénomène. Je n'ai pas d'intérêt à apeurer la population pour rien, mais il faut prendre le problème de front avant que ça dégénère. [...] Dans quelques mois, si on ne fait pas quelque chose, on va perdre le contrôle», a-t-il ajouté.

Selon les informations de M. Francoeur, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a demandé au printemps dernier une somme de 40,2 millions sur trois ans pour agir à la fois dans les champs de la recherche, la communication, la prévention et la répression des gangs de rue. C'est sept fois plus que les sommes finalement octroyées par le gouvernement.

Le SPVM compte une vingtaine d'enquêteurs affectés au dossier des gangs de rue. Certains d'entre eux auraient confié au président de la Fraternité des policiers qu'ils n'étaient même pas en mesure de dégager un budget pour mener des opérations de filature et payer les heures supplémentaires des policiers menant des enquêtes de longue haleine.

Or les gangs de rue ont dépassé le stade de l'intimidation et du taxage dans les cours d'école et les stations de métro. Certains de leurs membres sont dans la vingtaine avancée. Ils entretiennent des liens avec les familles traditionnelles du crime organisé, notamment les Hell's Angels et la mafia italienne. Et ils seraient en mesure d'importer directement de la cocaïne des pays antillais, comme l'a révélé cette semaine un document de la GRC déposé en preuve dans le procès de 11 membres présumés des gangs accusés de trafic de drogue, complot et gangstérisme.

«Ce sont des groupes très violents, qui ne respectent absolument rien, et on dirait que le ministre de la Sécurité publique ne réalise pas l'ampleur du phénomène», déplore M. Francoeur.

Selon M. Francoeur, seule une initiative concertée des policiers de Montréal, de Laval et de Longueuil permettra d'endiguer le fléau des gangs de rue. Il a cité l'exemple des escouades régionales mixtes (ERM), au sein desquelles les policiers ont mis leur expertise en commun pour faire obstacle aux Hell's Angels et aux Bandidos. «Je parle aux enquêteurs affectés aux gangs de rue. Ce qu'ils me disent, c'est qu'il n'y a pas de plan d'attaque, de stratégie globale. Tout ce qu'on fait, c'est du cas par cas. On n'a pas les ressources nécessaires pour travailler de façon systématique pour enquêter sur un groupe ou un autre», a expliqué M. Francoeur.

Les affrontements entre gangs de rue sont responsables de huit des trente homicides survenus à Montréal cette année et de 58 tentatives de meurtre. Le directeur du SPVM, Yvan Delorme, a cependant rappelé que la criminalité diminue à Montréal, classé au cinquième rang parmi les villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord. Dans les années 80 et 90, la métropole enregistrait une centaine de meurtres par an, comparativement à 37 l'année dernière.

M. Delorme n'a pas voulu dire à quoi les six millions seront consacrés. Les policiers ont fait preuve d'une présence accrue cet été au centre-ville afin de dissuader les gangs de régler leurs comptes entre eux sur la voie publique. L'initiative s'est avérée efficace et pourra être répétée, s'est borné à dire M. Delorme.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a pour sa part rappelé, avec une certaine justesse, le rôle crucial des parents dans les efforts de prévention. «On dit souvent que les jeunes décrochent, mais il y a également beaucoup de parents qui décrochent. Les jeunes ont besoin d'amour, d'affection, d'encadrement parental. Ça veut dire une présence pour identifier les changements de comportement. Quand un jeune arrive à la maison avec un cellulaire et une veste de cuir qui n'ont pas été achetés par les parents, il y a des questions à se poser», a dit M. Tremblay.

Même si la police a reçu la part du lion hier, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a souligné l'importance des activités de prévention menées par les écoles et les groupes communautaires auprès des jeunes. Il a bien l'intention de les inclure dans le plan d'action sur les gangs de rue, en cours d'élaboration au sein de son ministère. «On ne peut pas être heureux du phénomène des gangs de rue et il faut s'en occuper», a-t-il dit.

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