Violente prise de bec entre une députée libérale et le sous-ministre à la Santé

Québec - Le sous-ministre à la Santé et aux Services sociaux, Pierre Gabrièle, est sorti de ses gonds hier en accusant la députée libérale de Laviolette, Julie Boulet, d'utiliser son immunité parlementaire pour lancer des clichés méprisants à l'endroit des fonctionnaires.

M. Gabrièle comparaissait devant la Commission de l'administration publique pour répondre aux questions des députés à propos des recommandations du Vérificateur général sur les soins à domicile. Sept des onze recommandations formulées en 1994 n'ont pas été appliquées, comme le rappelait le vérificateur dans son rapport 2000-2001.

Critique libérale en matière d'assurance-médicaments, la députée de Laviolette a accusé le sous-ministre de rester dans «un bureau à Québec» alors que les employés du vérificateur général «sont allés sur le terrain». Selon Mme Boulet, le sous-ministre a donné l'impression «que tout va bien, qu'on nage dans le meilleur des mondes au niveau des services à domicile». Or la réalité est tout autre, notamment en ce qui a trait à la pénurie de médecins en régions, et singulièrement dans la région de la Mauricie, a soutenu la députée. «Vos paperasses, puis vos ententes, puis tout ça, tout ce processus-là, cette procédurite aiguë ne fait qu'irriter les gens qui ont besoin de services sur le terrain», a-t-elle dit.

Pierre Gabrièle a pris la mouche. «C'est comme si la députée ambitionne sur le sous-ministre et les fonctionnaires en faisant des clichés, et des clichés même méprisants pour la bureaucratie, alors que la permanence de l'État, c'est justement la fonction publique, en sachant très bien que je n'ai pas l'immunité parlementaire pour y répliquer.»

Le gouvernement québécois dépense 555 millions dans les soins à domicile. Le sous-ministre a indiqué que la nouvelle politique en matière de soins à domicile était fin prête mais n'était pas dévoilée faute de ressources financières pour la mettre en oeuvre. «Si on lance une politique et qu'on ne donne pas l'investissement nécessaire, c'est comme si nous mettions juste la pression sur les établissements», a-t-il dit. Cette nouvelle politique coûtera 300 millions de plus par année.

M. Gabrièle a souligné que le maintien à domicile des personnes âgées est affaire de valeurs et de qualité de vie. Mais cette politique répond également à des impératifs financiers. L'hébergement de longue durée ne devrait être qu'un dernier recours. Il en coûte de 40 000 $ à 45 000 $ par an pour toute personne hébergée, contre

25 000 $ par année pour les soins à domicile.

Le sous-ministre a également rappelé que le panier de services offert, qui varie d'un CLSC à l'autre, sera «standardisé» et soumis à «des critères de priorisation». Les CLSC ne pourront plus faire du rationnement en diminuant le nombre d'heures de soins prodigués à chacun des patients. «Nous allons corriger cette situation. Ce qui peut arriver à ce moment-là, c'est que nous puissions avoir des listes d'attente», a révélé M. Gabrièle. Du rationnement des heures de soins, on passera donc aux listes d'attente. Toute une amélioration.