Salons de cigare et bars à narguilé peuvent narguer la loi anti-tabac

Au Café Gitana à Montréal, on peut fumer le cigare et la chicha, autre nom pour le narguilé.
Photo: Jacques Grenier Au Café Gitana à Montréal, on peut fumer le cigare et la chicha, autre nom pour le narguilé.

Au Québec, les établissements où on fume le cigare et le narguilé (pipe à eau) ont échappé à la loi antitabac entrée en vigueur le 31 mai dernier. Une exception accordée pour des raisons culturelles, qui déplaît aux organismes de lutte contre le tabac.

Il y aurait seulement une quarantaine de salons de cigares et de bars à narguilé au Québec, selon les plus récentes données du Service de lutte contre le tabagisme. Une réglementation très sévère les encadre et interdit d'ouvrir tout nouvel établissement.

«Nous vendons de la culture. Avec notre décor et notre musique, nous reflétons la Turquie, la Grèce, l'Arménie, le Kurdistan, bref le Moyen-Orient», lance Irfan Boko, propriétaire du Café Gitana à Montréal, où on peut fumer le cigare et la chicha, autre nom pour le narguilé.

L'attachement de M. Boko à sa culture lui coûte cher. Conformément à la nouvelle réglementation, il ne peut plus servir de nourriture. «Ça a fait mal à notre chiffre d'affaires, c'est sûr, mais pas assez pour faire faillite», affirme-t-il.

Il a également dû investir presque 15 000 $ dans un nouveau système de ventilation à pression négative, désormais obligatoire.

M. Boko peut se considérer chanceux, car son établissement répondait déjà aux deux autres critères du ministère de la Santé: il était déjà en exploitation le 10 mai 2005 et il avait généré des revenus bruts, liés au tabac, d'au moins 20 000 $ au cours de l'année précédente.

Du narguilé sans tabac

Ouvert le 16 novembre dernier, le salon Orienthé ne satisfaisait pas ces conditions. Le propriétaire a trouvé une solution: utiliser dans ses narguilés un mélange sans tabac. Sans quoi son commerce serait devenu illégal du jour au lendemain, après l'adoption de la loi.

«Les clients apprécient. Comme il n'y a pas de nicotine ni de goudron, c'est meilleur pour la santé et le goût est très bon aussi», dit

le propriétaire d'Orienthé, Olivier Martin.

Du narguilé sans tabac. Voilà une idée qui va plaire à coup sûr à la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, qui ne comprend pas pourquoi on a fait une exception pour les salons à cigares et les bars à narguilé. «Nous avons toujours demandé à ce que tous les milieux de travail, sans exception, et en particulier le personnel qui y travaille, soient protégés de la fumée», affirme Louis Gauvin, coordonnateur de la Coalition, qui prévoit une demande d'amélioration de la loi en 2010, lorsque sera déposé le rapport sur sa mise en oeuvre.

Le 13 juin dernier, lors des débats de la Commission permanente des affaires sociales, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a dû répondre à une critique de la députée de Rimouski, qui qualifiait d'«incohérence» l'exception accordée à ces établissements. La réponse du ministre: il y a «des Québécois originaires de plusieurs pays, notamment le Moyen-Orient, où la consommation des pipes à eau, par exemple en groupe, est une caractéristique ou une coutume culturelle importante». Les arguments de santé publique étaient valables, a-t-il ajouté, mais compte tenu de la «question culturelle», le législateur désirait «faire preuve d'équilibre».

Précisons enfin qu'il est strictement interdit de fumer la cigarette dans les salons à cigares et les bars à narguilé. De plus, les mineurs n'y sont pas admis.
1 commentaire
  • Marc Lavallée - Inscrit 9 août 2006 12 h 07

    la culture de la boucane

    Le ministre dit:
    «des Québécois originaires de plusieurs pays, notamment le Moyen-Orient, où la consommation des pipes à eau, par exemple en groupe, est une caractéristique ou une coutume culturelle importante»

    Cette citation pourrait très bien s'adapter à n'importe quelle culture contemporaine, en remplaçant "pipes à eau" par "cigarettes".

    Qui gagnera cette bataille de la boucane? Ceux qui ont le privilège de se cacher derrière leurs cultures traditionalles où ceux qui peuvent prouver la nocivité des fumées, quelles que soient leur ingrédient de base? Est-ce que fumer de la verveine ou du patchouli dans une bouteille décorée est vraiment moins nocif et plus acceptable que fumer du tabac dans un tube de papier? Est-ce que le musée Dufresne sur la rue Sherbrooke pourrait rouvrir son fumoir à opium sous prétexte de "vendre de la culture"?

    Je m'y connais assez peu en boucane, mais je constate que le multiculturalisme canadien peut être une voie d'évitement très efficace...