Chutes de lamelles: le constructeur de la GBQ décline toute responsabilité

Tout était prévu, ou presque. Même le bris éventuel de plusieurs dizaines de plaques du parement extérieur de la Grande Bibliothèque (GBQ). Tout, sauf un détail important, majeur, capital. À savoir qu'en chutant d'une hauteur de plusieurs dizaines de mètres, le verre trempé, même réduit en morceaux non tranchants, met en danger les passants, les lecteurs comme les béotiens.

Une huitième lame est tombée le week-end dernier. L'édifice compte encore 6274 menaces.

«Tout le monde a agi de bonne foi et nous avons eu des centaines, voire des milliers de discussions sur les lamelles de verre», explique Pierre Pomerleau, président-directeur de l'entreprise qui a construit la GBQ, en entrevue au Devoir. «Ça me semble évident que tous les professionnels savaient que des lamelles allaient tomber. On avait même prévu des pièces de rechange en quantité. Tout le monde savait qu'il en tomberait, on se comprend. Mais personne, personne, n'a pensé qu'en chutant elles poseraient un problème de sécurité publique.

Les experts attendaient une pluie fine de petits morceaux de verre trempé. La première chute de morceaux tombant de cent pieds a provoqué un réveil brutal.»

L'aveu présidentiel a suivi la diffusion, hier, d'un rapport d'expertise commandé par la firme Pomerleau sur le problème récurrent des dangereuses chutes de plaques. L'expert américain Thomas L. Read, présenté comme une «sommité mondiale dans l'analyse des bris de matériau de verre», y réfute les principales conclusions des deux confrères canadiens embauchés précédemment par la GBQ. Pour lui, le bris n'est certainement pas causé par des rayures ou des fissures dans le verre, ni même par une mauvaise manutention lors de la pose.

Le spécialiste californien reprend autrement les confidences du président québécois en affirmant qu'au fond, «le problème de sécurité découle directement de la hauteur de chute des lamelles de verre»... Une solution évidente en découle. Il s'agira de laisser tomber les plaques dangereuses tout en s'assurant qu'un nouveau système de sécurité, une marquise ou un filet, en récupère les morceaux.

La pelade n'est pas le seul problème de l'immeuble au «derme de givre», comme l'a poétiquement décrit Lise Bissonnette, directrice générale de Bibliothèque et Archives du Québec, responsable de la GBQ. Vendredi dernier, la rupture d'une canalisation d'évacuation des eaux de pluie a détrempé des documents dans la salle de tri des prêts de la bibliothèque. Avant-hier, un enfant est demeuré coincé dans la porte-tournante de l'entrée principale. Des pompiers l'ont tiré d'embarras sans rien changer à la déveine de l'immeuble tout neuf.

La firme Read Consulting, de Californie, se concentre sur le casse-tête du parement extérieur. Son document souligne que le phénomène de rupture du type de matériau utilisé à la GBQ est bien connu et parfaitement documenté dans l'industrie. «La probabilité de bris spontanés, causés par des imperfections lors de la fabrication du verre brut, était donc de la connaissance des professionnels et des responsables du chantier de la Grande Bibliothèque», résume le communiqué diffusé hier par Pomerleau.

Le rapport établit également qu'un traitement thermique spécial, le Heat Soak Test (HST), aurait permis de réduire substantiellement la probabilité de casse. Seulement, selon ce qu'affirme M. Pomerleau en entrevue, ce traitement a été retiré de l'appel d'offres de la GBQ et n'a donc jamais fait partie du contrat accordé à l'entrepreneur et à ses sous-traitants. «Pomerleau a émis de sérieuses réserves quant à la décision de retirer le traitement préventif de l'appel d'offres et l'entrepreneur a fait savoir aux professionnels qu'il ne pouvait garantir les lamelles décoratives contre ce type de bris si le HST n'était pas réalisé», dit encore le document de la compagnie.

Cette entreprise demeure une des plus importantes du secteur au Québec, avec trois quarts de milliards de dollars de réalisations par année sur une centaine de chantiers impliquant des dizaines de bureaux d'architectes et toutes les combinaisons possibles et imaginables de contrats, du clé en main aux services partiels de gestion. La pose de lamelles décoratives de verre était toutefois une première pour la firme. «La technique n'a jamais été utilisée en Amérique du Nord et probablement pas en Europe de cette façon, dit Pierre Pomerleau. Les codes de construction ne prévoient d'ailleurs rien à ce sujet.»

Thomas L. Read souligne en tout cas que le nombre de bris de lamelles à la GBQ s'avère très inférieur à ce qui est généralement observé dans l'industrie. Cette situation indiquerait que le sous-traitant de Pomerleau, Vertech, a bien analysé les contraintes du matériau et livré «le meilleur produit possible». D'ailleurs, toujours selon Read Consulting, la retrempe du verre, comme le propose un autre expert, s'avérerait inutile, prendrait six ans «au minimum» et ne réglerait pas le problème de sécurité.

Alors, que reste-t-il comme solution? L'expert du constructeur demeure laconique et catégorique. Selon lui, deux solutions se présentent maintenant. La première consisterait à changer toutes les 6282 pièces trempées par du verre laminé comme celui des pare-brise, ce matériau ayant l'avantage de se briser sans se détacher, puisqu'il est collé a des structures de plastique. La seconde idée propose tout simplement de laisser les pièces défectueuses en place tout en offrant une meilleure protection aux passants.

C'est peut-être ce qui va se produire, au moins à court et à moyen terme. «De notre point de vue, retremper le verre, ce n'est pas une solution, dit Pierre Pomerleau en énumérant et en rejetant à son tour les hypothèses. Soumettre les plaques à un HST non plus. Changer les attaches, comme le suggère un spécialiste, c'est ridicule et farfelu. Laminer le verre, c'est possible, mais coûteux. Cependant, il y a certainement moyen de faire quelque chose de bien pour protéger le public. Actuellement, il y a des tentes autour des entrées. On n'en placera pas tout le tour de la Grande Bibliothèque. Mais c'est une bonne mesure de protection.» Il évoque aussi l'idée d'ajouter une marquise ou une sorte de filet de sécurité qui pourrait ceinturer l'immeuble.

Des discussions ont eu lieu hier entre les trois experts au dossier, les deux de la GBQ et celui de l'entrepreneur. D'autres suivront dans les prochaines semaines, assure Pierre Pomerleau. «Nous entretenons d'excellentes relations, dit-il. Il existe des solutions et nous sommes en train de les examiner. Nous sommes le constructeur et nous nous attendons à ce que les concepteurs soient mis à contribution. Clairement, c'est à eux de trouver une solution.»

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2 commentaires
  • Antoine Beaulé - Inscrit 7 juillet 2006 10 h 06

    Pas dans ma cour

    imaginez des professionnels de la constructions ne pas savoir que des chutes de lamelles de cette hauteur peuvent-etre dangereuses et bien je me demande quand allons ns leur retirer le droit de pratique.merde ou allons-ns.bonne a.m

  • Gilles Breault - Inscrit 7 juillet 2006 12 h 32

    Pierre Pomerleau- Q.I .= 0

    Réaction de Pierre Pomerleau à la chute de pièce de la grande bibliothèque: "..DAAAAAA.." fin de citation.
    Bris éventuel important connu, mais pas penser aux risques ?? !!!