L'impasse persiste sur la Rive-sud

L'ultimatum fixé par Québec n'aura pas suffi à faire bouger les choses sur la Rive-Sud dans la région de Montréal, où le conseil d'agglomération de Longueuil n'est pas parvenu hier à sortir de l'impasse budgétaire qui persiste depuis six mois. La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, devrait donc mandater la Commission municipale du Québec (CMQ) pour trancher la délicate question de l'adoption du budget global de 240 millions de dollars, fixé par décret gouvernemental.

Les élus des cinq villes de la Rive-Sud devaient trouver une solution avant minuit hier, mais la rencontre prévue pour mettre un point final au litige n'a même pas eu lieu, faute de quorum. Les maires de Brossard, de Saint-Bruno et de Saint-Lambert ne se sont tout simplement pas présentés à ladite réunion. La mairesse de Boucherville, Francine Gadbois, était toutefois présente, tout comme le maire de Longueuil, Claude Gladu.

Ce dernier ne cachait pas son immense déception hier. «Ça va très mal. Pourtant, même s'ils étaient en désaccord avec le budget, les autres maires auraient pu se présenter pour expliquer pourquoi ils étaient en désaccord, a souligné M. Gladu. Maintenant, ils vont se faire imposer un budget, mais dans un mois. En attendant, on ne peut pas envoyer les comptes de taxes et on va continuer de payer des intérêts sur le prêt [contracté par l'agglomération pour payer les services municipaux].» Ce prêt, qui dépasse les 175 millions, coûte au bas mot 600 000 $ en intérêts chaque mois, selon le maire Gladu. Les élus de la Rive-Sud voudraient d'ailleurs que Québec paie cette facture.

Le maire de Brossard en colère

Mécontente de la proposition de Longueuil, la Ville de Brossard a vivement rejeté le nouveau budget de dépenses et le règlement de taxation. «Longueuil a utilisé des artifices comptables qui ne diminueront d'aucune façon le compte de taxes d'agglomération des citoyens de Brossard. Cela est inacceptable», a soutenu le maire de Brossard, Jean-Marc Pelletier. «Nous pensions sincèrement que Longueuil aurait profité du décret pour réduire réellement les dépenses de 16 millions de dollars afin de permettre d'alléger le fardeau fiscal de nos concitoyens. Malheureusement, ces derniers recevront le même compte de taxes que celui qui leur aurait été envoyé en mars dernier si on avait adopté le budget à ce moment-là», a-t-il ajouté. Le budget initialement proposé par Longueuil s'élevait à 256 millions de dollars, ce à quoi s'opposaient les autres villes.

«En bout de ligne, les dépenses réelles n'ont absolument pas été réduites. Longueuil n'a pas diminué le personnel de l'agglomération et n'a pas baissé les frais d'administration chargés aux villes liées pour effectuer les fonctions d'agglomération. Pis encore, Longueuil transfère à Brossard des dépenses additionnelles d'environ un million de dollars», a expliqué M. Pelletier.

Le maire de Longueuil a rétorqué que, malgré les points litigieux, il était prêt à s'asseoir avec les autres maires, une fois le budget adopté, pour discuter des différents problèmes qui n'auraient pas été réglés. Il a aussi soutenu que Longueuil avait démontré sa bonne foi en acceptant de céder une partie de son parc industriel aux quatre villes défusionnées. M. Gladu a par ailleurs critiqué le principe de la double majorité. Cette façon de fonctionner au conseil d'agglomération donne à Longueuil et aux villes défusionnées un poids égal lors des votes. Les autres mairies sont favorables à cette idée.

Le porte-parole de la ministre des Affaires municipales, Jonathan Trudeau, a souligné que l'impasse à l'agglomération de Longueuil était «déplorable». Mais, a-t-il ajouté, «nous ne sommes pas surpris». M. Trudeau a d'ailleurs expliqué que cette éventualité était prévue et que le budget serait bel et bien fixé d'ici au 28 juillet par la CMQ. Ce budget de 240 millions comprend notamment les effectifs policiers, les services d'incendie ou les transports. Il n'a pas été possible d'obtenir de réaction de la part des municipalités de Saint-Lambert et de Saint-Bruno hier.