On veut des chiffres, dit Charest

Le chef libéral Jean Charest met au défi l'Action démocratique de dire combien coûtera son plan en matière de santé. «Show me the money», s'est-il exclamé, reprenant ainsi une réplique célèbre d'un film américain.

Interrogé hier matin après son passage à la station de radio anglophone montréalaise CJAD, M. Charest a tenté de démolir le plan adéquiste en santé, dévoilé la veille, qui prévoit la possibilité de pratiquer beaucoup plus d'interventions chirurgicales dans le secteur privé moyennant le paiement de certains coûts par le patient.

«Qu'il [M. Dumont] nous donne donc ses chiffres. Moi, je les ai donnés, mes chiffres. Qu'il dise aux citoyens du Québec combien ça va leur coûter», s'est exclamé un Jean Charest plus mordant qu'à l'habitude. «Il n'y en a pas, de prévision de coûts à l'ADQ; il n'y a pas de chiffres à l'ADQ; il n'y a pas de politique qui se tient à l'ADQ. M. Dumont, il va falloir qu'il nous dise comment il va mettre ça en place.»

Quand on lui a souligné que le Dr Stephen Morgan, qui a présenté à la presse le plan de l'ADQ en santé, a affirmé que l'implantation du plan adéquiste pouvait se faire sans coûts additionnels, M. Charest a répliqué: «Ouais, bien, bonne chance.»

Le chef du PLQ a laissé entendre qu'avec le plan adéquiste, le coût des régimes privés d'assurances augmenterait, puisqu'une partie de la facture actuelle de soins de santé serait refilée aux régimes privés. «Combien ça va coûter au citoyen privé aussi — parce que ce n'est pas juste le public. Les assurances privées, ce n'est pas juste les patrons dans les entreprises qui vont en vouloir. Les travailleurs vont-ils être en classe économique et les patrons en classe affaires?»

Interrogé sur la pertinence d'autoriser des interventions chirurgicales dans le secteur privé — ce que veut faire l'ADQ pour réduire les listes d'attente —, M. Charest a répliqué: «Je suis totalement opposé à un système de santé à deux vitesses.»

Le chef du PLQ a ridiculisé la volonté de l'ADQ d'exiger que les médecins fassent un nombre minimal d'interventions dans le système public avant de pouvoir opérer dans le secteur privé. «Les médecins qui vont aller dans le privé, vont-ils aller dans le privé pour gagner moins d'argent que dans le public?», a-t-il demandé avec une pointe d'ironie. Les médecins «vont répondre à ceux qui veulent se faire opérer plus rapidement» et les autres vont attendre, croit-il.

À ses yeux, un tel système engendrerait des conséquences «dramatiques» et entraînerait «une hausse de coûts substantielle pour l'administration de notre système de santé».

«Dans un contexte de pénurie d'infirmières et de médecins, ce que propose Mario Dumont est un désastre; il ne faut pas se leurrer là-dessus», a lancé le chef libéral. Il a invité ceux qui seraient tentés par l'aventure du privé à examiner le système de santé des États-Unis.