SAQ: le président du c.a. remet sa démission

Le président du conseil d'administration de la Société des alcools du Québec, Raymond Boucher, a remis hier en fin de journée sa démission, estimant qu'une véritable vendetta «médiatique et politique» est orchestrée contre la SAQ par «ceux qui s'affairent à saboter nos institutions», une crise qui a pris selon lui «des proportions tout à fait démesurées» et qui vise en fait le gouvernement de Jean Charest.

M. Boucher affirme que la controverse qui fait actuellement rage au sujet des pratiques de la Société d'État est alimentée par une opération médiatique et politique qui dépasse largement la Société et vise en fait le gouvernement libéral et le premier ministre Charest. «Force est de constater que l'étiquette d'"organisateur politique libéral" qu'on se plaît à coller à ma personne est devenue une distraction importante qui me compromet dans l'exercice de la fonction de président du conseil et qui est nuisible aux intérêts de la SAQ. De plus, elle risque de nuire au gouvernement et au premier ministre en particulier. Inutile de vous dire que je préfère, dans les circonstances, privilégier ces intérêts supérieurs aux miens», écrit-il dans une longue lettre envoyée aux médias.

Répondant aux critiques formulées en raison de l'écart entre les prix de certains produits offerts à la SAQ et ceux vendus par la LCBO ontarienne, M. Boucher souligne qu'au fil des ans, «le gouvernement québécois a exigé de la SAQ un dividende qui l'a contraint de prendre un taux de majoration élevé». S'il reconnaît que la différence est «substantielle», il ajoute toutefois que «pour ceux qui souhaiteraient que les vins de la SAQ se vendent au même prix qu'en Ontario, il faudrait réduire le dividende versé par la SAQ au gouvernement de 250 millions».

Au sujet de la controverse soulevée par la négociation à la hausse des prix des produits transigés en Euros, M. Boucher rappelle que la SAQ a pris des mesures appropriées en remerciant deux vice-présidents. Il souligne aussi que le rapport juri-comptable KPMG, produit à la demande du comité de vérification de la Société d'État, «a blanchi de façon non équivoque et le conseil d'administration, et le président directeur général dans cette affaire. La SAQ s'est excusée pour ces ratés et a annulé toutes les transactions fautives (29 produits sur 603). Aucun client de la SAQ n'a eu a payer un prix "gonflé" pour quelque produit que ce soit».

Celui qui a présidé à la campagne des libéraux provinciaux en 2003 rappelle également que Sylvain Toutant a été recruté sous son règne, avec pour mandat «de faire de la SAQ un véritable commerce de détail qui négocie les prix de ses fournisseurs pour qu'ils reflètent enfin l'importance de son pouvoir d'achat et afin d'obtenir rien de moins que le meilleur prix coûtant canadien, explique-t-il. Ce virage ne se sera pas opéré sans déplaire à plusieurs fournisseurs et agents, et c'est le moins qu'on puisse dire.»

M. Toutant aurait relevé le défi qui lui avait été proposé. «Il a réussi à relancer le vaisseau amiral qu'est la SAQ sur une nouvelle voie», souligne M. Boucher, qui vante les résultats obtenus. Les ventes ont en effet augmenté de 9 % en deux ans, malgré une longue grève, et le dividende est passé de 575 à 667 millions, soit une augmentation de 17 %. Les frais d'exploitation de la SAQ sont aussi passés de 23,8 % de ses ventes à 21,5 %.

Fier du travail accompli depuis sa nomination, en juin 2003, Raymond Boucher rejette les critiques adressées au conseil d'administration de la Société d'État. «Devant la controverse soulevée récemment par les pratiques récentes de la SAQ en matière de la détermination de ses prix, le conseil d'administration de la société a pris, selon moi, toutes les mesures qui s'imposaient pour aller au fond des choses et restaurer le plus rapidement possible la confiance envers la SAQ.»

Répétant à maintes reprises qu'il a agi à titre bénévole, il s'en prend à nouveau aux «médias», leur intimant de prendre note que les membres du conseil d'administration ont seulement droit à certains rabais sur les produits de la SAQ, au même titre que les cadres de l'entreprise. Il ajoute qu'ils peuvent réclamer des remboursement sur des «produits alcooliques pour fins de représentation».

Raymond Boucher regrette toutefois de ne pas avoir remis en question ces pratiques. Il invite d'ailleurs le gouvernement à établir «de nouvelles règles en matière de gouvernance des sociétés d'État à vocation commerciale». M. Boucher souligne que ces règles devraient être «à la hauteur des lourdes responsabilités qui reviennent aux administrateurs dans le monde d'aujourd'hui, en commençant par une rémunération raisonnable pour le service rendu. Le "bénévolat" ne résiste pas à l'analyse. Il n'entraîne que de la médiocrité et la création de passe-droits qui n'ont pas leur raison d'être.»

Michel Audet à la rescousse

Le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, se porte par ailleurs à sa défense, malgré sa valse-hésitation des derniers jours. Il rappelle que le conseil d'administration que présidait M. Boucher avait lui-même demandé au gouvernement, et de façon unanime, de mandater le Vérificateur général, Renaud Lachance, afin de faire la lumière sur les pratiques commerciales de la SAQ.

«Je n'ai aucun doute que le vérificateur général confirmera en bout du compte que l'intégrité des membres du conseil d'administration de la SAQ et de sa direction n'est pas en cause dans la présente controverse», prédit déjà Raymond Boucher.

Michel Audet a d'ailleurs souligné «son dévouement et son haut sens des responsabilités».
1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 26 février 2006 14 h 05

    Vendetta médiatique et politique

    C'est vrai ce que dit M. Boucher au sujet d'une vendetta médiatique et politique à l'égard du gouvernement libéral de M. Charest. Cela a toujours existé au Québec puisque la plupart des journalistes et des syndcalistes de la vieille garde des baby boomers ont toujours été en faveur de la souveraineté. Il reste tout de même que les administrateurs des Sociétés d'État au Québec se lancent dans toutes sortes de dépenses extravagantes, que ce soit en voyages, en mobilier, en repas et en frais d'administration qu'il est normal que les consommateurs paient leur alccol plus cher au Québec que partout ailleurs au pays sans compter les dégustations de vins chiliens quelquefois infectes dont le prix à l'achat ne dépasse pas 2 $ et qui sont vendus à 13 $ la bouteille alors que l'on retrouve des Bordeaux au même prix dans d'autres provinces. Il faut à un certain moment faire la part des choses et prendre en exemple Wal Mart avec ses modestes bureaux du simple gérant jusqu'au plus haut cadre supérieur de la compagnie afin de donner la chance au consommateur de profiter des meilleurs prix.