SAQ: Dumont demande à Charest de faire cesser l'intimidation

Québec — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a exigé du premier ministre Jean Charest qu'il fasse cesser «l'intimidation» dont ferait preuve le président du conseil d'administration de la Société des alcools du Québec (SAQ) et président de la campagne électorale du chef libéral en 2003, Raymond Boucher.

«L'Assemblée nationale est constituée de représentants du peuple et il est inadmissible de demander à un député de se taire. Au contraire, ce serait aux membres du conseil d'administration de venir s'expliquer devant la commission parlementaire», a fait valoir Mario Dumont.

C'est donc dire que ni l'ADQ ni le député de Chaudière-Appalaches, Marc Picard, n'ont l'intention de présenter des excuses publiques à l'ex-organisateur libéral que M. Charest a placé à la tête du conseil de la SAQ en 2003. Lundi dernier, Me André Laurin, du cabinet Lavery, de Billy, a envoyé, au nom de M. Boucher, une mise en demeure enjoignant à M. Picard de démentir ses propos que rapportait la Presse canadienne dans un article paru le 4 février dernier. M. Boucher reproche au député de lui avoir prêté l'intention «d'étouffer l'affaire» et d'avoir affirmé que son passé d'organisateur politique y soit pour quelque chose. Le député a aussi déclaré: «On cache des choses. M. Audet cache surtout le fait que c'est les organisateurs libéraux qui sont là-dedans, [...] qui se sont fait prendre les mains dans le sac.» Ces paroles n'ont pas plu davantage à M. Boucher.

Au cours d'un point de presse hier, M. Picard n'a pas voulu en rajouter, ni répéter les propos qu'il a tenus. Dans une lettre datée d'hier, son avocat, Me Marc-André Gravel, de Gravel Bédard Vaillancourt, rappelle qu'«il n'y a rien d'offensant ou de diffamatoire dans le fait d'exposer publiquement le passé d'organisateur politique d'un dirigeant de société d'État. Il n'y a rien non plus de diffamatoire dans le fait de condamner les actes hautement répréhensibles posés par une société monopolistique contrôlée par l'État».

Mario Dumont ne s'est pas gêné pour enfoncer le clou. Le chef adéquiste a dénoncé «la politique généralisée» à la SAQ de demander à ses fournisseurs de hausser leurs prix pour lui verser ensuite une ristourne afin de gonfler ses profits et, de là, les revenus de l'État. «Quand une pratique commerciale de cette ampleur-là est en place, le président du conseil d'administration, le conseil d'administration et le p.-d.g. ont une responsabilité indéniable», a dit M. Dumont, pour ensuite se demander: «Comment on peut ne pas être au courant, dans son organisation, de quelque chose d'aussi large, d'aussi grave, de généralisé, qui n'est pas un cas isolé?» Selon lui, il est impossible que les deux vice-présidents, Alain Proteau et Laurent Mériaux, à qui le p.-d.g. Sylvain Toutant a demandé de démissionner, aient pris seuls l'initiative d'appliquer une politique de prix qui aurait eu des répercussions importantes sur les revenus de la SAQ. Tout comme le Parti québécois, l'ADQ exige que la Commission de l'administration publique se penche sur ce «scandale», a rappelé M. Dumont.

Un rapport d'étape de la firme comptable KPMG concluait que le conseil d'administration de la SAQ et le p.-d.g. Sylvain Toutant ignoraient totalement qu'une politique que l'on songeait à appliquer — elle a même été portée à l'attention du ministre des Finances, Michel Audet, dans un document que les dirigeants de la SAQ lui ont remis lors d'une rencontre en décembre — était déjà appliquée.

Or, dans un article publié mercredi, La Presse fait état d'un courriel dans lequel le vice-président Proteau prévient M. Toutant dès le début de décembre que négocier les prix avec les fournisseurs afin de profiter de la baisse de l'euro pour hausser les profits de la SAQ va susciter «beaucoup de résistance». Hier, nous n'avons pu obtenir de commentaires de la part de la SAQ.

Au cabinet de M. Charest, on se lavait les mains de toute cette affaire. «C'est une société d'État qui est autonome, qui est indépendante, et le gouvernement n'intervient pas dans les opérations de la SAQ», a indiqué Hugo D'Amours, l'attaché de presse du premier ministre. Pourtant, le gouvernement Charest ne s'était pas privé d'intervenir dans la direction de la Société générale de financement (SGF), une autre société d'État, quand il a fallu en assurer le redressement en 2003.

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