La société d'État veut faire de la discrimination positive dans l'embauche - Loto-Québec soigne son image auprès des citoyens du Sud-Ouest

Dans une opération de charme précipitée, Loto-Québec a offert hier à la population du Sud-Ouest de la formation sur mesure et un programme d'embauche préférentielle au casino, que le gouvernement accepte ou non de déménager la maison de jeu à Pointe-Saint-Charles.

De l'aveu même de Loto-Québec, la tenue de cette conférence de presse a été décidée à la dernière minute. Le directeur du Casino de Montréal, Yves Devin, justifie un tel empressement par le fait que ce sera bientôt la «période d'embauche pour l'été». D'ailleurs, au fil des questions, il a précisé qu'il s'agissait d'emplois occasionnels, à temps partiel, notamment pour les étudiants. Il y a un roulement annuel d'environ 400 emplois au casino.

Chose certaine, M. Devin s'est défendu de vouloir faire pression et rendre acceptable le projet de déménagement du casino, qui suscite de nombreuses critiques. «L'annonce d'aujourd'hui, ça n'a rien à voir avec le projet, ça n'a rien à voir avec l'ensemble des préoccupations amenées. Notre objectif aujourd'hui, c'est de dire qu'on a pris conscience d'une réalité», a dit M. Devin, soutenant que Loto-Québec se comporte en «employeur responsable».

Le Cirque du Soleil, partenaire de ce projet dans lequel on prévoit la création d'un complexe récréotouristique, a inspiré Loto-Québec dans son offre. Gaétan Morency, vice-président aux affaires publiques, sociales et culturelles au Cirque du Soleil, a d'ailleurs vanté ses liens étroits avec la collectivité, notamment dans le quartier Saint-Michel, où se trouve le siège social. «La concertation est inscrite dans les gènes du Cirque», a-t-il déclaré.

L'annonce, qui devait être positive, a plutôt eu des allures d'enterrement. Personne ne souriait à la table où siégeaient M. Morency, Ann Champoux, du Bureau de projet-Bassin Peel, et Yves Devin. Ce dernier a lu un texte.

Mais l'exercice de relations publiques a quelque peu dérapé. D'abord, on ne voulait pas que les journalistes posent de questions autrement que lors d'entrevues individuelles après les interventions des trois porte-parole. Mais c'était compter sans l'effet de groupe. Toutes les questions sur les impacts sociaux du projet ont été éludées. Tout au plus M. Morency a-t-il dit que la proposition rendue publique ne visait pas à compenser les effets néfastes que pourrait avoir le déménagement sur la population environnante.

Avant la conférence de presse, les promoteurs avaient rencontré les représentants de l'arrondissement du Sud-Ouest ainsi que ceux du Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RESO). Pierre Richard, du RESO, n'a vu aucun hasard dans cette démarche. «Le débat demeure entier sur les questions de fond. Toutefois, les deux promoteurs se montrent prêts à une certaine ouverture. Ce n'est pas négligeable», a indiqué M. Richard.

Du côté des opposants au projet, on s'indignait que Loto-Québec «occulte les vraies questions» en voulant se donner une bonne image. «Ils mettent la charrue devant les boeufs. Ils agissent comme s'ils avaient déjà le feu vert», a affirmé Karine Triollet, de la table de concertation Action-Gardien.

Le processus décisionnel en cours prévoit le dépôt du rapport du comité interministériel au ministre des Finances, Michel Audet, en mars plutôt qu'à la fin du mois. Par la suite, le conseil des ministres, où il y a certaines réticences, devra trancher la question.

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