Rationalisation en éducation - Fournier encourage les partenariats entre les réseaux d'enseignement

Québec encourage les réseaux d'éducation à se serrer les coudes en région mais n'a pas recours aux méthodes dures: pour éviter le gouffre financier et faire face aux baisses démographiques, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a lancé hier un plan d'action visant à rapprocher commissions scolaires, cégeps et universités sans grand brasse-camarades.

Un projet audacieux comme celui présenté l'an dernier par la Beauce — qui souhaitait carrément la fusion des trois ordres d'enseignement sous la gouverne d'un seul et unique conseil d'administration — présentait donc trop de bouleversements structurels et législatifs pour obtenir le feu vert du ministère, à un point tel que la région a dû l'abandonner.

«Voyant que le ministère ne nous donnait pas de réponse et que le projet suscitait trop de réticences, nous avons décidé de le retirer», a indiqué hier le directeur général du cégep Beauce-Appalaches, Charles Garneau. «Nous avons plutôt choisi de nous diriger vers des ententes de partenariat, qui n'annonçaient pas de combat législatif.»

Ces ententes de partenariat entre cégeps, commissions scolaires et universités figurent en effet au nombre des souhaits exprimés hier dans un plan d'action lancé en fin de journée, sans tambours ni trompettes. On y définit trois axes d'intervention principaux, l'un d'eux étant la «relance des tables interordres», des instances où siègent universités, collèges et écoles et auxquelles seraient intimement associées les conférences régionales des élus (CRE).

Outre ce rapprochement entre les villes et les réseaux scolaires, on cible l'intégration des immigrants ainsi que la participation des unités de loisir et de sport (URLS).

Fonds régionaux

Le maillage des formations professionnelle et technique, le partage des ressources tant matérielles qu'humaines de même que la rationalisation de l'offre pédagogique constituent la trame de fond de ce projet. Le MELS y prévoit aussi la création de fonds régionaux alimentés par les économies que réaliseront les régions en regroupant des services. «Le ministère y ajoutera des fonds», a précisé hier l'attachée de presse du ministre Fournier, Marie-Claude Lavigne. «Mais il est trop tôt pour préciser la hauteur des montants.»

En Beauce, où on songe désormais à des formules de rapprochement moins hardies, on prévoit des recoupements en informatique, en plus de la création d'un centre de formation en ligne. «La rationalisation de l'offre est derrière ce plan, c'est clair», a expliqué Charles Garneau, du cégep Beauce-Appalaches. «Ce ne sera pas toujours facile, mais il faudra faire des consensus.»

À la Fédération des cégeps et à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), ces actions n'ont provoqué aucune surprise. «C'est un pas dans la bonne direction», a indiqué le président de la FCSQ, André Caron. «De toute façon, avec les baisses démographiques, on n'a plus tellement le choix de s'organiser autrement et de se parler.»

Au cours des cinq dernières années, a rappelé M. Caron, le réseau primaire-secondaire a perdu environ 52 000 élèves. «Et il en perdra 82 000 au cours des cinq prochaines années, ce qui équivaut à la Commission scolaire de Montréal au complet», a-t-il ajouté.

«Nous avons toujours dit que le statu quo était inacceptable compte tenu du contexte», a quant à lui rappelé le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher. «Ce plan constitue un feu vert pour ceux et celles qui veulent se prendre en main.»

La Fédération des cégeps garde toutefois l'oeil ouvert sur la direction que prendront les échanges en région, «fortement souhaités» par le ministère de l'Éducation, même si tout le plan s'inscrit en mode volontaire plutôt que prescriptif.

Inquiétude

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, tentait de voir clair hier dans ce «pot-pourri» à saveur régionale et éducative, se disant inquiet de l'avancée des municipalités dans la cour de l'éducation. «Est-ce qu'on veut que le municipal vienne gérer les affaires de l'éducation? Est-ce que les CRE vont être la réponse à une meilleure adéquation des services?», se demandait-il.

La réponse du MELS n'a pas tardé. «Ce n'est pas du tout un contrôle des CRE sur l'éducation», a répliqué Mme Lavigne, porte-parole du ministre. «Il s'agit plutôt de redonner de l'importance aux régions elles-mêmes, à travers tous les acteurs qui les composent, y compris les CRE.»