L'âge du consentement sexuel - Charest pense qu'Ottawa fait fausse route

Saint-Georges-de-Beauce — Le premier ministre Jean Charest n'est pas très chaud à l'idée d'élever l'âge légal du consentement sexuel, comme le nouveau ministre fédéral de la Justice, Vic Toews, a l'intention de le faire. «La criminalisation, on le sait, n'est pas en soi une réponse» au problème de l'exploitation sexuelle des jeunes, a-t-il soutenu.

Mardi, alors qu'il était assermenté depuis moins de 24 heures, le ministre Toews a fait savoir qu'il souhaitait faire passer «le plus tôt possible» de 14 à 16 ans l'âge du consentement à une relation sexuelle. La mesure rendrait illégale et passible d'une condamnation pénale toute relation entre une personne de moins de 16 ans et une autre plus âgée.

Selon M. Charest, «le sujet a été abordé par le gouvernement fédéral sous l'angle du contrôle des prédateurs sexuels». Or, selon lui, «c'est un débat qui a beaucoup de ramifications», c'est une question «complexe» et «les réponses ne sont pas simples». Il a signalé que la société québécoise a plutôt choisi d'aborder ce type de question sous un autre angle, celui de «l'hypersexualisation des jeunes». Il a rappelé que la Commission jeunesse du PLQ a soulevé la question en août dernier lors de son dernier congrès, ce qui a mené le gouvernement à donner un mandat au Conseil du statut de la femme d'étudier la question. Le premier ministre a aussi indiqué que le Conseil permanent de la jeunesse participe à ces travaux. Pour le reste, M. Charest a déclaré: «On va laisser le soin au gouvernement fédéral de faire ses devoirs et de nous dire ses conclusions.»

Théberge contredit son chef

Si le ministre de la Justice, Yvon Marcoux, a refusé net de commenter le projet de son nouvel homologue fédéral, au moins un autre membre du cabinet Charest, la ministre de la Famille, Carole Théberge, s'est dit «à prime abord» d'accord avec la proposition de Vic Toews. «On est dans un contexte où la sexualité des jeunes déborde», a fait valoir Mme Théberge. «Ça crée des problèmes importants par ricochet. Ça va jusqu'à la violence parfois. De quelle façon peut-on contrer cet effet-là?», se demande-t-elle, voyant dans le fait d'élever l'âge du consentement une solution, au moins partielle, au problème. «C'est la mère en moi qui parle», a-t-elle précisé, disant que le sujet de l'hypersexualisation la préoccupe. M. Charest a qualifié cette opinion de «spontanée».

Conseil des ministres reporté

Par ailleurs, alors que le caucus libéral de deux jours prenait fin, M. Charest n'a pas formellement écarté le scénario selon lequel il prononcerait un nouveau discours inaugural le 14 mars, à la reprise des travaux parlementaires. Cela lui permettrait d'établir de nouvelles priorités.

L'autre geste pouvant le conduire à renouveler son image — qui ne s'améliore pas dans l'opinion publique— consisterait à remanier son cabinet. Mais à ce sujet, il a indiqué: «Je n'ai pas de plan de remaniement. Quand j'aurai un plan [...], vous allez l'apprendre.»

À propos de l'annulation du conseil des ministres, aujourd'hui — une mesure inhabituelle —, l'attaché de presse Hugo D'amours a expliqué que certains dossiers qui devaient être étudiés aujourd'hui «ont été reportés à la semaine prochaine». M. D'amours a soutenu que la position du gouvernement dans le délicat dossier Chaoulli des assurances privées n'est pas en cause. «Les ministres et les députés viennent de passer deux jours ensemble. Ils se sont dit que le fait de remettre le conseil [des ministres] à la semaine prochaine leur permettrait d'approfondir les dossiers, de rentrer dans leur comté ou dans leur ministère», a indiqué M. D'amours.

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1 commentaire
  • Paul Elliott - Inscrit 10 février 2006 09 h 46

    La mauvaise question

    Ce n'est qu'une question d'âge, mais de relations entre les adultes et les jeunes qui doit être adressée par un changment de statut.