Annulation de l'entente sur les garderies - Charest essuie une rebuffade

Québec — L'annulation de l'entente sur les garderies à compter de 2007, annoncée hier par le nouveau premier ministre fédéral Stephen Harper, pourrait être une rebuffade majeure pour Jean Charest.

Au lendemain des élections, la semaine dernière, le premier ministre québécois en avait fait un véritable premier test pour le nouveau chef du gouvernement fédéral. Il lui avait demandé formellement de respecter l'entente signée il y a quelques mois entre le Québec et le premier ministre libéral Paul Martin. «M. Harper s'est engagé à pratiquer un fédéralisme d'ouverture basé sur le respect des compétences. Si c'est le cas, nous nous attendons à ce [qu'il] respecte ça. L'occasion est là pour M. Harper de passer aux actes», avait insisté M. Charest mardi, selon ce qu'avait rapporté Le Soleil. M. Charest avait aussi rappelé que Stephen Harper avait «reconnu l'asymétrie» dans le passé et qu'il devrait faire de même à l'avenir.

L'entente sur les garderies envoyait quelque 1,1 milliard en cinq ans à Québec. Selon ce qui a été décidé hier, le gouvernement québécois recevra le montant pour 2006-2007, soit 152,8 millions, dont il pourra faire l'usage qu'il souhaite, «tant que les familles peuvent en profiter». Le Québec ne recevra toutefois pas le reste du montant promis, soit 972 millions. Tout ça pour permettre la réalisation de la promesse électorale des conservateurs.

Du côté péquiste, on ironisait hier. «Le fédéralisme d'ouverture ne sera pas resté ouvert longtemps... jusqu'à 17h29, le lundi de l'assermentation du cabinet fédéral!», a lancé le nouveau critique péquiste en matière de Famille, Richard Legendre, qui venait d'apprendre la nouvelle lorsque Le Devoir l'a joint en début de soirée. Il y voit la manifestation d'un fédéralisme «unilatéral», qui impose la «même chose à tout le monde».

Pour le député de Mercier, Daniel Turp, ancien professeur de droit constitutionnel, la nouvelle «va certainement déranger les tenants d'un fédéralisme flexible respectueux des compétences du Québec, lesquels avaient demandé à Harper de ne pas toucher à cet entente». M. Turp y voit une preuve que cet accord était très précaire, comme tout le «fédéralisme d'ententes administratives» que pratique le gouvernement libéral. Très vite, le fédéralisme d'ouverture peut se transformer en «fédéralisme de fermeture», a-t-il dit.

Déçu

Très déçu, mais «peu surpris», de la décision conservatrice, le directeur général de l'Association québécoise des CPE (AQCPE), Jean Robitaille, signalait hier qu'en réalisant sa promesse de remettre 1200 $ par année pour chaque enfant, Stephen Harper pourrait bien violer un de ses engagement, soit de ne pas s'ingérer dans les compétences des provinces. «S'il veut respecter le partage des compétences, il doit agir par le truchement de la fiscalité [par un crédit d'impôt, par exemple] et non pas remettre de l'argent directement aux familles», a commenté M. Robitaille. Toutefois, le gouvernement Harper pourrait bien s'entendre dans quelques mois avec le Québec pour réaliser sa promesse d'une façon qui respecterait la «spécificité québécoise». «Je ne désespère pas, le gouvernement Harper respecte la particularité québécoise. En tout cas, c'est un très bon test. Après tout, Stephen Harper s'est fait élire en disant qu'il respecterait la particularité du Québec», a déclaré M. Robitaille. Au reste, selon lui, le geste de M. Harper, bien que condamnable, pourrait ne pas avoir trop de conséquences sur le réseau des Centres de la petite enfance (CPE). «Lors de la signature de l'entente, le gouvernement [du Québec] avait clairement dit que puisqu'il investit déjà 1,5 milliard dans le réseaux, il allait se servir des sommes envoyées par le fédéral à d'autres fins.»

Au bureau de M. Charest, hier, on se voulait peu loquace. L'attaché de presse Hugo D'Amours a fait savoir que le premier ministre réagira ce midi, lors d'un point de presse à Saint-Georges-de-Beauce, où le Parti libéral tient son caucus «pré-sessionnel» aujourd'hui et demain.

Avec la collaboration d'Alec Castonguay
1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 8 février 2006 10 h 06

    Responsabiliser les parents.

    Les argents promis par le Fédéral pour les garderies posent problème au nouveau gouvernement. Car celui-ci n'a pas la même philosophie. La sociale-démocratie instaurée par les péquistes, dans laquelle le gouvernement prend en charge les familles, va à l'encontre d'une autre philosphie qui tend à RESPONSABILISER les parents. Ceux-ci étant responsables de leur progéniture et exerçant leur LIBERTÉ parentale. Envoyer l'argent aux parents plutôt qu'au SYTÈME comporte quand même des "risques". Cet argent servira-t-il vraiment pour faire garder les enfants, ou sera-t-il utilisé à d'autres fins? Tous les parents sont-ils responsables? Ou certains ne trouveront-ils pas d'autres façons de dépenser l'argent qui vient des payeurs de taxes et d'impôts? La "gratuité" est un mythe. Tout le monde paye la gratuité.

    Et plus c'est gratuit, plus ça coûte cher!