Le patron de la SAQ garde la confiance du gouvernement

Le ministre des Finances, Michel Audet, refuse de mettre en cause le président-directeur général de la Société des alcools du Québec (SAQ), Sylvain Toutant, dans le scandale qui éclabousse la société d'État touchant le gonflement indu des prix des vins européens.

«Ce n'est pas le moment de faire des procès d'intention», a affirmé hier Michel Audet au cours d'un point de presse. «Le conseil d'administration a ma confiance entière et M. Toutant fait partie du conseil d'administration», a-t-il ajouté.

De même, M. Audet cautionne le versement de généreuses indemnités secrètes à deux vice-présidents qui auraient commis des fautes professionnelles et menti au président de la SAQ, Sylvain Toutant, selon les prétentions de celui-ci.

«Je n'ai pas été associé au règlement, c'est la Société des alcools qui gère cette question-là», a-t-il dit.

La SAQ refuse de dévoiler le montant de ces indemnités extraordinaires. Le vice-président à la mise en marché, Alain Proteau, qui travaillait à la SAQ depuis 25 ans, a pris sa retraite non sans obtenir une indemnité de départ de quatre ans de salaire, selon les rumeurs. Le vice-président à la commercialisation, Laurent Mériaux, a démissionné en obtenant lui aussi une généreuse indemnité consentie par le conseil de la SAQ.

En conférence de presse jeudi, Sylvain Toutant a accusé les deux vice-présidents de lui avoir menti et d'avoir contrevenu à la directive de la SAQ sur la stratégie de négociation avec les fournisseurs.

Par l'entremise de son avocat Marc-André Blanchard, M. Mériaux a fait parvenir une mise en demeure à son ancien patron lui reprochant de ne pas avoir respecté «l'entente» intervenue cette semaine au sujet de ce qui devait se dire en public. «Il fut convenu que tous les commentaires publics de la SAQ et de tous ses porte-parole devaient se limiter à ne faire état que de maladresse qui se serait produite au sein de la division de monsieur Mériaux sans sa participation ni son assentiment et que celui-ci avait décidé de remettre sa lettre de démission compte tenu du bris de la relation de confiance qu'il entretenait avec la SAQ.» M. Mériaux a exigé de M. Toutant qu'il se rétracte et qu'il s'excuse. Sylvain Toutant a refusé de se rétracter hier. «Il y a eu mensonge. C'est une faute d'éthique», a soutenu hier la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard.

En versant ces indemnités à de hauts dirigeants soi-disant fautifs, la SAQ achète leur silence puisque les deux vice-présidents ont dû signer des ententes de confidentialité. De son côté, M. Toutant a les coudées franches et peut s'exprimer sur l'affaire sans entraves.

Intitulé «Discussion fournisseur», le document au coeur du litige est un argumentaire de cinq pages qui a servi aux membres du groupe d'achats et de mise en marché dans leurs négociations avec les fournisseurs européens. Le rapport de vérification de la SAQ sur l'ajustement de prix des produits transigés en euros note que ce document «suggérait d'expliquer à un fournisseur qui n'avait pas l'intention d'augmenter ses prix que celui-ci dégagerait un revenu additionnel en augmentant son prix de départ chais, tout en accordant un rabais volume à la SAQ». C'est donc dire qu'une partie de la réduction des prix attribuable à la baisse de l'euro allait dans les coffres de la SAQ plutôt que de bénéficier au consommateur. Hier, la SAQ a refusé de nous transmettre ce document.

Cette stratégie de «rabais volume» pour transformer la baisse de l'euro en profit pour la SAQ au détriment des consommateurs était décrite en toutes lettres dans un document remis au ministre des Finances le 12 décembre dernier, avant que n'éclate le scandale à propos de cette pratique.

Selon un ancien cadre de la SAQ dont nous devons taire le nom, il est impossible que le conseil d'administration de la SAQ ait pu ignorer l'existence d'une telle stratégie. Une autre source a souligné qu'il est étonnant que ce soit M. Toutant qui ait déclenché l'enquête alors que c'était là le rôle du conseil d'administration, selon les règles d'une saine gouvernance. Comme l'imputabilité des deux vice-présidents est commune à celle du p.-d.g., celui-ci aurait dû être écarté de l'enquête puisque cette dernière aurait dû porter sur lui aussi.

Hier, dans une lettre envoyée au président de la Commission des finances publiques, Sam Hamad, le porte-parole de l'opposition officielle, François Legault, a réclamé la tenue d'une séance de travail de cette commission le 9 février prochain pour qu'elle statue sur son pouvoir de surveillance à l'égard de la SAQ. «Plusieurs questions subsistent concernant la gestion de la société et devront être clarifiées rapidement afin de préserver la confiance du public», écrit M. Legault.

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