La Presse s'excuse pour avoir publié un sondage erroné - Le PQ accuse

Le Parti québécois assimile l'erreur dans l'interprétation du sondage CROP-La Presse publié mardi et le délai de 48 heures avant que celle-ci soit corrigée (soit hier matin à la une du quotidien montréalais) à une «tentative de déstabilisation» du mouvement souverainiste.

«Les souverainistes sont en colère. Mais on ne se laissera pas distraire par cette tentative de déstabilisation. On va garder le cap. On invite les gens, quand il y a publication de sondages, à faire preuve de prudence. Les données étaient fausses par rapport à la perception de l'opinion publique quant à la souveraineté et au Parti québécois», a lancé le nouvel organisateur en chef du PQ, Nicolas Girard.

Dans son édition de mardi, le quotidien de la rue Saint-Jacques coiffait un article sur un sondage omnibus de CROP du titre «Harper tire Charest vers le haut». On y affirmait que l'appui à la souveraineté (avec la question de 1995) passait de 49 % à 41 %, selon que les répondants avaient été consultés avant ou après le scrutin fédéral. Les intentions de vote en faveur du PLQ grimpaient quant à elles de 17 %, à 27 %. En fait, le sondage montrait une nette remontée de l'option fédéraliste.

Or cette tendance n'était pas tant due à l'élection de Stephen Harper qu'à un problème d'échantillonnage. CROP a en effet rejoint un plus grand nombre de répondants allophones et anglophones dans la deuxième moitié du sondage et les sous-échantillons n'avaient pas été pondérés en fonction des caractéristiques sociodémographiques de l'ensemble du Québec. «En revenant au bureau mardi matin, après que le sondage eut été publié, je suis retourné dans mes données, parce que je me disais: c'est quand même fascinant que cela change tant que cela», explique le vice-président de CROP, Claude Gauthier. Il a alors constaté la sur-représentation de répondants de la région montréalaise.

Il a aussitôt avisé La Presse, puis pris le temps de refaire les calculs en appliquant une pondération. Les nouvelles données transmises mercredi à La Presse et publiées hier matin montrent toujours une tendance favorable aux options fédéralistes et au PLQ, mais celle-ci est beaucoup moins marquée. En fait, les écarts ne sont plus significatifs parce qu'ils sont inférieurs à la marge d'erreur de quatre points de pourcentage.

C'est précisément le délai de 48 heures qu'ont mis La Presse et CROP à rectifier le tir qui choque le PQ. «Comment se fait-il que mardi, dès les premiers signaux d'alarme, il n'y a pas eu un communiqué pour inviter les autres médias à la prudence. Comment se fait-il qu'on a attendu 48 heures et qu'on a laissé rouler cette nouvelle. Visiblement, il n'y aura pas le même traitement médiatique [pour le rectificatif] qu'au moment où la nouvelle a été rendue publique», s'insurge le député de Gouin Nicolas Girard, soulignant que le sondage a été publié en plein caucus du PQ et que les députés ont été forcés de réagir à des données erronées.

Le ministre libéral du Développement économique, Claude Béchard, n'a pas souhaité commenter les nouvelles données du sondage hier. Mercredi, il avait attribué le recul de l'option souverainiste à un «effet Boisclair».

Spécialiste en sondage, la sociologue Claire Durand jugeait «originale» la présentation des résultats qui introduisait la variable du moment de la réponse. «Ils ont voulu innover, ils ont fait preuve d'imagination et ont oublié un élément dans leur rapidité», explique la professeure de l'Université de Montréal, soulignant que l'ampleur des écarts lui aurait cependant mis la puce à l'oreille si elle avait été en charge de l'analyse.

Claude Gauthier reconnaît lui aussi que la rapidité d'exécution des sondages politiques, qui ne se compare pas avec les délais dont il dispose pour effectuer des sondages commerciaux, lui a joué un tour.

Quelque peu mal à l'aise à l'idée de discuter de la bévue de son concurrent, le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger, note quant à lui que les firmes de sondage disposent normalement de «processus de qualité qui nous empêchent de sortir des résultats comme ceux-là». «Chez nous, ce ne serait pas arrivé comme cela. On les voit, les résultats, quand ils n'ont pas de bon sens», assure-t-il.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.