Consultations prébudgétaires du ministre des Finances - Taxez, taxez et taxez!

Le ministre des Finances, Michel Audet, voulait entendre parler de la dette, il a été servi.
Photo: Jacques Nadeau Le ministre des Finances, Michel Audet, voulait entendre parler de la dette, il a été servi.

Québec — À la première journée des consultations prébudgétaires sur le thème de la dette publique, le ministre des Finances, Michel Audet, s'est fait dire que le problème était urgent et que, pour y remédier, le gouvernement devait hausser la taxe de vente provinciale (TVQ) si le Parti conservateur baissait la taxe sur les produits et services (TPS), mettre un milliard par année dans une réserve de prudence, introduire les péages sur les ponts et les routes, augmenter les tarifs d'électricité pour encaisser trois milliards de plus par année et relever divers tarifs, comme les frais de 7 $ par jour pour les services de garde.

«Ce sont toutes des choses populaires», a lancé Michel Audet avec ironie à la sortie de cette consultation, qui se poursuit encore aujourd'hui. Il y a tout de même «urgence de s'interroger sur l'ampleur de la dette et la façon dont on va gérer cette situation à long terme», estime le ministre des Finances, qui commence à préparer son prochain budget.

Mais il ne faut pas s'attendre à voir dans le prochain budget des mesures pour réduire la dette en raison du déclin démographique qui attend le Québec. M. Audet a confirmé que le gouvernement ne dispose pas de la marge de manoeuvre nécessaire pour réduire un tant soit peu sa dette totale de 117 milliards. Ainsi, l'augmentation de la masse salariale des employés du secteur public s'élève 1,4 milliard, ce qui comprend la hausse de salaire de 2 % en 2006-07 imposée par décret, le coût de l'équité salariale et celui de la progression des échelles salariales. C'est presque quatre cinquièmes de la marge de manoeuvre du gouvernement, a dit M. Audet. Il ne reste plus que 400 ou 500 millions pour faire face aux autres augmentations des dépenses de l'État, notamment en santé.

Pour Jacques Parizeau, qui donnait une conférence devant les étudiants de l'Université Laval, il est parfaitement normal pour le Québec de ne pas rembourser sa dette. «Le gouvernement qui ne fait pas de surplus ne rembourse pas sa dette. C'est dans l'ordre des choses. Nous sommes désespérément normaux», a dit l'ancien grand argentier du Québec. Selon lui, il ne faut pas trop s'en faire avec le niveau de la dette, qui diminue par rapport à la taille de l'économie. «Ça commence à être un peu fatiguant, ce pessimisme où il faut absolument qu'on soit le meilleur du monde ou le pire du monde. Du calme, du calme», a-t-il dit lors d'un point de presse.

La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, ainsi que les économistes Pierre Fortin, de l'UQAM, et Marcelin Joannis, de CIRANO, ont proposé l'adoption d'une loi afin de créer un fonds de remboursement de la dette. «On n'en est pas là», a indiqué M. Audet.

Pierre Fortin, qui s'était déjà fait la main avec le groupe des «lucides», a fait un vibrant et implacable plaidoyer pour qu'un plan de réduction de la dette publique soit mis en oeuvre rapidement. Le déclin démographique et son corollaire, le vieillissement de la population, entraîneront une baisse de la croissance économique, donc une chute des revenus de l'État, et une hausse de près de 50 % des coût de la santé d'ici 25 ans. «Il faut nous sacrifier pour nos enfants», a-t-il dit, sinon «c'est comme si on s'était payé un party et qu'on obligeait les jeunes à faire la vaisselle».

Outre une réserve d'un milliard par année versée à la dette, M. Fortin a proposé d'augmenter de 2 ¢ le kWh (les Québécois paient en moyenne 5,5 ¢), ce qui procurerait trois milliards de plus au gouvernement par année. Une telle hausse aurait également l'avantage de réduire de 20 TWh la consommation annuelle d'électricité au Québec, une hausse des tarifs étant la meilleure mesure d'efficacité énergétique. À l'heure actuelle, les Québécois bénéficient d'une subvention de sept à huit milliards par année sur le prix moyen d'électricité pratiqué dans les marchés voisins d'Amérique du Nord, a calculé M. Fortin.

«Je n'ai pas du tout l'intention d'ouvrir ça», a tranché hier M. Audet, qui répugne à envisager toute augmentation des tarifs d'électricité en dehors des hausses reliées au coût d'approvisionnement et consenties par la Régie de l'énergie.

La présidente par intérim du Conseil du patronat du Québec (CPQ), l'économiste Diane Bellemare, croit que le gouvernement du Québec doit hausser la TVQ si le gouvernement Harper baisse la TPS, comme les conservateurs l'ont promis. Il existe une tendance mondiale à taxer la consommation, un champ fiscal plus stable que l'impôt des particuliers, a expliqué Mme Bellemare. «On pense que c'est un champ à occuper. Il y a une occasion pour le Québec», a-t-elle fait valoir.

Là encore, M. Audet ne s'est pas montré chaud à l'idée. «Ça suppose une entente entre les provinces et le gouvernement fédéral, ce qu'on n'a pas actuellement», a-t-il dit. Cela fera partie des discussions à venir sur le déséquilibre fiscal.

Tant la CSN que la CSQ ont souligné que la dette, si on tient compte de son poids par rapport au produit intérieur brut (PIB), avait déjà diminué depuis l'atteinte du déficit zéro. «Nous avons déjà une stratégie de réduction de la dette», a fait observer la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Plus tard dans la journée, Michel Audet a entendu les représentants des groupes sociaux, dont Vivian Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui a affirmé qu'il y avait d'autres urgences que le remboursement de la dette. «La première dette, c'est le déficit humain», a déclaré Mme Labrie.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 4 février 2006 00 h 01

    Privatiser plutôt que taxer

    Ce que le gouvernement du Québec devrait faire, c'est de privatiser certaines sociétés d'État pour faire des économies sur les salaires faramineux versés aux présidents de ses sociétés et à leurs employés syndiqués qui brandissent continuellement leurs piquets de grève pour obtenir des augmentations de salaire. C'est bien mieux que de taxer le contribuable moyen pour toute sorte de service mal administré par le gouvernement.