L'élection de Harper favorisera la souveraineté, selon le chef péquiste

André Boisclair
Photo: Jacques Nadeau André Boisclair

Québec — En dépit d'un sondage qui montre une chute des appuis en faveur de la souveraineté à la suite de la victoire des conservateurs, le chef du Parti québécois, André Boisclair, estime que le gouvernement Harper défendra des positions tellement à droite que le camp souverainiste gagnera du terrain.

«Ne jugez pas l'instantané [sic] de la chose», a prévenu André Boisclair au cours d'un point de presse alors qu'il participait à une réunion conjointe du caucus des députés péquistes et de l'exécutif national du parti. «Il y a plein de gens qui évoquent dans les scénarios le fait que l'arrivée des conservateurs à Ottawa va amener des gens dans la famille souverainiste», a-t-il signalé. Si Stephen Harper renie le protocole de Kyoto, s'il rouvre le débat sur les mariages entre conjoints de même sexe, s'il met fin au contrôle des armes à feu ou si encore il se montre plus sévère envers les jeunes contrevenants, «la famille souverainiste» jouira «d'un avantage clair», a prédit le chef péquiste.

Cet avantage se traduira toutefois par «un effet neutre» à terme, comme M. Boisclair l'a déclaré à deux reprises depuis la victoire conservatrice. «L'un dans l'autre, je pense qu'on est dans un jeu de somme nulle et c'est pour ça que je maintiens que ça aura un effet neutre», a-t-il déclaré.

Le chef péquiste a rappelé que les Québécois n'étaient pas en présence d'un «beau risque» comme lors de la prise de pouvoir des conservateurs de Brian Mulroney en 1984. «Personne n'a proposé au Québec d'intégrer la Constitution. Je n'ai pas entendu M. Charest parler d'un débat constitutionnel ou d'amendements constitutionnels. Donc, nous sommes loin des attentes réelles des Québécois», a-t-il dit.

M. Boisclair croit que les Québécois ont le sens de l'histoire et qu'ils se rappellent que la Constitution de 1982 n'a pas été signée par aucun gouvernement du Québec. En cela, le chef péquiste semble différer d'opinion avec son ancien collègue Joseph Facal, qui, dans les pages du Devoir hier, soulignait les «ravages que l'oubli et l'ignorance peuvent provoquer» quand des Québécois croient qu'au Canada anglais le dossier du Québec n'est pas clos pour de bon.

Un sondage CROP-Express publié hier dans des quotidiens de Gesca suggère qu'avant les élections du 23 janvier, les appuis au OUI s'élevaient à 49 % et ceux du NON, à 41 %, avant répartition des indécis. Au lendemain des élections, le NON recueillait 53 % et le OUI, 41 %.

De même, après l'élection des conservateurs, les libéraux de Jean Charest auraient fait un bond de

10 % — de 17 % à 27 % — tandis que le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest aurait diminué pareillement, de 71 % à 61 %. Quant aux intentions de vote en faveur du PQ, elles seraient passées de 44 % à 38 %.

André Boisclair reconnaît qu'il entend des gens qui souhaitent «un dialogue nouveau» avec le gouvernement fédéral. Mais il croit que les Québécois n'accepteront pas de passer des demandes traditionnelles du Québec au rapport Allaire, puis à l'accord du Lac-Meech, puis à une «vaine proposition sur le déséquilibre fiscal». Le chef péquiste a soutenu qu'il ne se laissera pas distraire par «la vague proposition» de M. Harper. Il a rappelé que Jacques Parizeau, alors président du PQ, n'avait pas changé sa stratégie et sa position sur la souveraineté au moment de l'élaboration de Meech. «Mon plan de match, c'est celui de la souveraineté», a réitéré M. Boisclair.

De son côté, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, estime que les sondages comme le dernier de CROP indiquent que «nous, les Québécois, même si notre identité québécoise est extrêmement forte — et c'est bien qu'elle le soit —, nous sommes également attachés à notre citoyenneté canadienne, et ce, malgré ce que le PQ et le Bloc peuvent en dire».

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, s'est montré plus incisif que son collègue. Selon lui, «l'effet Boisclair» a fait chuter l'appui au Bloc à 39 % dans un sondage effectué dans les jours précédant le 23 janvier et à 42 % le soir des élections. «Je comprends M. Boisclair d'être nerveux» quand des conservateurs, dépourvus d'organisation, ont fini deuxièmes dans plusieurs circonscriptions, a-t-il fait valoir.

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1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 1 février 2006 11 h 09

    Des positions tellement à droite???

    "Il ne faudrait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué", dit le proverbe. Il ne faudrait pas crier VICTOIRE pour la souveraineté (sécession) parce que Monsieur Harper est Premier Ministre du Canada. Je crois que les nombreux conseillers de Monsieur Harper savent jusqu'ou aller dans les privilèges accordés au Québec. Plusieurs ont déjà noté des changements d'attitudes, de comportements envers le Québec, lors de la Campagne électorale. Qu'il vienne de Calgary, de Toronto ou de Montréal, les québécois en ont rien à foutre. Ils veulent des réalisations, des projets, des actions. Ils acceptent un anglophone à la tête du pays et n'ont pas d'allergie marquée envers eux. Je crois que Monsieur Harper peut faire avancer le Fédéralisme en y apportant des allègements, des changements, ce qui détruira la thèse des bloquistes, qui veut que la fixation, l'immobilisme soient la règle absolue. Ce qui est FAUX. J'ai beaucoup d'espoirs dans Monsieur Harper. J'ai remarqué son calme, sa détermination, répondant aux attaques, sans agressivité, sans esprit de vengeance...un vrai "british" contrairement aux latins qui s'enflamment, perdent la tête, et s'acharnent à détruire l'adversaire...