Barrage sur le Saint-Laurent - Le projet avait été soumis à Hydro-Québec après la crise du verglas

C'est la société d'ingénierie RSW, de Montréal, qui a préparé à ses frais le «devis très préliminaire» d'un barrage hydroélectrique sur le Saint-Laurent, à la hauteur du pont de la Concorde, dans l'espoir de vendre ce projet à Hydro-Québec, qui en deviendrait ainsi le promoteur, et non la Société du Havre (SH).

C'est ce qu'a déclaré hier au Devoir le président de cette société, Jacques Côté, qui a précisé que le projet lui a été suggéré par RSW lorsque furent connus les projets de mise en valeur du Technoparc, à la suite du sommet de 2002.

Selon M. Côté, RSW soutient toujours qu'il y aurait des solutions à la plupart des problèmes soulevés dans le rapport des trois biologistes gouvernementaux, dont Le Devoir a révélé hier les conclusions alarmantes pour les espèces fluviales. Les turbines au fil de l'eau, dit-il, ne seraient pas des «hachoirs» aussi mortels et il y aurait peut-être moyen de laisser migrer anguilles, aloses et chevaliers cuivrés avec une échelle à poissons. Incapable de dire si les sites de fraie présents entre le pont de la Concorde et le pont Champlain pouvaient cependant être épargnés, M. Côté a ajouté que l'objectif de sa société était d'étudier la question, quitte à investir «un ou deux millions» pour l'étudier à fond avant de recommander quoi que ce soit aux deux gouvernements.

Ce projet, ajoute M. Côté, avait déjà été élaboré par RSW bien avant la création de la Société du Havre, car il a été présenté à Hydro-Québec après le grand verglas de 1998, qui a décidé de ne pas l'inclure dans sa planification. Après l'échec du projet Archipel, sur le harnachement du rapide de Lachine, la société d'État a vécu une descente aux enfers sans précédent, passant du symbole de la vitalité d'un Québec moderne à celui d'une froide multinationale capable de tout écraser pour son profit.

Le projet de centrale hydroélectrique fluviale s'est attiré pour la première fois des commentaires acerbes issus des milieux environnementaux, hier, alors que RSW et la Société du Havre l'ont présenté aux autorités gouvernementales et à certains groupes, comme les comités ZIP et le Conseil régional de l'environnement de Montréal (CREM).

La réaction la plus vive est venue de la Fondation Rivières, qui a réclamé du gouvernement Charest et de Montréal un «arrêt immédiat des démarches, études et actions publiques» relatives à ce projet, le plus lourd de conséquences écologiques qu'on puisse concevoir dans le fleuve. La fondation a mis en cause la crédibilité du promoteur RSW, qui a déclaré dans Le Devoir, l'automne dernier, qu'il n'y aurait «aucun impact environnemental», un propos sensiblement nuancé hier. On a refusé à la Fondation Rivières de participer aux travaux du Comité du bassin du Havre, tout comme l'accès aux documents de cette société pourtant formée de trois gouvernements.

Pour le président du CREM, Robert Perreault, la présentation de RSW faite hier indique à l'évidence que les incidences écologiques de ce projet «sont importantes, voire considérables», et qu'il est «contradictoire et inquiétant de voir une société publique vouloir démocratiser l'accès à un fleuve qu'on veut artificialiser avec un projet aussi lourd, alors que ce qui fait la beauté de cette section, c'est précisément les eaux vives» du rapide Sainte-Marie. Le CREM, ajoute M. Perreault, entérine l'objectif d'accès au fleuve, mais il veut discuter de la manière de le concrétiser et non pas d'un moyen déjà choisi d'avance comme la centrale hydroélectrique.