Une entrevue avec Gérald Tremblay - Montréal profite de son caractère naturel distinct

Montréal fut l'hôte d'événements transcendants à caractère nettement international, comme l'Exposition universelle de 1967 et les Jeux olympiques de 1976. Dans leur sillage et au fil de son évolution, la ville a graduellement mis en valeur ses richesses culturelles, elle s'est dotée de structures intéressantes et elle s'est parée d'atours attirants pour accéder au statut de centre urbain international de premier plan.

Invité à évaluer les acquis et les défis de la région montréalaise dans les rangs des ligues majeures du rayonnement et de l'achalandage international, le maire Gérald Tremblay pose au départ un bémol: «Le mot "acquis", pour moi, est toujours fragile. Il n'y a rien d'acquis et on s'en apercevra quand on parlera des enjeux en cause pour l'avenir; on verra alors à quel point il est important de s'assurer que nos forces soient toujours maintenues.»

Le maire dégage d'abord les éléments fondamentaux qui caractérisent la ville: «Elle est unique parce qu'elle exerce à la fois une influence nord-américaine et européenne, ce qui s'avère extrêmement important d'un point de vue touristique. Dans cette optique, même si nous sommes situés dans un milieu où la langue anglaise occupe une place de premier plan, on profite de notre statut de métropole de langue française. Ce caractère culturel distinct nous donne un avantage compétitif particulier, d'autant plus qu'on discute de moins en moins la question de la langue française. On réalise de plus en plus qu'il existe une diversité linguistique et culturelle.»

Du même souffle, il signale que Montréal puise une autre de ses grandes forces dans sa diversité économique, ce qui la place en tête de liste à ce chapitre au Canada: «Notre gros avantage, c'est qu'on a réussi à se positionner favorablement dans le champ de la nouvelle économie depuis une vingtaine d'années. Cette sphère économique fait appel à la diversité culturelle. Dans ce sens, Montréal est capable d'attirer des personnes très créatives qui sont en mesure d'innover.» Il mentionne en outre que la notoriété de la ville lui est conférée par les grands événements internationaux qui s'y déroulent et par les institutions de même envergure qui y prennent place. À cet égard, il ne peut s'empêcher de citer les Championnats mondiaux de sport aquatique, sous l'égide de la Fédération internationale de natation (FINA), dont il a sauvé récemment la mise, et se dit déjà assuré qu'ils remporteront un très grand succès.

Les limites et les équipements

Le maire Tremblay s'interroge tout de même sur ce qu'il est advenu des retombées potentielles de grands événements comme Expo 67 et les Jeux olympiques: «Ça nous a ouvert sur le monde et nous a donné une notoriété, mais est-ce qu'on a réellement géré la suite de ces activités-là pour capitaliser sur les investissements importants qui avaient été consentis?»

Les championnats de la FINA surviennent plus de 30 ans après et il pose cette question: «Peut-on ajouter de la valeur à tous ces événements pour faire en sorte qu'on rayonne sur la scène internationale au même titre que d'autres villes qui ont su capitaliser davantage que nous?» Voilà un questionnement qui vaut toujours.

Cela étant établi, il reste que Montréal dispose de plusieurs équipements culturels, scientifiques, sportifs et de haut savoir qui contribuent à sa renommée. La collectivité a consenti à des investissements majeurs pour en assurer l'existence et ils attirent des visiteurs en très grand nombre. Le premier magistrat souligne en outre la présence sur le territoire montréalais d'un imposant inventaire patrimonial susceptible d'attirer la clientèle touristique étrangère. De plus, plusieurs organismes influents militent en faveur du rayonnement de Montréal et de sa région. Finalement, le maire Tremblay ne saurait taire le rôle prépondérant de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), dont il est le président: «Quand on retient l'intérêt de l'industrie du cinéma, ce n'est pas juste Montréal qui est en cause. On est en train d'élaborer une politique du cinéma avec la région métropolitaine de Montréal. On s'aperçoit plus clairement que, si on veut attirer des touristes, des entreprises et des événements, il faut porter son chapeau de région. Les grands ensembles urbains se multiplient sur la scène internationale.»

Les enjeux en présence

Gérald Tremblay revient sur le sujet de la langue et insiste pour dire que cette réalité demeure toujours fragile, malgré les avancées, au moment de dresser sa liste des défis à relever maintenant et dans l'avenir. La compétitivité de Montréal sur le plan international passe par la préservation du français.

Parallèlement, Montréal se réclame d'un apport culturel et intellectuel grandissant de la part des nouveaux Montréalais; elle profite de leur compétence et de leur expérience. Il lui appartient au premier chef de réussir l'intégration de ces gens qui viendront nourrir et renforcer le bassin démographique de Montréal au cours des prochaines années: «Ce sera un des points forts de la ville, mais cela représente tout un défi.» L'économie entre aussi en jeu: «On ne peut plus se baser sur une économie de masse, mais plutôt sur ce qu'on appelle les "smart regions" à l'intérieur desquelles l'innovation et la créativité prennent de l'importance.»

Il importe maintenant, selon le maire, d'exporter les forces de Montréal ailleurs dans le monde et de les utiliser comme un levier de développement. Il insiste encore une fois, à ce propos, sur l'aspect primordial de la valeur ajoutée, et il se questionne encore une fois à ce sujet: «On a innové aux niveaux social, intellectuel, culturel, scientifique et technologique. Est-ce qu'on est capable d'aller chercher la vraie valeur ajoutée dans ces domaines? Les études montrent que tel n'est pas le cas, par rapport aux actifs dont nous disposons présentement.» Les milieux de l'éducation et de la santé lui servent d'exemples probants à ce sujet.

Pour la qualité de vie

Toute la problématique de l'environnement s'inscrit à son tour dans sa liste des défis à relever. Les dossiers foisonnent à ce propos dans le champ de la politique municipale et relèvent tantôt du transport en commun, en particulier, et tantôt du développement durable, vu dans son ensemble: «C'est exactement "le tout Montréal" en matière de qualité de vie, sans oublier la sécurité.» La «gouvernance» apparaît dans le portrait comme un autre grand défi. Le maire réclame pour les entités urbaines le statut de partenaires travaillant étroitement avec les gouvernements supérieurs dans la conduite des affaires publiques: «Il faut que les gouvernements régionaux et leurs élus puissent influencer la prise de décisions importantes. Surtout, ils doivent avoir accès à des sources de revenus diversifiées.»

En fin de compte, le maire Tremblay retient deux autres défis majeurs, dont celui du sentiment d'appartenance du citoyen à l'égard non seulement de la communauté environnante, mais aussi de toute la ville-région à laquelle celui-ci appartient. Enfin, le temps de la planification et de la concertation étant révolu, l'heure est venue de passer aux actes: «En ce qui concerne les grandes orientations, nous savons tous ce que nous devons faire. Le moment est venu d'agir et de créer la richesse nécessaire pour maintenir et améliorer notre nouvelle qualité de vie.» Montréal, le Québec, le Canada et le reste du monde sortiront gagnants de l'édification de cette métropole d'avenir.