Montréal pressée de revoir sa manière de lutter contre la pauvreté

Actuellement, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques évalue à 29 577 dollars par année le revenu viable d’une personne seule sans enfant à Montréal.
Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Actuellement, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques évalue à 29 577 dollars par année le revenu viable d’une personne seule sans enfant à Montréal.

Le parti d’opposition officielle à l’hôtel de ville, Ensemble Montréal, presse l’administration de Valérie Plante de revoir les critères qu’elle utilise pour réclamer des fonds de la part de Québec en matière de lutte contre la pauvreté, au moment où l’inflation galopante augmente les besoins de milliers de Montréalais à faible revenu.

Ensemble Montréal déposera en ce sens une motion à la prochaine séance du conseil municipal, prévue le 23 janvier. Celle-ci demande concrètement à la Ville de se baser sur l’indice du « revenu viable » établi par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) pour négocier sa prochaine entente de financement avec le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Celle-ci doit être conclue cette année afin de renouveler le financement d’organismes luttant contre la pauvreté partout sur l’île de Montréal.

Actuellement, l’IRIS évalue à 29 577 dollars par année le revenu viable d’une personne seule sans enfant à Montréal. C’est environ 5000 dollars de plus que le seuil actuellement utilisé par la Ville pour déterminer qu’un ménage est en situation de pauvreté, basé sur l’indice de mesure du panier de consommation. Ainsi, en utilisant le calcul effectué par l’IRIS, la Ville pourrait augmenter considérablement le nombre de personnes considérées comme étant desservies par les organismes offrant notamment de l’aide alimentaire ou des services communautaires aux personnes à faible revenu, et donc négocier une hausse conséquente de leur financement de la part du gouvernement Legault, fait valoir Ensemble Montréal.

« Ce qu’on veut dans le fond, c’est que l’administration Plante ait un indice pour lui permette de doubler le financement que la Ville reçoit actuellement », résume M. Langevin, qui espère ainsi que les organismes de la métropole soient à même de bonifier leurs services pour répondre à une demande croissante.

Actuellement, la Ville reçoit en vertu de son entente avec Québec environ 10 millions de dollars par année pour lutter contre la pauvreté sur son territoire.

Tenir compte de l’inflation

Le parti d’opposition estime d’ailleurs qu’il est particulièrement important de bonifier le financement des organismes locaux de l’île de Montréal aidant les personnes à faible revenu dans un contexte où celles-ci écopent durement depuis des mois de l’inflation, qui affecte en particulier leur panier d’épicerie. À l’échelle du Québec, le prix des aliments a augmenté en moyenne de 11 % l’an dernier, soit la plus forte hausse au Canada.

La hausse du prix des loyers affecte aussi durement les ménages à faible revenu au moment où près d’un locataire sur quatre – précisément 24 % – consacre plus de plus de 30 % de ses revenus pour se loger, selon une récente étude réalisée pour le compte de Centraide du Grand Montréal et de la Fondation du Grand Montréal. Un Montréalais sur 10 alloue plus de 50 % de ses revenus à cette fin.

« On a l’inflation, on a une hausse au niveau des demandes dans les organismes communautaires et on utilise les mêmes outils d’analyse de la pauvreté qui oublient un segment important de la population », déplore ainsi Benoit Langevin.

Une possibilité déjà étudiée

La possibilité d’avoir recours à l’indice du revenu viable de l’IRIS, qui tient compte non seulement des besoins de base, mais aussi des ressources nécessaires à une personne pour qu’elle puisse jouir « d’un niveau de vie suffisant » pour s’épanouir en société, a d’ailleurs déjà été évaluée par la Ville dans le passé.

En 2019, la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise, composée d’élus municipaux, s’était penchée sur l’intérêt d’avoir recours à cet indice pour négocier les ententes de financement avec le gouvernement du Québec en matière de lutte contre la pauvreté. Dans son rapport final, la commission municipale s’était montrée favorable à cette perspective, tout en recommandant que la Ville collabore d’abord avec l’IRIS pour améliorer cet indice, qui lui paraissait alors incomplet.

En réponse à ce rapport, le comité exécutif de la Ville a indiqué en août 2021 être « favorable à ce que les meilleures ressources disponibles soient utilisées pour étayer les arguments de la Ville lors des représentations auprès des différents paliers gouvernementaux », ajoutant que le revenu viable « peut faire partie des indicateurs retenus, de la même manière que d’autres mesures de faible revenu fiables et reconnues ». Le comité exécutif faisait toutefois valoir alors que l’indice de l’IRIS devait encore faire l’objet de « travaux » avant de répondre aux attentes de la Ville.

« Ce qu’on dit, c’est que ça n’a aucun sens qu’il y a quatre ans, on a fait la demande, c’est allé devant une commission publique et qu’à ce jour, on n’ait toujours pas adhéré à cette façon-là d’adresser la pauvreté, à cette façon-là de faire nos revendications auprès de Québec », martèle Benoit Langevin, qui avait présenté une motion similaire en 2018.

Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, n’a pas voulu commenter cette motion, qui sera débattue pendant la prochaine séance du conseil municipal.

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