La restauration de l’hôtel de ville de Montréal aura coûté 211 millions

Le vaste chantier devrait être terminé d’ici la fin de 2023, selon l’administration Plante.
Photo: Ville de Montréal Le vaste chantier devrait être terminé d’ici la fin de 2023, selon l’administration Plante.

Le chantier de restauration de l’hôtel de ville de Montréal devrait se terminer d’ici la fin de l’année 2023, mais les coûts grimpent encore, et la facture atteindra 211 millions de dollars, a fait savoir l’administration de Valérie Plante lundi.

Amorcés en 2019, les travaux de restauration de l’hôtel de ville se sont avérés complexes. Alors que le projet initial annoncé par l’ex-maire Denis Coderre en 2015 ne visait qu’une mise aux normes du bâtiment au coût de 22,5 millions, la Ville a constaté en 2017 qu’il lui faudrait remplacer les équipements électromécaniques et le réseau de chauffage. Les retards causés par la pandémie, la hausse des coûts dans le domaine de la construction et des imprévus découverts au fil des travaux ont graduellement fait augmenter la facture.

À l’occasion d’une visite du chantier lundi, la responsable des infrastructures, des immeubles et du maintien des actifs au comité exécutif, Émilie Thuillier, a indiqué qu’une somme supplémentaire de 28,5 millions serait nécessaire pour finaliser les travaux, ce qui porte à 196,5 millions la facture de restauration patrimoniale de l’hôtel de ville. À cela s’ajoute un montant de 14,5 millions pour des équipements de technologies de l’information et de l’ameublement, pour un total de 211 millions.

« La principale raison, c’est qu’on a eu des retards qui ont prolongé certains échéanciers. On doit prolonger les contrats de Pomerleau, les assurances de chantier et les contrats des professionnels jusqu’à la fin de 2023 », a-t-elle expliqué.

Mme Thuillier estime que les coûts en valent la chandelle compte tenu de la valeur patrimoniale du bâtiment et des aménagements qui permettront de mieux accueillir les citoyens. « On change tous les équipements électromécaniques, mais c’est surtout un projet de restauration patrimoniale exemplaire. C’est extraordinaire comme bâtiment. On veut le préserver pour les générations futures », a-t-elle dit.

Les travaux devraient se terminer à la fin de l’année 2023. Les employés et les élus, qui occupent l’édifice Lucien-Saulnier depuis 2019, pourront ensuite réintégrer l’hôtel de ville. « Le conseil municipal de décembre 2023 ne sera pas à l’hôtel de ville. Ça, c’est sûr », a toutefois prévenu Émilie Thuillier.

Un travail minutieux

Construit entre 1872 et 1878, l’hôtel de ville de Montréal avait été ravagé par un incendie en mars 1922. Il avait par la suite été reconstruit, et on lui avait ajouté un étage.

Aux dires de Menaud Lapointe, architecte associé responsable du projet de restauration, il s’agit de l’un des plus vastes chantiers de restauration patrimoniale au Québec. Il a notamment fallu rénover les façades extérieures, ausculter toutes les pierres et les restaurer une à une.

À l’intérieur, malgré les échafaudages et les matériaux empilés ici et là, on peut déjà constater les changements apportés à la configuration des lieux. Au rez-de-chaussée, les espaces ont été complètement revus. L’imposant comptoir de marbre derrière lequel les employés municipaux accueillaient le public a été démonté. Les pièces de marbre restaurées seront intégrées dans de nouveaux aménagements plus conviviaux. Les nouveaux espaces décloisonnés accueilleront aussi une salle multifonctionnelle et un café.

Photo: Ville de Montréal À l’intérieur de l’Hôtel de Ville, malgré les échafaudages et les matériaux empilés ici et là, on peut déjà constater les changements apportés à la configuration des lieux.
Photo: Ville de Montréal

Les travaux ont par ailleurs permis de dégager un mur extérieur datant d’avant l’agrandissement de 1933. Les cinq baies vitrées qu’il comporte accueilleront des projets d’artistes dans le cadre de la politique de 1 % en art public.

Dans la salle du conseil municipal, les vitraux illustrant des scènes de la vie montréalaise ont été retirés temporairement, le temps d’être restaurés. Tout comme les chaises des élus, qui seront rénovées et devraient être plus confortables pour ceux et celles qui y passent de longues heures lors des assemblées. Le crucifix qui ornait un des murs de l’enceinte depuis 1937 a été décroché et n’y reviendra pas, comme l’avait annoncé la Ville en 2019.

Dans le but d’augmenter l’efficacité énergétique du bâtiment, le réseau de chauffage au gaz a été remplacé par un système électrique, et les 169 fenêtres de bois ont été restaurées afin de les rendre plus étanches. « En matière d’efficacité énergétique, l’hôtel de ville va se comparer à un édifice moderne », a assuré Menaud Lapointe.

Les moulures des plafonds, qui, dans certaines pièces, étaient dissimulées derrière plusieurs épaisseurs de gypse, seront mises en valeur. Il a cependant fallu retirer l’amiante présent dans tout l’immeuble, ce qui a nécessité des précautions particulières.

L’augmentation des coûts des travaux a fait sursauter le chef de l’opposition, Aref Salem. « Lors de la présentation du dernier budget de la Ville, l’administration Plante a menti aux Montréalais en leur assurant qu’il n’y aurait pas de nouveaux dépassements de coûts. Il aura fallu seulement un mois pour que la vérité la rattrape, alors qu’on apprend aujourd’hui via une présentation qu’il y aura des nouvelles dépenses avoisinant les 30 millions », a-t-il tonné. « Ce projet est un exemple flagrant de la mauvaise gestion de l’administration, qui dépense l’argent des contribuables comme s’il n’y avait pas de lendemain. »

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