Montréal prête à céder des immeubles patrimoniaux vacants

Le Centre Saint-Paul, inoccupé depuis 2015, abritait autrefois l’hôtel de ville de la municipalité de Côte-Saint-Paul.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le Centre Saint-Paul, inoccupé depuis 2015, abritait autrefois l’hôtel de ville de la municipalité de Côte-Saint-Paul.

Aux prises avec 68 bâtiments municipaux vacants, dont plusieurs ont une grande valeur patrimoniale, la Ville de Montréal a dévoilé mercredi une nouvelle stratégie pour les réhabiliter. Dans un premier temps, elle lancera un appel à projets visant à vendre pour un dollar l’ancien Centre Saint-Paul, sur l’avenue de l’Église, afin de trouver une entreprise ou un organisme sans but lucratif qui pourra le réhabiliter et l’occuper.

Construit en 1910-1911 selon les plans de l’architecte Joseph-Émile Vanier, le Centre Saint-Paul abritait autrefois l’hôtel de ville et la caserne de pompiers de l’ancienne municipalité de Côte-Saint-Paul.

Cet immeuble, qui a fait l’objet de rénovations majeures en 1995, est cependant inoccupé depuis 2015, bien que le garage de l’ancienne caserne ait accueilli un musée d’anciens véhicules de pompiers jusqu’en 2020.

La Ville estime à 10 millions de dollars le coût minimal des travaux nécessaires pour sa préservation. Elle souhaite donc trouver une entreprise ou un OBNL qui le prendrait en charge et lui donnerait une nouvelle vocation. Elle lancera un appel à projets en mars 2023 afin de vendre l’immeuble pour la somme symbolique d’un dollar.

L’acheteur potentiel devra toutefois répondre à certaines conditions. Il lui faudra notamment restaurer l’immeuble et préserver ses caractéristiques patrimoniales, dont les façades, les toitures, les couronnements et les fenêtres. L’aménagement intérieur devra faire l’objet d’une attention particulière et des éléments tels que l’escalier de la tour de séchage des boyaux et les radiateurs devront être préservés. Le projet soumis devra respecter les priorités de l’arrondissement du Sud-Ouest en matière de développement économique et prévoir des espaces communautaires. Le projet retenu devra être assorti d’une garantie bancaire d’un million de dollars.

« L’édifice Saint-Paul est vraiment un petit bijou patrimonial et architectural dans Côte-Saint-Paul. C’est un bâtiment qui est abandonné depuis de trop nombreuses années, alors il faut le sauver », a fait valoir le maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, mercredi matin. L’élu a rappelé que ce secteur était un peu « oublié » et qu’il allait faire l’objet d’une revitalisation. « On ne cherche pas à faire de l’argent, mais à sauver le bâtiment et à sauver le patrimoine. »

Cette vente d’immeuble s’inscrit dans un nouveau programme de la Ville de Montréal baptisé IMPACTE, destiné aux bâtiments patrimoniaux. Il fait partie de la stratégie des bâtiments vacants et excédentaires de la Ville.

La Ville de Montréal compte à l’heure actuelle 68 bâtiments excédentaires, dont 21 sont situés dans des parcs urbains ou des parcs nature de son territoire. De ce nombre, 45 présentent un intérêt patrimonial et 6 font l’objet d’un classement, d’une citation ou d’une déclaration. La valeur totale de remplacement de ces immeubles est estimée à 434 millions de dollars, selon les données fournies par la Ville.

Directeur des politiques à Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, compte examiner de plus près la stratégie de la Ville avec ses collègues afin de mieux la comprendre et voir si elle permettra réellement de convertir des immeubles excédentaires en « actif communautaire utile ».

Il note cependant que la Ville n’a pas toujours été une fiduciaire exemplaire pour le patrimoine immobilier qu’elle détient. « On l’a vu avec la station de pompage Craig, magnifique ouvrage de génie laissé à pourrir pendant des décennies. Reprendre les choses en main est donc une bonne nouvelle », indique-t-il dans un courriel.

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