Locataires et propriétaires inquiétés par le budget de la Ville de Montréal

Le président de l’Association des propriétaires du Québec, Martin Messier, trouve «discutable» ces augmentations des charges fiscales qui, insiste-t-il, auront «une répercussion directe sur les locataires».
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le président de l’Association des propriétaires du Québec, Martin Messier, trouve «discutable» ces augmentations des charges fiscales qui, insiste-t-il, auront «une répercussion directe sur les locataires».

Les hausses importantes des impôts fonciers inscrites dans le dernier budget de la Ville de Montréal inquiètent tant les locataires que les propriétaires, qui verront tous deux s’alourdir le poids financier qui pèse sur leurs épaules. Le milieu des affaires est, quant à lui, soulagé.

« C’est vraiment inquiétant », a lancé d’emblée, mardi, le président de l’Association des propriétaires du Québec, Martin Messier, en réaction à la hausse moyenne de 4,1 % des impôts fonciers dans le milieu résidentiel inscrite au budget. Celle-ci dépasse d’ailleurs 5 % dans certains arrondissements, dont Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

« Notre recommandation, c’est que, dans la mesure du possible, on va hausser les loyers. Mais dans les cas où ce n’est pas possible, c’est le propriétaire qui va devoir absorber », ajoute M. Messier, qui trouve « discutable » ces augmentations du fardeau fiscal qui, insiste-t-il, aura « une répercussion directe sur les locataires ». « Je ne vois pas comment on peut demander aux propriétaires de hausser les loyers de moins que ce que les villes augmentent. Pour moi, il y a une inadéquation entre ça », fait-il valoir.


 

Loyers

Plusieurs locataires rencontrés par Le Devoir mardi se disent d’ailleurs inquiets des répercussions que ce nouveau budget de la Ville pourrait avoir sur leur loyer mensuel. « Ce sont les personnes les plus défavorisées et les étudiants qui vont en souffrir le plus », appréhende Rosa Barrera, une étudiante au doctorat qui consacre déjà plus de 50 % de ses revenus pour se loger dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Réal Daoust, un retraité qui demeure dans Rosemont–La Petite-Patrie, doit aussi réserver la moitié de sa « pension de vieillesse » à son loyer mensuel. Or, « les finances, en vieillissant, sont beaucoup plus basses, tu calcules plus », relève le locataire. Dans ce contexte, même « de petites hausses » de loyer peuvent « être difficiles à encaisser », ajoute-t-il.

Le porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, Martin Blanchard, se préoccupe pour sa part de la décision de la Ville de prévoir nettement plus de fonds dans son Plan décennal d’immobilisations pour l’acquisition de terrains à des fins de logements abordables plutôt que pour la création de logements sociaux. Or, ces derniers sont ceux qui sont vraiment abordables pour les moins nantis, fait-il valoir.

« Les personnes à faible revenu vont se ramasser en périphérie de la ville de Montréal parce qu’on n’aura pas prévu assez d’espaces pour du logement social », appréhende M. Blanchard.

Le milieu des affaires soulagé

 

« C’est un bon budget dans les circonstances », résume quant à lui Michel Leblanc, le p.-d.g. de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « Les entreprises font face à des factures qui augmentent de tout bord, de tout côté, alors la décision de la Ville d’augmenter les taxes foncières pour le secteur non résidentiel à 2,9 % est un signe qu’elle a écouté nos demandes », estime-t-il.

En plus des hausses des impôts fonciers, les entreprises montréalaises devront jongler avec de nouvelles mesures d’écofiscalité introduites dans le budget.

D’une part, Montréal étendra la taxe sur le stationnement à tout le territoire de la Ville. Cette taxe, qui était limitée au centre-ville jusqu’à maintenant, visera l’ensemble des stationnements extérieurs non résidentiels de plus de 20 000 m2.

D’autre part, la Ville commencera aussi à tarifer l’eau potable aux industries, commerces et institutions, en fonction de leur consommation. Une facture à blanc leur sera expédiée à la fin du mois de janvier prochain, ce qui leur permettra de connaître le montant qui leur sera réclamé en 2024.

« On appuie la mesure de tarification de l’eau. On pense que c’est totalement approprié dans un contexte de transition écologique », souligne M. Leblanc. Il est toutefois plus nuancé concernant la nouvelle tarification pour les parcs de stationnement. « On appuie le concept. Cela dit, nous aurions préféré que la Ville y aille avec une stratégie coordonnée avec Laval et Longueuil, pour ne pas décourager les entreprises de s’établir à Montréal », explique-t-il.

 

Avec Jeanne Corriveau 

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