Forte hausse de l'impôt foncier en vue à Montréal

L’administration Plante-Ollivier estime avoir fait des efforts pour limiter la hausse d’impôt à un taux raisonnable.
Jacques Nadeau Le Devoir L’administration Plante-Ollivier estime avoir fait des efforts pour limiter la hausse d’impôt à un taux raisonnable.

Dopé par une inflation galopante et l’explosion des valeurs foncières, l’impôt municipal des propriétaires montréalais augmentera en moyenne de 4,1 % l’an prochain. Il s’agit de la hausse la plus importante depuis 2011. L’administration Plante-Ollivier estime toutefois avoir fait des efforts pour limiter la hausse d’impôt à un taux raisonnable.

Le budget 2023, dévoilé mardi, atteint 6,76 milliards de dollars, en hausse de 300 millions par rapport à 2022. Une partie de cette augmentation est attribuable aux investissements en sécurité urbaine et au paiement de la dette de la métropole.

L’augmentation de l’impôt foncier imposé par la ville centre et les taxes d’arrondissement portent à 4,1 % la hausse moyenne de l’impôt foncier pour le secteur résidentiel, contre une augmentation d’à peine 2 % l’an dernier.

« La Ville de Montréal a décidé d’absorber le choc avec l’augmentation de l’inflation de 7 % »,a fait valoir la mairesse, Valérie Plante, en conférence de presse, qui constate ainsi que l’augmentation de l’impôt foncier est environ 3 % en deçà de ce niveau d’inflation record, qui affecte aussi les finances de la Ville.

« Notre maison, elle est en ordre et notre administration continue de gérer ses finances de façon responsable », a renchéri la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, qui reconnaît cependant que la Ville se doit de réduire sa dépendance à l’impôt foncier.

Rappelons que le rôle d’évaluation foncière de l’agglomération déposé en septembre par la Ville de Montréal avait fait bondir de 35,5 % la valeur foncière des immeubles du secteur résidentiel. La Ville a toutefois réduit le taux de taxation par 100 $ d’évaluation et étalé sur trois ans la hausse du rôle foncier. Elle signale par ailleurs que le Conference Board du Canada prévoit un taux d’inflation de 4 % pour 2023.

Ces hausses surviennent dans un contexte où le prix de vente médian des propriétés dans la région métropolitaine a diminué de 10 % dans les derniers mois, par rapport au sommet atteint au printemps 2022. Il s’agit de la plus importante augmentation de l’impôt foncier depuis 2011. Cette année-là, il avait grimpé de 4,3 %.

D’un arrondissement à l’autre

Les arrondissements touchés par les hausses les plus importantes sont L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève (6 %), Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (5,7 %) et, à égalité, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Pierrefonds-Roxboro (5,4 %). La plus faible augmentation est observée dans Ville-Marie, où la hausse moyenne se limite à 1,7 %.

« Ce sont les administrations locales en arrondissement qui déterminent les augmentations », a déclaré Mme Plante pour justifier ces écarts. « Bien sûr, ce sera difficile pour certaines familles », a-t-elle reconnu un peu plus tard.

De son côté, le secteur non résidentiel connaît une augmentation moyenne de 2,9 % . Les hausses seront particulièrement importantes dans Lachine (15,2 %) et dans Saint-Laurent (11,2 %). Elles diminueront de 2,7 % dans Ville-Marie, où les commerces ont particulièrement écopé des effets de la pandémie.

Budget sécurité urbaine

Le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) augmente pour sa part de 63,2 millions de dollars cette année, pour atteindre 787,1 millions en 2023, une croissance plus importante que celle notée l’an dernier. Ce budget bonifié permettra notamment au corps de police d’embaucher 123 policiers pour faire face à la montée de la violence armée dans la métropole. Le SPVM embauchera par ailleurs 10 autres employés dans son Équipe multidisciplinaire d’intervention dans les écoles.

Le service de police procédera par ailleurs à l’ajout de sept ressources à son Équipe de surveillance des délinquants sexuels, au moment où celle-ci fait face à des « besoins grandissants ». Une somme de 45 millions consacrée à l’augmentation du budget du SPVM provient de l’aide financière accordée en août dernier par Québec à la métropole pour faciliter l’embauche de policiers.

La Ville prévoit d’autre part un investissement de 16,5 millions de dollars dans son Plan décennal d’immobilisations pour l’acquisition et le déploiement de caméras corporelles pour les patrouilleurs du SPVM, un projet qui accuse du retard. D’abord attendu cette année, le déploiement de cette technologie est maintenant remis à une date inconnue. « Nous attendons le signal clair du gouvernement du Québec » concernant la technologie qui sera choisie pour ce projet, a indiqué Dominique Ollivier.

Mobilité et habitation

En matière de mobilité, la Ville accorde une somme de 30 millions de dollars en soutien à la Société de transport de Montréal, qui accumule un lourd déficit qui menace d’affecter la qualité de son service l’an prochain. De ce montant, cependant, 24 millions seront destinés au financement de la gratuité du transport en commun pour les usagers de 65 ans et plus.

La Ville prévoit d’autre part un investissement de 300 millions de dollars dans l’agrandissement de son Réseau express vélo. En 2023, l’administration de Valérie Plante prévoit notamment d’étendre ce réseau de voies cyclables protégées sur l’axe Henri-Bourassa, entre la rue Lajeunesse et le boulevard de l’Acadie, ainsi que sur l’axe Saint-Antoine/Saint-Jacques, entre la rue Guy et la rue du Square-Victoria.

La Ville prévoit en outre d’investir 476 millions de dollars dans ses infrastructures routières en 2023, notamment afin de colmater des nids-de-poule.

En matière d’habitation, la part du lion ira à l’acquisition de terrains à des fins de logements abordables, par l’intermédiaire de son droit de préemption. La Ville prévoit de débourser 480 millions à cette fin sur 10 ans, tandis que 120 millions iront à l’acquisition de terrains et d’immeubles pour des logements sociaux.

L’opposition à l’hôtel de ville estime que l’administration Plante-Ollivier aurait dû faire plus d’efforts pour contrôler ses dépenses compte tenu de la pression financière subie par les Montréalais. « On parle d’un budget où on a embauché 646 personnes de plus dans un contexte économique extrêmement difficile », a souligné le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem. Il a dit envier les résidents de Québec, où les augmentations ont été limitées à 2,5 %.

L’Association des municipalités de banlieue (AMB) a pour sa part dénoncé la facture sans cesse croissante qui est refilée aux quinze villes liées de l’agglomération de Montréal. « Avec une augmentation de 8 % des quotes-parts pour les villes liées, alors que l’augmentation pour la Ville de Montréal est de seulement 2,7 %, l’écart se creuse de façon vertigineuse », a déclaré le président de l’AMB et maire de Montréal-Ouest, Beny Masella.

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