Pas de retour en vue pour la statue de John A. Macdonald

À Montréal, la statue de John A. Macdonald a été décapitée par des militants en août 2020.
Graham Hughes La Presse canadienne À Montréal, la statue de John A. Macdonald a été décapitée par des militants en août 2020.

La statue de John A. Macdonald de la place du Canada, qui avait été déboulonnée en août 2020 par des militants antiracistes, ne devrait pas être remise sur son socle, estime un comité ad hoc mis en place par la Ville de Montréal.

« Considérant les politiques assimilatrices et génocidaires qu’il a mises en oeuvre à l’endroit des peuples autochtones et les actes discriminatoires qu’il a perpétrés envers plusieurs groupes de personnes, dont les conséquences sont encore douloureuses et palpables pour plusieurs communautés, le comité estime, dans l’esprit du processus de réconciliation, qu’il est nécessaire de se distancier de cet héritage de John A. Macdonald et de la vision coloniale représentée par le monument », écrivent les membres du comité dans un avis préliminaire rendu public lundi.

Rappelons que la Ville de Montréal avait confié à un comité d’experts la mission d’évaluer la valeur patrimoniale du monument et de lui faire des recommandations sur l’avenir de la statue érigée en 1895 à la place du Canada. Ce comité réunit notamment la sénatrice Michèle Audette, André Dudemaine, directeur des activités culturelles de Terres en vues, l’historien Alan Stewart et Dinu Bumbaru, directeur des programmes chez Héritage Montréal.

Une interprétation « renouvelée »

Les membres du comité recommandent de laisser la structure du monument vide en y apposant une plaque explicative. Ils proposent toutefois un « programme d’interprétation renouvelée », qui pourrait prendre différentes formes.

Dans son avis, le comité suggère une approche artistique. Il évoque l’option d’une approche virtuelle à l’aide d’un projet numérique qui pourrait permettre aux victimes des politiques mises en place par Macdonald d’en témoigner. Ce concept aurait l’avantage d’atteindre « un public plus large et plus jeune », souligne-t-on.

« Plusieurs types de projets numériques sont possibles, tels que des circuits en réalité augmentée, dont un point fort serait le monument lui-même, des témoignages livrés par les aînés, des projections, etc. », suggère le comité, qui recommande d’impliquer la population dans la démarche à être entreprise.

Il propose également d’instaurer un rituel de recueillement autour du monument à Macdonald.

Un héritage contesté

L’avis préliminaire fera l’objet d’une présentation devant la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports le 7 décembre prochain. Le comité soumettra un avis final par la suite, et le conseil municipal sera appelé à se prononcer sur l’avenir du monument en février 2023.

L’énoncé de l’intérêt patrimonial du monument réalisé dans le cadre de cet exercice rappelle que l’héritage de John A. Macdonald est contesté en raison du rôle de l’ancien premier ministre dans la mise en oeuvre de politiques d’assimilation à l’endroit des autochtones, mais aussi pour ses actes discriminatoires envers les Métis, les Canadiens français et les travailleurs d’origine chinoise.

Réalisée par le sculpteur britannique John Edward Wade à la suite d’un concours international, la statue de John A. Macdonald a été la cible d’actes de vandalisme à répétition au cours des dernières décennies, dont une décapitation en 1992. Le déboulonnage de 2020, survenu lors d’une manifestation sur le définancement de la police, s’est pour sa part inscrit dans un mouvement mondial de contestation des monuments érigés à la gloire de héros d’une autre époque.

Dans la foulée de cet événement, la sculpture malmenée avait été entreposée par la Ville. La mairesse Valérie Plante avait alors indiqué qu’elle souhaitait profiter de l’occasion pour réfléchir sur l’avenir du monument, comme la Ville l’avait fait lorsque la rue Amherst avait été rebaptisée Atateken.

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