Martin Galarneau et Dinu Bumbaru: deux regards sur l’OCPM

André Lavoie
Collaboration spéciale
L’avocat Martin Galarneau, qui a une longue expérience en affaires immobilières
Photo: TGTA L’avocat Martin Galarneau, qui a une longue expérience en affaires immobilières

Ce texte fait partie du cahier spécial Consultations publiques

Martin Galarneau et Dinu Bumbaru fréquentent l’Office depuis longtemps, en connaissant les rouages, de même que sa valeur.

MARTIN GALARNEAU
L’OCPM est un allié, pas un obstacle

« Il y a 10-15 ans, plusieurs promoteurs immobiliers craignaient l’Officede consultation publique de Montréal (OCPM) et le percevaient comme un empêcheur de tourner en rond. Aujourd’hui, se réjouit Martin Galarneau, la perspective a beaucoup évolué, particulièrement pour une toute nouvelle génération de promoteurs. »

L’avocat de formation en fait partie, reconnaissant « son travail formidable », et comprenant que ce processus démocratique ouvert et transparent ne peut que bonifier les projets qui passent sous sa loupe.

Également détenteur d’un certificat en affaires immobilières et d’une maîtrise en urbanisme, cet associé de la firme TGTA comprend bien le caractère singulier de Montréal, de même que les rouages complexes de la politique. Ancien sous-ministre provincial chargé de la métropole au début des années 2000, Martin Galarneau sait en effet que les processus consultatifs peuvent être parfois « laborieux » mais essentiels. « Je connais la chose publique et je suis d’abord et avant tout un passionné de Montréal. Alors, comme promoteur, être en lien avec l’OCPM, c’est tout aussi naturel que souhaitable. »

Pour plus de diversité dans les opinions

 

Il se souvient ainsi très bien de son premier projet soumis à l’OCPM. En 2009, Le Castelnau allait transformer de fond en comble l’Institut des sourds-muets de Montréal, immense bâtiment historique construit en 1918 situé sur le boulevard Saint-Laurent, à deux pas du parc Jarry. Ce fut le début d’un long processus de consultations et d’auditions devant de nombreux comités, dont l’OCPM, pour ce qui était alors la phase 1 d’un vaste complexe immobilier.

Des personnes malentendantes s’inquiétaient de la disparition d’un pan de leur histoire. Comme le promoteur était bien au fait de leurs préoccupations, il a pu y répondre.

« Nous étions déjà en lien avec eux, précise Martin Galarneau, et en allant devant l’OCPM, ils formalisaient en quelque sorte leur démarche. Cela m’a prouvé la pertinence de l’Office, mais aussi l’importance, en tant que promoteur, d’organiser des activités auprès du grand public ainsi qu’avec les parties prenantes. Au-delà des obligations juridiques, les consultations doivent faire partie de nos pratiques. »

Au moment où l’OCPM célèbre ses20 ans, Martin Galarneau lui souhaite un avenir sous le signe de la diversité des opinions. « L’organisme a développé de nouvelles approches et doit continuer en ce sens. Car pendant longtemps, nous entendions les mêmes personnes, les mêmesgroupes, et ils n’étaient pas toujours représentatifs. Rejoindre une jeune famille dont les deux parents travaillent, c’estimportant, car ces gens-là ont des choses à dire. Mais ont-ils la possibilité de participer à une consultation ? »

L’associé de la firme TGTA croit aussi qu’il doit continuer à protéger sa neutralité. « Nous sommes tous d’accord avec les préceptes du développement durable, mais ce n’est pas le boulot de l’OCPM. Entre un projet domiciliaire pas tout à fait LEED [Leadership in Energy and Environmental Design], construit au-dessus d’une station de métro, et un autre complètement LEED, construit au milieu d’un champ, lequel des deux est le plus vert ? » Selon lui, l’OCPM n’est pas habilité à en décider.

Photo: Rémy Boily Le directeur des opérations d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru

DINU BUMBARU
La pédagogie de la cité

 

Non seulement Dinu Bumbaru a vu la métropole québécoise se transformer au fil des décennies, mais il a participé étroitement à la redéfinition de son image et de ses contours. Depuis maintenant 40 ans, le directeur des opérations d’Héritage Montréal se pose en témoin privilégié des bouleversements qui ont façonné la ville.

L’homme ne compte plus les consultations auxquelles il a participé, ayant aussi suivi à la trace l’évolution des organismes chargés de le faire… ou pas ! Car avant l’élection de Jean Doré à la mairie de Montréal en 1986, le pouvoir était le plus souvent concentré entre les mains d’un seul homme : Jean Drapeau. On lui doit Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976, mais aussi de violentes décisions unilatérales. « On a vu une quantité de démolitions et de décisions prises dans la plus grande opacité, ce qui prêtait le flanc aussi bien à la corruption qu’à l’imbécillité. »

Un grand ménage s’imposait et c’était d’ailleurs ce que promettait le Rassemblement des citoyens de Montréal, parti dirigé par Jean Doré à partir de 1982. « À la fin des années 1980, nous sommes entrés dans une phase de modernisation profonde, une révolution tranquille à l’échelle montréalaise, se souvient Dinu Bumbaru. La création du Bureau de consultation de Montréal [dont des experts et des élus étaient membres, et dissous plus tard par Pierre Bourque, à son arrivée au pouvoir en 1994] ainsi que la mise en place du premier plan d’urbanisme en 1992 ont été de bons instruments. »

Ne pas se substituer aux élus

 

Mais pour que chaque voix se fasse entendre et compte, un organisme indépendant et impartial s’avérait nécessaire. Calqué en 2002 sur le modèle du Bureau d’audiences publiquessur l’environnement du Québec, l’Office de consultation publique de Montréal offre cet espace « pour que la population puisse comprendre les enjeux, mais aussi interroger les promoteurs ou les porte-parole d’un projet », souligne Dinu Bumbaru. Et attention, précise cet amoureux du patrimoine québécois : « Informer n’est pas la même chose que vendre ! L’OCPM crée un décorum où tous sont invités à observer les règles du jeu, car ce n’est pas une foire d’empoigne. »

Pour installer un tel climat, « il faut des commissaires compétents, à l’écoute et heureusement, l’OCPM a le talent pour les trouver », favorisant cette « pédagogie de la cité » que Dinu Bumbaru juge essentielle. L’Office doit formuler la meilleure synthèse de toute l’information reçue, mais l’architecte de formation croit aussi qu’il ne doit pas se substituer aux élus.

Comment celui qui en a vu la naissance il y a 20 ans envisage-t-il les 20 prochaines années de l’OCPM ? « En 2042, nous fêterons le 400e anniversaire de Montréal. Souhaitons que l’Office puisse continuer à en faire une ville participative. Elle va se transformer, c’est inévitable. Mais arrêtons de rêver de Copenhague comme autrefois de Los Angeles : que Montréal se “montréalise’’ ! »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo