Un avenir « lumineux »

André Lavoie
Collaboration spéciale
Isabelle Beaulieu, qui a pris la tête de l’OCPM en février dernier
Marie-France Coallier Le Devoir Isabelle Beaulieu, qui a pris la tête de l’OCPM en février dernier

Ce texte fait partie du cahier spécial Consultations publiques

Même si selon sa présidente, Isabelle Beaulieu, il faudra aussi s’affairer à chasser quelques nuages, en parvenant notamment à diversifier les publics.

En 2012, la commission Charbonneau avait éclaboussé le maire de Montréal, Gérald Tremblay, le forçant à la démission, lui qui était aux commandes de la ville depuis dix ans. Le parfum de scandale entourant son administration a d’ailleurs camouflé ses legs, dont la création, en 2002, de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Son prédécesseur, Pierre Bourque, avait mis la clé dans la porte du Bureau de consultation de Montréal, symbole d’une ville plus ouverte aux idées de ses citoyens à l’heure de la transformer. La nécessité d’un espace d’informations et d’échanges, animé par des commissaires experts en divers domaines, et non pas des élus, a vite fait son chemin : l’OCPM est depuis devenu un modèle unique en son genre.

À son arrivée en 2015 à titre de commissaire, Isabelle Beaulieu était loin de se douter qu’elle en deviendrait un jour la présidente — elle en a pris la tête en février dernier —, même si son parcours la préparait très bien à cette fonction. Docteure en sciences politiques, membre du Conseil supérieur de la langue française dans les années 2000, ancienne directrice du bureau du Québec à Washington, on la croit sur parolelorsqu’elle parle avec ferveur des bienfaits de la démocratie participative.

Celle qui a succédé à Dominique Ollivier, aujourd’hui présidente du comité exécutif de Montréal, entend bien poursuivre les chantiers amorcés sous sa gouverne, tout en reconnaissant que de nouveaux défis se pointent à l’horizon. Car si la réalité pandémique est toujours présente, plus de deux ans après la première vague de COVID-19, d’autres enjeux se profilent.

« On va se le dire : la participation, c’est difficile, reconnaît d’emblée Isabelle Beaulieu. Faire sortir les gens de la maison, les amener à penser collectivement au collectif, c’est beaucoup plus complexe qu’avant. » Cela ne veut pas dire que l’OCPM reste les bras croisés devant une certaine apathie citoyenne, la présidenteétant fière de souligner que toutes les consultations menées par son organisation sont désormais hybrides et donc accessibles au plus grand nombre.

Débattre pour mieux bâtir

 

L’OCPM reçoit des mandats de consultation du conseil municipal et du comité exécutif de la Ville de Montréal, qui confient à cet organisme indépendant la tâche d’organiser des discussions éclairées sur des enjeux portant aussi bien sur la préservation d’un site patrimonial, sur la construction d’une grande infrastructure ou sur un plan d’aménagement urbain.

Lorsque l’on sait à quel point les citoyens ou certains groupes de pression peuvent être réfractaires aux changements, on comprend que l’OCPM navigue parfois en eaux troubles et doit toujours s’afficher comme « un tiers neutre », rappelle Isabelle Beaulieu avec fierté. Selon la présidente, l’Office doit surtout contrer un phénomène vieux comme le monde, mais exacerbé par la polarisation des débats : le fameux syndrome du « pas dans ma cour ».

Devant un nouvel hôpital ou la revalorisation d’un ancien secteur industriel, les transformations soulèvent souvent des enjeux inédits et de vieilles craintes, comme l’augmentation de la circulation et la redéfinition de la trame sociale d’un quartier. Dans ce contexte, « l’Office est un formidable outil, souligne Isabelle Beaulieu, car il propose un dialogue avec tous les Montréalais, pas seulement les voisins du projet, permettant ainsi aux citoyens de se projeter dans la ville du futur et d’imaginer celle que l’on veut ».

Mettre en évidence l’intelligence collective

Alors qu’au siècle dernier, les consultations se déroulaient en général uniquement à l’hôtel de ville, le leitmotiv de l’OCPM est, depuis longtemps, d’aller là où vit la population et de lui offrir le maximum d’informations au moment de se faire une tête sur un projet dont il faut discuter en profondeur. « Ce n’est pas une démarche d’éducation, mais de bien informer les citoyens pour qu’ils puissent confronter leurs idées. Avant de demander aux gens ce qu’ils en pensent, nous devons leur donner le maximum d’outils. C’est de cette façon que l’on arrive à mettre en évidence l’intelligence collective. »

Or, ce n’est pas toujours simple lorsque les intérêts particuliers prennent le pas sur le bien commun. La présidente de l’OCPM en est bien consciente. « On le voit, en ce moment, avec les consultations autour d’un très gros dossier, le Plan d’urbanisme et de mobilité 2050, où l’on aborde la question de la densification urbaine. C’est énorme et fondamental parce que ça touche tous les Montréalais. Si on leur demande où l’on doit densifier, la réponse est simple : partout sauf près de chez moi ! » C’est ainsi que des débats s’appuyant sur des faits et des informations vérifiées peuvent dissiper bien des craintes. À condition, bien sûr, d’y participer.

La consultation a un bel avenir devant elle

 

Alors que l’OCPM célèbre son 20e anniversaire d’existence, l’avenir apparaît lumineux à plusieurs égards, même si quelques nuages assombrissent les réjouissances. L’organisme a-t-il toujours les moyens de ses ambitions ? Est-il capable de répondre aux demandes des élus pour favoriser l’innovation, la participation et la diversification des publics ? Isabelle Beaulieu le souhaite, mais se demande bien avec quel argent.

« Notre budget de fonctionnement était de 2 millions de dollars il y a 20 ans. Il est de 2,7 millions aujourd’hui… » indique-t-elle. À l’heure de l’inflation galopante et du déploiement technologique de l’organisme, cette donnée est assurément un frein à son développement.

Enfin, même s’il n’est (surtout) pas un tribunal, certains aimeraient que les recommandations de l’OCPM soient plus contraignantes. Selon la présidente, les décisions finales reviennent certes aux élus, mais celles-ci sont souvent plus éclairées lorsqu’elles tiennent compte du savoir citoyen. Elle reconnaît par ailleurs une faiblesse du côté du suivi des propositions formulées.

« Nous devrions en être informés, affirme-t-elle. Certains arrondissements le font systématiquement ou presque. C’est le cas de Ville-Marie, qui nous revient souvent avec une liste de ce qui a été accepté, de ce qui ne le sera pas et de ce qui sera inclus plus tard, dans un futur règlement. Inscrire cette obligation constitue pour nous une importante revendication. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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