L’art et la manière de faire participer la population

Anne-Hélène Mai
Collaboration spéciale
En 2015, l’OCPM a organisé une consultation sur la réduction de la dépendance montréalaise aux énergies fossiles pour recueillir l’avis des citoyens.
Paul Chiasson Archives La Presse canadienne En 2015, l’OCPM a organisé une consultation sur la réduction de la dépendance montréalaise aux énergies fossiles pour recueillir l’avis des citoyens.

Ce texte fait partie du cahier spécial Consultations publiques

Au fil des ans, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a bâti son expertise dans l’art de recueillir l’avis du public. Mais la principale difficulté demeure d’aller chercher le point de vue de ceux qui ne le donnent pas facilement. Un travail de longue haleine qui porte aujourd’hui ses fruits.

« On a inversé notre modèle originel, selon lequel viennent à l’Office ceux et celles qui veulent bien participer pour se dire que c’était notre responsabilité, à nous, de faire participer les gens », explique Guy Grenier, coordonnateur des démarches participatives et membre du comité de direction de l’OCPM.

En 2014-2015, l’Office entame effectivement un changement de paradigme. Ce repositionnement venait d’un constat, celui du déséquilibre entre la participation des hommes et celle des femmes. À chaque consultation, elles représentaient moins de 40 % des participants. Les auditions d’opinion recevaient aussi une clientèle assez homogène : « Les gens qui viennent facilement sont des personnes au niveau d’éducation relativement élevé, en bonne situation économiquement, et qui sont déjàactives dans des groupes de la sociétécivile », explique M. Grenier. Ensomme, « des gens qui ont l’habitude au quotidien de construire une rhétorique, un discours sur divers enjeux ». Dans sa forme traditionnelle, la consultation ressemble à un tribunal. « C’est très intimidant, ce n’est pas le genre d’exercice où tout le monde se sent à l’aise. »

Questionnaires électroniques

 

En 2008, première innovation, celle des questionnaires électroniques, dans le cadre de l’examen du projet de Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal. Plus de 2700 Montréalais et Montréalaises y répondent, alors que la moyenne des participants en présentiel ne dépassait jamais les quelques centaines. Les questionnaires en ligne sont dès lors entrés dans les habitudes de l’OCPM, tout comme la même année, les outils d’information en langage simplifié, pour les rendre accessibles à tous. Ils étaient entre autres destinés aux nouveaux arrivants, peu familiarisés avec le processus de consultation, certains venant en outre de pays où s’exprimer librement est inconcevable.

Mais c’est véritablement il y a huit ans, M. Grenier venant de se joindre à l’équipe, que l’organisme prend un virage hors des sentiers battus pour aller au-delà de la méthode traditionnelle « séance d’information, séance de questions-réponses et auditions d’opinion ». Des trousses « prêt-à-consulter » sont conçues, pour permettre à des petits groupes, de leur propre chef, d’organiser leur activité de consultation et de débat, à la maison, au travail, au parc ou encore au restaurant, puis d’envoyer les résultats à l’OCPM.

« On a lancé ça dans le cadre de la consultation sur la réduction de la dépendance aux énergies fossiles en 2015, relate Guy Grenier. On s’est alors aperçus que 70 % des organisateurs étaient en fait des organisatrices. » Les femmes sont plus à l’aise en petit comité, et par groupe d’affinités, a pu observer l’Office. Même constat pour les personnes issues des minorités culturelles. « Ça permettait de délocaliser les échanges, de les faire dans des lieux et à des horaires plus pratiques, dans un environnement où on se sent plus en confiance. »

À cette période, l’Office établit également des cibles de taux de participation par groupe.

L’expertise du quotidien

Ce qui intéresse l’Office, explique le coordonnateur des démarches participatives, c’est « l’expertise du quotidien », le vécu et les perceptions accumulées par les résidents. Une expertise qui peut être recueillie de manière indirecte, par le jeu notamment. En 2014, lors de la consultation sur le Secteur d’emplois du Plateau Est, les citoyens sont invités à jouer sur une carte maquette avec des Lego. Une expérience ludique qui sera par la suite répétée maintes fois. « De la pâte à modeler, des petits bâtons, des craies de couleur, on a essayé vraiment beaucoup de choses », énumère Guy Grenier, qui ajoute que, parfois, l’Office organise des jeux de rôle pour permettre aux participants de se mettre vraiment en situation.

Guy Grenier assure faire du sur-mesure. « Chaque consultation est différente, on ne peut pas répéter la même recette : on se réinvente constamment », indique celui qui considère cependant qu’à l’exception des questionnaires en ligne, le numérique n’a pas vraiment l’effet d’aller chercher plus de monde. Rien de mieux que le présentiel, estime-t-il.

C’est dans cette optique que l’Office a mis sur pied, l’été dernier, une escouade d’intercepteurs et d’interceptrices chargée d’interroger les passants lors de festivals et autres fêtes de quartier à travers la ville, et ce, dans le cadre de la consultation à grand déploiement Réflexion 2050. Et pour atteindre ceux qui seront les premiers concernés par le Montréal de l’an 2050, l’OCPM organise également des rencontres dans le milieu scolaire, ainsi qu’avec tous les conseils jeunesse d’arrondissement. Une stratégie à long terme, pour fidéliser des citoyens et citoyennes et les engager dans la durée.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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