Remettre aux citoyens les commandes de leur ville

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
De 2002 à 2022, plus de 160 consultations ont été tenues par l’OCPM, la plupart du temps sur des projets d’urbanisme et d’aménagement.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir De 2002 à 2022, plus de 160 consultations ont été tenues par l’OCPM, la plupart du temps sur des projets d’urbanisme et d’aménagement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Consultations publiques

Vingt ans exactement après sa première consultation publique, le 22 octobre 2002, le secrétaire général de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), Luc Doray, mesure le chemin parcouru. « Nous n’avions pas anticipé l’adhésion que l’Office susciterait », se réjouit celui qui prendra sa retraite fin décembre après deux décennies consacrées à donner la parole aux Montréalais.

L'OCPM est né d’une dérive dans le processus de consultation publique sous l’administration du maire Pierre Bourque. Lorsque ce dernier prend les rênes de la Ville en 1994, la nouvelle équipe abroge le règlement municipal qui avait créé le Bureau de consultation de Montréal (BCM) en 1989.Obtenu après deux décennies de mouvements sociaux communautaires pour favoriser la participation citoyenne à l’aménagement de la ville, le BCM avait tenu des consultations marquantes sur l’avenir de l’Hôtel-Dieu ou le plan d’aménagement du mont Royal, notamment.

L’administration Bourque confie les questions d’urbanisme à une commission du conseil municipal. « Les dossiers lui étaient passés en rafale, sans dispositifs de consultation. Cela a créé un malaise au fil des ans », raconte Luc Doray. Face au mécontentement des citoyens, la Ville met en place une commission indépendante pour travailler sur la tenue d’audiences publiques, qui préconise la création d’un office de consultation publique indépendant. Le 1er janvier 2002, le projet de loi 170 fait d’une pierre deux coups en créant à la fois la nouvelle Ville de Montréal — une île, une ville — et l’OCPM, enchâssé dans la charte de la Ville. En voyant le jour grâce à un texte de loi, l’Office a les bonnes cartes en main pour demeurer indépendant et pérenne.

Un Office indépendant

 

« Nous avons conçu et mis sur pied l’OCPM à partir de rien », se souvient Luc Doray, qui est, à l’époque, nommé secrétaire général, sans savoir que l’aventure durera vingt ans. La petite équipe de trois personnes constituée par le premier président de l’Office, Jean-François Viau, pose les bases de fonctionnement de l’organisme, qui ne dépend d’aucun pouvoir politique. « Cette distance est très importante, car elle nous a permis de construire au fil des ans une sorte de forum où nous sommes un tiers neutre et crédible. Les gens ont l’impression fondée qu’ils s’expriment devant des commissaires qui n’ont pas d’idée préconçue ni d’intérêt sur les projets, partagent l’ensemble de l’information à laquelle ils ont accès et sont ouverts à la discussion », souligne le secrétaire général.

Lorsqu’un mandat est confié à l’OCPM, celui-ci nomme une commission qui sera chargée d’établir un rapport pour le conseil municipal à l’issue du processus de consultation. Celle-ci se déroulait au départ en deux temps : une séance d’information sur les différents aspects du projet, puis une audience formelle publique. « Au fil des années, les dossiers se sont complexifiés et nous avons mis en place d’autres méthodes plus dynamiques », dit M. Doray. Les consultations en ligne viennent notamment enrichir l’arsenal d’outils de l’Office, qui se dote d’une page Facebook et d’un site Internet sur lequel toute la documentation et les rapports produits peuvent être consultés.

Une participation inclusive

 

De 2002 à 2022, plus de 160 consultations ont été tenues, la plupart du temps sur des projets d’urbanisme et d’aménagement, comme celle sur le plan de protection et de mise en valeur du mont Royal (rapport publié en 2008), dont la participation record avait montré l’attachement des citoyens à cette montagne. Certaines consultations de l’OCPM ont aussi porté sur des sujets touchant l’ensemble des Montréalais, comme la discrimination et le racisme systémiques (2018-2020) ou la réduction de la dépendance aux énergies fossiles (2015-2016).

L’une des priorités de l’Office a toujours été de s’assurer que toutes les personnes le désirant se sentent à l’aise pour s’exprimer, indique Luc Doray. Il a, par exemple, organisé des séances de préparation avec l’aide de travailleurs communautaires et a développé des trousses de participation publique pour permettre à des groupes de débattre entre eux et de fournir leurs recommandations. Pour une consultation dans le quartier Namur-Hippodrome, l’Office est même passé par les enfants scolarisés de parents non francophones pour réussir à informer ces derniers.

Au fil des ans, le public montréalais n’a pas été le seul à jouer le jeu. « Les promoteurs immobiliers ont intégré nos processus dans leur façon de travailler, se réjouit Luc Doray. Ils nous voyaient sans doute au départ comme une étape à franchir, mais peu à peu, la plupart se sont rendu compte que lorsque la consultation intervient suffisamment en amont [avant qu’il n’y ait trop d’investissement], elle permet de rendre les projets plus acceptables socialement, mais aussi de les bonifier. »

L’OCPM en quelques chiffres

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a été institué le 1er janvier 2002 par l’article 75 de la Charte de la Ville de Montréal, afin d’assurer un processus de concertation publique crédible et transparent. Les membres de cet office indépendant ne sont ni des élus ni des employés municipaux.

163 consultations ont été tenues depuis le 22 octobre 2002. 53 % concernaient la planification et la réglementation (pour des projets de modification sur le plan de l’urbanisme ou directeur, par exemple), 27 %, des projets immobiliers, 14 %, le patrimoine et les espaces verts et 3 %, un droit d’initiative (une procédure émanant des citoyens).

Ces dix dernières années, l’Office a obtenu près de 7300 opinions écrites ou orales présentées et 81 600 participations à une activité en personne ou en ligne. Elle a collaboré avec près de 20 organismes internationaux, nationaux, provinciaux et locaux et donne de multiples conférences à l’international, constituant un exemple de participation citoyenne.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



À voir en vidéo