Une « patrouille Web » contre la violence armée réclamée

De plus en plus de jeunes s’affichent ouvertement avec des armes à feu sur les réseaux sociaux comme Facebook, Snapchat, Instagram et YouTube.
Getty Images De plus en plus de jeunes s’affichent ouvertement avec des armes à feu sur les réseaux sociaux comme Facebook, Snapchat, Instagram et YouTube.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) doit concrétiser, d’ici la fin de l’année, son engagement de créer une « patrouille Web » pour réduire le rôle des réseaux sociaux dans la prolifération de la violence armée dans la métropole, presse l’opposition officielle à l’hôtel de ville.

« L’heure est grave », a laissé tomber le conseiller d’arrondissement de Montréal-Nord, Philippe Thermidor, dans le cadre d’une conférence de presse tenue mercredi matin par le parti Ensemble Montréal.

L’élu réagissait alors aux crimes violents survenus récemment dans la région métropolitaine, qui ont culminé il y a quelques jours avec un triple homicide et la mort d’Abdulla Shaikh, abattu par la police. Plus tôt, l’an dernier, la violence armée a aussi fauché Thomas Trudel, 16 ans, Meriem Bendaoui, 15 ans, et Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans.

« Je suis en deuil parce que la violence a eu raison de nos quartiers et de nos familles, a poursuivi M. Thermidor. Il n’y a aucune normalité dans le fait que des parents enterrent des jeunes qu’ils ont eux-mêmes mis au monde. »

Le rôle des réseaux sociaux

 

Le dernier rapport annuel du SPVM, publié en juin dernier, fait d’ailleurs état d’une augmentation de 68 % du nombre de dossiers traités l’an dernier par son module cyberenquête, au moment même où les crimes contre la personne impliquant une arme à feu ont gonflé de 15,3 %. En particulier, les homicides impliquant de telles armes ont connu l’an dernier « une hausse importante », souligne ce bilan.

En mars dernier, au terme du Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée, le corps de police s’était engagé à mettre en place une « patrouille Web », d’autant que de plus en plus de jeunes s’affichent ouvertement avec des armes à feu sur les réseaux sociaux, comme Facebook, Snapchat, Instagram et YouTube.

Le SPVM a alors indiqué vouloir créer une « structure » qui permettrait d’assurer « une vigie des réseaux sociaux et des plateformes d’échanges utilisées par les jeunes impliqués dans les groupes criminalisés ». Cet « outil collaboratif » pourrait impliquer tant des policiers que des travailleurs sociaux et des intervenants communautaires, indique un document explicatif élaboré par le corps de police.

Je suis en deuil parce que la violence a eu raison de nos quartiers et de nos familles. Il n’y a aucune normalité dans le fait que des parents enterrent des jeunes qu’ils ont eux-mêmes mis au monde.

Or, on ignore encore quand cette initiative se concrétisera, a déploré mercredi le vice-président de la Commission de la sécurité publique et élu d’Ensemble Montréal, Abdelhaq Sari. « C’est une patrouille qu’on salue, mais qu’on veut avoir rapidement », avant la fin de l’année en cours, a insisté le conseiller d’opposition. Une motion sera débattue en ce sens pendant la séance du conseil municipal du 22 août.

M. Sari insiste par ailleurs que cette « patrouille Web » ne doit pas être perçue comme « un moyen de surveillance » par les internautes, mais plutôt « comme un moyen de prévention ». « C’est très important », a-t-il dit.

Joint par Le Devoir, le SPVM a indiqué qu’il « poursuit actuellement ses évaluations et analyses et ne peut donc avancer un échéancier précis pour le moment » concernant cette future « patrouille du web ». Le corps de police est d’ailleurs « en attente du feu vert de la Ville de Montréal afin de lancer l’affichage des différents postes à combler » dans le cadre de ce projet, indique une porte-parole.

Alain Vaillancourt, responsable de la sécurité publique du comité exécutif, a pour sa part indiqué en point de presse que les détails d’un plan d’action qui vise notamment à s’attaquer à la criminalité qui prend naissance en ligne seront présentés « dans les prochaines semaines ».

La motion d’Ensemble Montréal réclame en outre que la Ville et le SPVM développent « des espaces sécuritaires d’expression pour faciliter la parole des jeunes » victimes de cybercriminalité ou de cyberharcèlement — en permettant à ceux-ci de discuter en ligne avec un intervenant spécialisé, par exemple.

Le parti demande aussi la mise en place d’une campagne de sensibilisation sur ces questions dans les espaces publics gérés par la Ville, comme les bibliothèques, les parcs et les centres sportifs, mais aussi ses sites Web.

Une absence critiquée

 

Abdelhaq Sari a d’autre part déploré mercredi l’« absence totale », la semaine dernière, d’élus de Projet Montréal disponibles pour réagir en personne au triple homicide survenu à Montréal et à Laval.

La mairesse, qui était en voyage au Portugal, selon nos informations, avait plutôt réagi sur les réseaux sociaux à la mort d’Abdulla Shaikh au terme d’une opération policière menée jeudi matin au motel Pierre, dans l’arrondissement de Saint-Laurent.

M. Sari a aussi déploré l’« absence totale d’un plan estival » en matière de sécurité publique cet été à Montréal.

« Personnellement, j’étais à l’extérieur du pays », a indiqué M. Vaillancourt, qui était donc lui aussi indisponible pour commenter cette affaire la semaine dernière. Il assure cependant qu’une « cellule de crise » a été mise en place « rapidement » après ce triple meurtre. La Ville devait toutefois, de prime abord, laisser le SPVM faire son travail avant de commenter ce dossier, a-t-il fait valoir.

En séance du comité exécutif, mercredi matin, la mairesse Valérie Plante s’est quant à elle dite « très satisfaite » du fait que la coroner Géhane Kamel enquêtera sur les trois homicides survenus la semaine dernière.

L’élue a d’ailleurs comparé les gestes commis par Abdulla Shaikh à ceux commis par Carl Girouard dans le Vieux-Québec le 31 octobre 2020,

« Dans les deux cas, ce qu’on réalise, c’est que la santé mentale est au coeur de cette folie, de ce qui a amené ces personnes à poser des gestes horribles », a renchéri Mme Plante, qui estime qu’il faut « s’occuper des causes systémiques qui peuvent amener des personnes, surtout quand elles peuvent se fabriquer des armes facilement, à passer à l’acte et à tuer des innocents comme ça s’est passé la semaine dernière ».


Ce texte a été mis à jour après publication pour inclure la réponse du SPVM.

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