Ensemble Montréal veut un moratoire d’un an sur les conversions de RPA

Il existe actuellement un peu plus de 190 RPA dans la métropole qui logent plus de 26 000 personnes âgées.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Il existe actuellement un peu plus de 190 RPA dans la métropole qui logent plus de 26 000 personnes âgées.

La Ville de Montréal doit presser le gouvernement du Québec d’imposer un moratoire d’un an sur la conversion de résidences privées pour aînés (RPA) en d’autres types de logements locatifs à Montréal, le temps de mettre en place des mesures qui protégeront à long terme ce type d’habitations, réclame l’opposition officielle à l’hôtel de ville.

Le parti présentera une motion en ce sens lors de la séance du conseil municipal du 22 août, la première depuis la fin des vacances estivales des élus municipaux. Le document, dont Le Devoir a obtenu copie sous embargo, fait état de huit conversions et fermetures de RPA en 2021 sur l’île de Montréal. Il existe actuellement un peu plus de 190 RPA dans la métropole qui logent plus de 26 000 personnes âgées.

« On espère que le gouvernement agisse maintenant parce qu’on sait que la crise du logement, elle touche tout le monde et elle touche particulièrement la catégorie de personnes âgées qui vivent cette situation avec une certaine précarité », relève le chef d’Ensemble Montréal et auteur de cette motion, Aref Salem.

La motion rappelle d’ailleurs que d’autres RPA, comme celle de Mont-Carmel située au centre-ville de Montréal, sont actuellement menacées de changer de vocation. Celles-ci perdraient alors les services aux aînés qui y sont actuellement offerts — comme l’accès à une infirmière ou à un bouton-panique dans les chambres. Ces résidences peuvent par la suite être transformées en des bâtiments locatifs traditionnels, souvent avec une hausse de loyer à la clé.

Une situation « qui force les personnes aînées nécessitant des soins à déménager et à se tourner vers la location de logements vacants à un prix plus élevé », déplore la motion d’Ensemble Montréal.

« C’est une catégorie de personnes qui vivent une certaine vulnérabilité et que l’on met à la porte, carrément », s’indigne M. Salem, en entrevue au Devoir samedi.

Or, les aînés occupent une part de plus en plus importante de la population montréalaise. Selon les plus récentes prévisions de l’Institut de la statistique du Québec, les personnes de 65 ans et plus devraient représenter 21 % de la population de la métropole en 2041, contre 17 % l’an dernier. Les personnes âgées comptent par ailleurs parmi celles qui pâtissent le plus de la hausse rapide du coût de la vie dans la province et de la « croissance du prix de l’immobilier », évoque le parti d’opposition.

Moratoire

 

Le parti d’opposition réclame ainsi un moratoire d’un an sur les conversions et les changements d’affectation de RPA sur le territoire montréalais ; une mesure qui serait mise en place par Québec. Pendant cette période, Ensemble Montréal souhaite que le gouvernement Legault « accélère » sa réflexion entamée le printemps dernier concernant la refonte de la certification des RPA « dans une optique de protection du parc locatif pour les personnes aînées et de viabilité de ces établissements ».

Le parti souhaite en outre que des « critères stricts » soient établis par Québec en ce qui concerne les demandes de retrait de la certification de RPA afin d’éviter que celles-ci soient accordées trop facilement aux promoteurs.

Joint samedi par Le Devoir, le président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées, Pierre Lynch, dit voir d’un bon oeil ces recommandations, qui surviennent à quelques semaines du déclenchement de la prochaine campagne électorale provinciale. Il doute cependant que le gouvernement Legault soit attentif aux requêtes d’Ensemble Montréal.

« Dans toutes les initiatives qu’on a faites sur les RPA, je n’ai pas vu beaucoup de volonté provinciale d’agir maintenant », lance-t-il. Or, la fermeture de résidences privées pour aînés qui offraient des loyers abordables à leurs locataires a des impacts majeurs sur ceux-ci, tant sur leurs finances que sur leur santé, s’inquiète M. Lynch.

Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, assure pour sa part que « la situation des aînés à Montréal est une priorité » de son administration, qui souhaite notamment s’assurer que des logements abordables sont disponibles pour ceux-ci. Le cabinet souhaite toutefois attendre de débattre la motion à la prochaine séance du conseil municipal avant de la commenter.

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