29 heures de fête et d’alcool sans interruption à la SAT en mai

Tout au long de la troisième édition de MTL au Sommet de la nuit, la vente d’alcool sera permise à la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent.
Jacques Grenier Archives Le Devoir Tout au long de la troisième édition de MTL au Sommet de la nuit, la vente d’alcool sera permise à la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent.

Grande première dans le milieu montréalais de la nuit : la vente d’alcool sera autorisée sans interruption durant 29 heures lors du long congé de la fête des patriotes, dans le cadre d’un événement exceptionnel organisé dans le Quartier des spectacles. Un premier test pour la Ville, qui travaille à revoir sa politique de « gouvernance nocturne ».

La fête en question, qui mêlera musique électronique et effets immersifs, aura lieu à la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent, durant la troisième édition de Montréal au Sommet de la nuit. Elle débutera le 21 mai à 22 h pour se terminer à 3 h du matin le surlendemain. La vente d’alcool sera permise tout au long de cet événement de 29 heures, même en matinée.

Le tout sera piloté et supervisé par MTL 24 / 24, une association qui défend les intérêts des différents acteurs de la vie nocturne et qui s’est faite très revendicatrice durant la pandémie. « Aujourd’hui, Montréal fait un premier pas dans le même chemin d’autres grandes villes dont la vie nocturne rayonne partout sur la planète. Notre métropole s’éloigne de l’époque prohibitive dépassée qui s’articulait autour d’un last call contreproductif pour notre économie et nuisible à la qualité de vie de nombreux Montréalais », a déclaré en conférence de presse jeudi le cofondateur de MTL 24 / 24, Mathieu Grondin.

M. Grondin a aussi parlé d’un événement « historique », sans précédent ailleurs au pays.

L’expérience a par contre déjà été tentée dans quelques villes en Europe et aux États-Unis, et dans certaines d’entre elles, elle est maintenant ancrée dans les mœurs. « À Berlin, les gens vont déjeuner et vont ensuite dans un club. Et les gens ne sont pas plus alcooliques qu’ici. Les gens vont peut-être prendre cette habitude à Montréal aussi. On peut être surpris », a souligné Alexandre Auché, directeur de la programmation de la SAT, qui s’attend à recevoir des fêtards à toute heure du jour lors de la fin de semaine du 21 mai.

La SAT peut accueillir normalement jusqu’à 1700 noctambules, mais la capacité a été réduite cette fois-ci à 1200 personnes, par prudence. Un rapport sera ensuite remis à la Ville pour évaluer si l’expérience a été concluante — à savoir si elle a donné lieu à des débordements et à des nuisances dans le voisinage.

M. Auché a confiance cependant que les choses se dérouleront dans l’ordre. « Les gens vont partir au fur et à mesure. Il n’y aura donc pas d’attroupement. Ce qui est un problème pour la sécurité, c’est quand tout le monde se ramasse dans la rue à 3 h du matin à la fermeture des bars », a-t-il ajouté.

Le temps n’est pas à la fête

Depuis le déconfinement, le milieu de la musique électronique a su rapidement retrouver son public, indique-t-on. Reste que les deux dernières années ont été particulièrement difficiles pour le milieu des bars et de l’événementiel. La Ville a d’ailleurs aussi annoncé jeudi la mise sur pied d’un fonds de 2 millions de dollars pour épauler des projets visant la relance des bars et des restaurants dans les quartiers centraux.

À Montréal, autrefois plaque tournante de la fête en Amérique du Nord, il ne reste plus qu’un seul établissement ouvert après 3 h du matin : le Stéréo, dans la rue Sainte-Catherine. À noter que les oiseaux de nuit peuvent certes y danser « jusqu’à pas d’heure », mais que la vente d’alcool y est strictement interdite.

Quant aux commerces, la loi québécoise proscrit la vente d’alcool entre 23 h et 7 h, ce qui rend d’autant plus exceptionnel l’événement qui se tiendra en mai prochain à la SAT.

En 2014, l’administration Coderre avait tenté un projet pilote pour permettre pendant quatre semaines à quelques tenanciers de vendre de l’alcool jusqu’à 6 h, comme en Europe. L’initiative s’était finalement heurtée au refus de la Régie des alcools.

Jeudi, Luc Rabouin, responsable du développement économique au sein du comité exécutif, a lui aussi baissé les attentes des boîtes de nuit, qui espèrent pouvoir fermer leurs portes à 6 h depuis de nombreuses années. L’expérience à la SAT pourrait certes se répéter, mais les décideurs n’ont pas l’intention pour autant de repousser l’heure de fermeture des débits de boissons à court terme. « On est encore très loin d’une généralisation. On n’en est pas là », a spécifié M. Rabouin lors du point de presse.

D’ailleurs, Éduc’alcool s’inquiète de la vente d’alcool sur une longue période de 29 heures sans interruption. D’autant plus que les gens qui participent à ce genre de fête ont l’habitude de consommer certaines drogues qui leur permettent de danser jusqu’à la levée du jour, et plus encore. « Il ne faudrait pas que les gens qui prennent des stimulants consomment de l’alcool en pensant que ça va les ramener. Ça ne s’annule pas, ça s’accumule », prévient la directrice générale de l’organisme, Geneviève Desautels, qui ne s’oppose pas toutefois à la tenue de l’événement à la SAT.

Les billets pour ce projet pilote, intitulé NON STOP 24/24, seront mis en vente le 26 avril prochain.

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