Montréal consultera le public avant de se choisir un nouveau chef de police

L’administration Plante considère la consultation annoncée mardi comme une «bonification» du processus de recrutement de son nouveau chef de police.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’administration Plante considère la consultation annoncée mardi comme une «bonification» du processus de recrutement de son nouveau chef de police.

Montréal met sur pause le processus de recrutement de son nouveau chef de police afin de consulter le public pour déterminer le « profil idéal » du poste. Cette étape supplémentaire reporte ainsi à la fin de l’année la nomination du prochain directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L’administration de Valérie Plante a justifié cette décision en indiquant qu’elle ne pouvait tenir une consultation plus tard dans le processus de recrutement, comme l’avait recommandé en juin 2020 l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dans son rapport sur le racisme et la discrimination systémiques. L’organisme, alors dirigé par Dominique Ollivier, devenue présidente du comité exécutif en novembre dernier, proposait d’inviter tous les candidats finalistes au poste à se présenter devant la Commission de la sécurité publique et à répondre aux questions des citoyens.

« Légalement, il faut protéger l’identité des personnes jusqu’à ce que le processus soit terminé, parce que des fois ce sont des gens qui vont quitter un emploi », a expliqué Dominique Ollivier mardi. Elle a fait valoir qu’elle ignorait cette contrainte lorsque l’OCPM a déposé ses recommandations il y a deux ans.

L’élue a aussi évoqué la récente tenue du Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée, qui a rappelé l’importance de la concertation. Elle a souligné la volonté de l’administration Plante de bâtir « un modèle de sécurité urbaine » pour Montréal, qui connaît une flambée de violence armée depuis l’an dernier. «Il faut s’assurer que, dans le développement du modèle de police de proximité et de prévention, on soit capable d’avoir la meilleure personne pour faire ce travail-là », a indiqué Mme Ollivier.

Intérim prolongé

La Ville a ainsi décidé de suspendre le processus de recrutement lancé en mars dernier dans la foulée de l’annonce du départ à la retraite du directeur actuel du SPVM, Sylvain Caron, jusqu’à l’automne, quand les consultations auront été effectuées.

L’administration Plante compte dévoiler leur nature quand la nomination du directeur général adjoint à la sécurité urbaine et conformité — un nouveau poste qui vient d’être créé — sera chose faite.

La Ville pourrait, par exemple, consulter la population électroniquement et faire se rencontrer divers groupes impliqués dans la lutte contre la violence, explique Dominique Ollivier. « Il appartiendra ensuite au comité de sélection de faire l’adéquation entre ces critères et les candidatures que nous aurons reçues. » Comme cela avait été le cas lors de la nomination de Sylvain Caron en 2018, le candidat choisi pour être chef de police présentera ensuite sa vision à la Commission de la sécurité publique lors d’une séance publique.

Mme Ollivier croit d’ailleurs que la nouvelle directrice du SPVM par intérim, Sophie Roy, saura diriger les activités courantes du service de police en attendant la fin des procédures. Cette dernière demeurera donc en poste jusqu’à l’automne.

Quant aux quatre événements violents survenus durant la fin de semaine de Pâques, le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Alain Vaillancourt, a affirmé que le SPVM était aux aguets. « Il a les effectifs nécessaires sur le terrain. Nous n’allons pas attendre la nomination d’un nouveau chef avant d’agir », a-t-il dit.

De l’improvisation, dit l’opposition

Alors que l’administration Plante considère la consultation annoncée mardi comme une « bonification » du processus de recrutement de son nouveau chef de police, l’opposition y voit plutôt une preuve d’improvisation et une opération de relations publiques.

Le conseiller d’Ensemble Montréal Abdelhaq Sari a rejeté les justifications présentées par l’administration pour ne pas tenir de consultation avec tous les candidats finalistes. « Quand on veut devenir un chef de police de la Ville de Montréal, on présente un plan stratégique, on cherche des appuis. Quelle place peut-on avoir pour la confidentialité ? » a-t-il demandé.

Selon lui, les critères requis pour le choix d’un nouveau chef ont déjà été déterminés lors du forum du mois dernier, et il est peu utile de consulter à nouveau la population sur le sujet. De plus, l’administration Plante avait été informée du départ prochain de Sylvain Caron en décembre dernier, ce qui aurait dû lui permettre de mieux élaborer son plan de recrutement, dit-il. « On retarde encore le processus. […] Ce que les citoyens demandent, ce sont des actions sur le terrain. »

De son côté, le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) qualifie de « très bonne approche » la proposition de consultation de l’administration Plante. « Il s’agit d’un processus plus démocratique et inclusif qui permettra également aux diverses communautés de Montréal de s’exprimer et d’être écoutées sur les grands enjeux comme la violence armée, le profilage racial, la santé mentale, la violence sexuelle et, surtout, la direction de leur service de police pour les années à venir », a indiqué par courriel le directeur général du CRARR, Fo Niemi.

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