Endetté, Ensemble Montréal critique Denis Coderre

Denis Coderre a annoncé quitter la vie politique en novembre 2021. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Denis Coderre a annoncé quitter la vie politique en novembre 2021. 

Denis Coderre a quitté la vie politique en affirmant léguer à la scène municipale un parti en bonne posture financière, mais la dette d’Ensemble Montréal s’est plutôt creusée de 57 000 $ l’an dernier. Son successeur, qui promet de rembourser la carte de crédit du parti, conserve d’ailleurs un goût amer du bref retour de M. Coderre dans l’arène.

Le 12 novembre dernier, au moment d’annoncer son retrait de la sphère politique au terme de sa deuxième défaite cuisante contre Valérie Plante — et de « 40 ans de vie publique » —, M. Coderre s’est dit « très fier » de laisser Ensemble Montréal en bonne position financière. « Je voulais juste m’assurer qu’on puisse avoir tous les atouts pour qu’on ait un parti en santé. Comme je vous dis, il n’y a plus de dette, on a travaillé en ce sens-là. Il va rester un dernier événement-bénéfice auquel je vais contribuer et participer, mais honnêtement, je suis désolé, pas de mauvaise nouvelle, ça a bien été », avait-il alors déclaré aux journalistes.

Or, dans les faits, la dette du parti n’a cessé de croître depuis le premier départ de M. Coderre, en 2017. À la fin de l’année 2020, elle s’élevait ainsi à 424 387 $. Un montant qui a grimpé de 57 213 $ l’an dernier, pour atteindre 481 600 $ (en tenant compte d’un remboursement à venir d’un peu plus de 501 000 $ de la part du Directeur général des élections du Québec), indiquent les derniers états financiers du parti, que Le Devoir a pu consulter.

« Je n’ai pas inventé 481 000 $ [de dette] en quatre mois », lance en entrevue vendredi le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem, qui se souvient d’avoir été « en arrière » de Denis Coderre lorsqu’il a dit, à tort, que la dette du parti était réglée. M. Salem ne disposait toutefois pas à l’époque des dernières données sur l’état financier du parti, dont il n’avait pas encore pris les rênes de façon intérimaire.

« Je ne suis pas responsable de ce que Denis a dit et de ce qu’il a fait. Je suis responsable de mener ce parti à la victoire en 2025 », explique M. Salem.

N’empêche, le chef de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville conserve un goût amer de la campagne électorale menée par Denis Coderre, au terme de laquelle Projet Montréal a remporté une majorité confortable au conseil municipal. « C’est dommage d’avoir une plateforme électorale futuriste comme celle que nous avions et ne pas avoir pu la vendre », soupire l’élu municipal, qui déplore que cette campagne ait tourné « autour de la personnalité » de Denis Coderre.

« Les gens n’écoutaient plus ce qu’on avait à offrir. Ils voulaient juste savoir ce que Denis faisait, et c’était plus du sensationnalisme qu’un programme complet », se remémore M. Salem, qui souhaite que le prochain chef de la formation « subisse le parti », pas l’inverse. « C’est très important pour les élections de 2025. »

Joint par Le Devoir, M. Coderre s’est fait avare de commentaires vendredi. « Je ne réponds à aucune question des journalistes », a-t-il dit poliment avant de raccrocher.

Une dette malgré des « dons records »

Paradoxalement, la croissance de la dette du parti survient au terme d’une année record en matière de dons. Ceux-ci se sont élevés à 607 000 $. « À notre niveau, c’était du jamais vu », assure le directeur général d’Ensemble Montréal, Sébastien Lachaine.

Cette somme, nettement supérieure à celle récoltée en 2020, a toutefois été inférieure à celle de 800 000 $ que la formation politique espérait obtenir en prévision de la dernière campagne électorale. « On a été un peu ambitieux dans la collecte des fonds », reconnaît aujourd’hui Aref Salem, qui constate qu’Ensemble Montréal « était sur la carte de crédit chaque fois » qu’il a dû dépenser pour donner de la visibilité à ses candidats.

Le chef d’opposition assure toutefois que le parti s’active depuis quelques mois à redresser ses finances. Trois campagnes de financement ont ainsi eu lieu depuis novembre, et plus de 500 personnes ont donné environ 50 900 $ au parti jusqu’à maintenant en 2022, soit plus de la moitié de l’objectif annuel du parti, indique M. Salem.

« Nous n’avons jamais eu la vocation d’un parti politique, nous avons toujours été plus une bannière en attente. Nous avons été plus passifs qu’actifs. Alors que, maintenant, on est plus actifs que passifs », assure le chef d’Ensemble Montréal. Ce dernier se donne ainsi comme objectif d’éliminer la dette du parti d’ici « deux ans et demi » afin de faciliter la tâche de celui ou celle qui lui succédera.

« On avance vers une année électorale en 2025 où on n’aura pas de dette », assure M. Salem. Pour atteindre cet objectif, le chef d’Ensemble Montréal entend « mobiliser » les membres des associations du parti dans les 19 arrondissements afin d’amener les électeurs à « croire dans les valeurs du parti », et ainsi le soutenir financièrement.

Les partis politiques municipaux, dont Projet Montréal, n’avaient pas encore mis en ligne leurs états financiers de 2021 vendredi soir. Jointe par Le Devoir, la Ville a précisé que ceux-ci ont jusqu’à lundi pour ce faire.

Avec Jeanne Corriveau

« Je n’ai pas inventé 481 000 dollars [de dette] en quatre mois. »

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