REM de l’Est: «Il y a encore du travail à faire», dit Valérie Plante

La mairesse juge que les questions de gouvernance et de financement des aménagements urbains doivent être réglées.
Photo: Adil Boukind Archives Le Devoir La mairesse juge que les questions de gouvernance et de financement des aménagements urbains doivent être réglées.

Valérie Plante reconnaît que beaucoup d’améliorations ont été apportées en un an au projet de Réseau express métropolitain (REM) de l’Est, mais selon elle, l’absence de la Ville dans le processus décisionnel et la question du financement requis pour l’aménagement du domaine public posent toujours problème.

En mêlée de presse mercredi, la mairesse a indiqué qu’elle adhérait aux conclusions du comité d’experts qui, dans un rapport d’étape remis au gouvernement plus tôt cette semaine, recommandait de peaufiner certains aspects du projet, comme les structures aériennes et les murs antibruit, et insistait sur la nécessité pour la Ville de Montréal d’être partie prenante du processus de planification.

« Le rapport correspond à ce qu’on souhaite à la Ville de Montréal, soit le meilleur projet possible. Est-ce que le projet est parfait ? Non, il ne l’est pas », a fait valoir Valérie Plante, tout en soulignant que les premières images du projet rendues publiques par CDPQ Infra laissaient voir de grandes différences entre le REM de l’Est et la première phase du REM, qui reliera Brossard à l’ouest de l’île de Montréal. « En un an, CDPQ Infra a su s’adapter, a trouvé des solutions et a entendu les préoccupations des citoyens. Mais oui, il y a encore du travail à faire. »

Selon elle, tant que les questions touchant la gouvernance et le financement des aménagements urbains le long du tracé ne seront pas réglées, la Ville ne pourra être satisfaite. Les discussions se poursuivent toutefois avec le gouvernement du Québec à ce sujet.

La facture à payer

Après des mois de travaux préparatoires, CDPQ Infra a dévoilé mardi sa vision architecturale du projet. Les structures aériennes seront composées de piliers en béton préfabriqué et les tabliers seront bordés de murs antibruit de quatre mètres sur certains tronçons, notamment au centre-ville. L’entreprise propose aussi l’aménagement d’une promenade de 16 kilomètres le long des structures aériennes, ce qui nécessiterait le retrait de quatre des huit voies de circulation sur le boulevard René-Lévesque.

La Ville de Montréal a déjà réservé 500 millions de dollars pour les aménagements urbains nécessaires à l’implantation du REM de l’Est. Le mois dernier, la ministre de la Métropole, Chantal Rouleau, s’était montrée ouverte à ce que Québec assume une part plus importante de la facture.

Mercredi, l’attachée de presse de la ministre, Catherine Boucher, n’a pas été en mesure de donner de montant précis.

L’opposition à l’hôtel de ville craint que l’attitude de la mairesse Plante dans ce dossier mette le projet en péril. « Le projet du REM de l’Est est sur le respirateur artificiel en raison de l’administration Plante, qui tarde à prendre position », a déploré le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem. « D’un côté, la mairesse renvoie la Caisse de dépôt et placement du Québec et le gouvernement du Québec à la table à dessin et, d’un autre côté, elle affirme que le projet parfait n’existe pas. »

Rentabilité et architecture

Le président de l’Ordre des architectes du Québec, Pierre Corriveau, estime que le projet du REM de l’Est comporte plusieurs problèmes malgré les progrès réalisés. Tout l’argumentaire au sujet du REM est fondé sur sa rentabilité, a-t-il rappelé. « Mais pour qu’il soit rentable, on fait payer à d’autres les aménagements nécessaires à le rendre acceptable ! »

Selon lui, tous ces coûts devraient être inclus dans le projet pour qu’on puisse en juger et « pour qu’on puisse comparer ce projet aérien avec les coûts d’un projet en sous-sol ».

Il reproche aussi à CDPQ Infra d’avoir négligé l’aspect architectural au début du processus de conception. « L’architecture, ce n’est pas l’art de maquiller en vitesse des incohérences, une fois des décisions prises, d’effiler des piliers ou des tabliers, de dissimuler des caténaires, de changer la couleur de ceci ou cela, rappelle-t-il. L’architecture, c’est tout le contraire. L’architecture repose sur une intelligence globale du projet. »

Le meilleur projet ?

Professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, Florence Junca-Adenot croit que le comité d’experts a réussi à aller au-delà du mandat qui lui avait été donné afin d’améliorer le projet. Il a traité de points importants comme la gouvernance, la prise en compte des quartiers traversés et la planification intégrée, soutient-elle.

Les experts n’ont cependant pas pu aborder ce qu’elle considère comme les « questions de fond », soit le mode de transport retenu et le tracé choisi. Selon elle, le modèle de financement des REM soulève de nombreuses questions quant à la facture que recevront l’Autorité régionale de transport métropolitain et les municipalités dans les années à venir.

« Pendant ce temps, on ne parle plus du prolongement de la ligne bleue du métro, qui est le projet le plus efficace pour l’est », poursuit-elle. « C’est l’endroit où il y a le plus de densité, de commerces et d’emplois et où il y a un gain à faire en matière de transfert modal. »

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) a salué les modifications apportées au projet, dont la proposition d’une promenade, le choix de lignes plus épurées pour les structures et le recours à des matériaux mieux adaptés. Elle s’inquiète toutefois du retrait de plusieurs voies de circulation sur le boulevard René-Lévesque. « Le projet du REM de l’Est viendra amputer deux voies additionnelles aux heures de pointe sur le boulevard René-Lévesque, le principal axe de déplacement est-ouest dans cette zone. Cette situation est préoccupante pour le maintien d’un accès fluide par voiture vers le centre-ville », estime Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

Avec Jean-François Nadeau

À voir en vidéo