La vie après la politique selon 9 ex-élus montréalais

Plus de trois mois après les élections municipales, plusieurs anciens élus ont entrepris une nouvelle carrière.
Photomontage: Le Devoir Plus de trois mois après les élections municipales, plusieurs anciens élus ont entrepris une nouvelle carrière.

Quarante maires d’arrondissement et conseillers municipaux montréalais ont quitté la vie politique en novembre dernier, certains par choix, d’autres à la suite d’une défaite. Que sont-ils devenus ? Le Devoir s’est entretenu avec quelques-uns d’entre eux.

Philipe Tomlinson

L’ancien maire d’Outremont a subi une défaite crève-cœur le 7 novembre dernier. Seulement 29 votes le séparaient de son adversaire d’Ensemble Montréal, Laurent Desbois. Comme il y a eu un dépouillement judiciaire, il lui a fallu attendre trois semaines et demie avant de connaître le résultat final. « Ce n’était pas agréable, mais ça m’a permis de faire mon deuil, de penser à autre chose et de voir les possibilités. »

Après sa défaite, il a reçu plusieurs appels et fait la rencontre de résidents qui lui ont avoué ne pas être allés voter, convaincus de sa réélection.

Depuis le 7 novembre, Philipe Tomlinson s’est éloigné de la politique. « Je dois dire que je suis soulagé. Parce que c’est une job très ingrate. Il y avait beaucoup de gens qui étaient extrêmement “vocaux”, méchants, qui faisaient des attaques personnelles. C’est très intense d’attaquer quelqu’un personnellement parce que ton trottoir n’est pas déneigé. »

Pour l’instant, il n’a pas d’emploi. « Je prends une pause. Quand on est dans une bulle comme ça pendant quatre ans, on oublie qu’il y a d’autres choses à l’extérieur de la bulle. Je parle professionnellement. » L’ancien élu entend toutefois poursuivre sa carrière dans le domaine de l’environnement. « Il y a beaucoup de perspectives. Il s’agit pour moi de prendre mon temps et de bien faire les choix. »

Suzie Miron

Comme Philipe Tomlinson, l’ex-conseillère de Tétreaultville et ancienne présidente du conseil municipal Suzie Miron a dû traverser l’expérience d’un dépouillement judiciaire compte tenu des résultats serrés. Sa défaite confirmée, elle est retournée en janvier dernier à ses fonctions d’agente de contrôle de projets de télécommunications à Hydro-Québec, poste qu’elle avait laissé de côté pendant son mandat de quatre ans.

Elle l’admet elle-même avec une pointe de dépit : les défis sont bien différents. Ses tâches sont désormais beaucoup plus administratives, et elle estime que l’expérience acquise comme élue n’est pas vraiment reconnue et mise en valeur. Elle s’est par ailleurs inscrite à deux cours universitaires dans le cadre d’un certificat en gestion des services publics, dans le but de répondre à ce qu’elle décrit comme son besoin d’apprendre.

Pour elle, le rôle de conseillère était une « job de rêve », bien que le travail ne fût pas de tout repos. Elle garde toutefois des souvenirs un peu amers de la dernière campagne électorale, sa quatrième. « Ç’a été la pire campagne. Ce n’était pas une campagne sale, mais ce n’était pas clean. Il y avait beaucoup de désinformation sur le terrain et de dénigrement sur les réseaux sociaux. »

Hadrien Parizeau

Dans la semaine suivant le scrutin, l’ancien conseiller du district de Saint-Sulpice a reçu une offre d’emploi. « J’ai pris le temps d’y réfléchir pour voir comment je pouvais avoir un impact », explique Hadrien Parizeau.

Il a finalement accepté la proposition, et occupe maintenant le poste de directeur partenariats, stratégies, affaires publiques et institutionnelles à l’organisme Fusion jeunesse. « Cet emploi répond à ce que je voulais faire. J’ai toujours eu un engagement envers la jeunesse », dit-il.

Au lendemain de sa défaite et de celle d’Ensemble Montréal, Hadrien Parizeau n’avait pas caché son amertume au sujet de la déconfiture de son chef, Denis Coderre, à qui il reprochait sa décision de demander des modifications au projet de loi 96 afin de revoir la notion d’« anglophones historiques ». « J’ai tourné la page », affirme-t-il aujourd’hui.

Il a aussi fait une croix sur la politique municipale. « Au bout du compte, je me rends compte que la politique municipale, c’était extrêmement intéressant. […] Mais c’est derrière moi maintenant. »

Cela dit, le petit-fils de Jacques Parizeau n’exclut pas la possibilité de se tourner vers la politique provinciale. « Il y a eu des approches de partis politiques qui voudraient que je sois candidat en octobre. Ma réflexion n’est pas terminée. Je suis vraiment heureux où je suis en ce moment, heureux de l’impact que j’ai sur le décrochage scolaire, sur les jeunes. »

Richard Ryan

Conseiller dans le district du Mile-End pendant 12 ans, Richard Ryan a décidé de ne pas solliciter un quatrième mandat. « Après 12 ans, je trouvais qu’il était temps de passer la puck. Projet Montréal cherchait à faire de la place à la diversité, ce que j’ai toujours prôné. Et j’étais fatigué de la tension continuelle », explique l’ancien élu.

Depuis son retrait de la vie politique, Richard Ryan a été approché par plusieurs organisations, mais il a préféré prendre un temps de recul avant de se lancer dans un nouvel emploi. Il ne se dit pas prêt à occuper un poste de direction à temps plein.

Il a aussi reçu plusieurs appels d’élus qui l’ont sollicité pour des dossiers qu’il connaît bien, comme les ateliers d’artistes, l’habitation et la gouvernance. « Ça me fait plaisir de leur donner un coup de main », dit-il. D’ailleurs, au cours de l’entretien téléphonique, l’ancien élu répète souvent le mot « transmission » du savoir. C’est ce principe qui guide ses réflexions. Il envisage aussi de créer un blogue pour exprimer ses préoccupations sur des affaires qui lui tenaient à cœur pendant ses mandats.

Il s’inquiète d’ailleurs de la réelle volonté des gouvernements en matière d’habitation. « On n’y arrivera pas si on n’investit pas dans le logement social. Même si ce n’est pas juste ça qu’il faut faire, c’est une des pierres. »

François Croteau

Après 12 ans comme maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau s’est tourné vers le secteur privé. Embauché en janvier dernier comme directeur principal de la stratégie et de l’innovation chez Innovitech, l’ancien élu épaule des entreprises sur des questions telles que la revitalisation urbaine. Il occupe également les fonctions de conseiller stratégique chez Ryan affaires publiques de façon ponctuelle. « C’est vraiment en continuité avec les dernières années. J’avais envie d’un changement d’air complet, mais j’avais le désir de continuer à agir pour améliorer les villes dans un contexte de crise climatique. C’est exactement ce que je fais », explique-t-il.

Il soutient que l’expérience en matière de gouvernance acquise à titre de maire et sa connaissance de la complexité de la Ville de Montréal sont des atouts pour ses nouvelles fonctions. « Aujourd’hui, ça me permet d’occuper des postes de haut niveau. »

Comme tout ancien élu, il doit toutefois s’abstenir de faire du lobbying ou d’utiliser des informations privilégiées qu’il aurait pu obtenir pendant ses mandats.

L’ex-maire admet que la politique ne lui manque pas. « J’avais fait le tour du jardin. Maintenant, je peux marcher dans la rue et, enfin, apprécier le bonheur d’être citoyen sans être préoccupé par la qualité du déneigement. »

Sue Montgomery

Après un mandat fort mouvementé, Sue Montgomery a échoué dans sa tentative de se faire réélire à la mairie de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. En janvier dernier, l’ancienne élue a toutefois remporté une manche importante quand la Cour supérieure a invalidé deux jugements de la Commission municipale du Québec, qui avait retenu contre elle 11 manquements au Code d’éthique et de conduite du conseil de la Ville et lui avait imposé une suspension de 120 jours. « Je suis contente d’avoir été blanchie, mais malheureusement, c’est un peu trop tard pour moi », laisse tomber l’ancienne mairesse.

Après deux années particulièrement difficiles, marquées par son conflit avec la mairesse, Valérie Plante, et le contrôleur général de la Ville, Me Alain Bond, Sue Montgomery a décidé de prendre un temps d’arrêt. « On ne voit pas combien ce travail est stressant jusqu’au moment où ça prend fin. Les deux dernières années ont été traumatisantes, stressantes et très difficiles », dit-elle.

Quand Le Devoir s’est entretenu avec elle, Sue Montgomery s’apprêtait à monter à bord d’un avion pour un séjour de ski d’une semaine à Whistler, en Colombie-Britannique. « Je vais prendre le temps de voir les possibilités. Pour le moment, je fais beaucoup de cuisine. C’est ma passion. Je voyage. Je passe aussi du temps avec ma famille et mes amis », explique-t-elle. L’ancienne journaliste du quotidien The Gazette envisage de revenir à l’écriture.

Elle n’a pas encore tourné la page, puisqu’elle a déposé une poursuite en diffamation de 120 000 $ contre Valérie Plante en raison de propos que celle-ci a tenus dans les dernières années. Aucune date n’a encore été fixée pour le procès.

Marvin Rotrand

Après 39 ans comme conseiller dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Marvin Rotrand a dit adieu à la politique. Mais la retraite a été de courte durée pour le septuagénaire. En entrevue au Devoir, l’ancien doyen du conseil municipal relate que 20 minutes après avoir annoncé publiquement son retrait de la vie politique, en juin dernier, il a reçu un appel de l’organisation juive B’nai Brith, qui espérait le recruter. « J’ai pris quelques mois avant d’accepter, parce qu’il y avait des considérations familiales dont je devais tenir compte. »

Réflexion faite, Marvin Rotrand a accepté ce nouveau défi et travaille maintenant comme directeur national de la Ligue des droits de la personne pour B’nai Brith. Ses nouvelles fonctions vont dans le même sens que les valeurs qu’il a toujours défendues pendant ses années en politique, dit-il.

Intarissable au sujet de son nouveau travail, M. Rotrand reconnaît tout de même que la politique municipale lui manque un peu. « C’est impossible de ne pas s’ennuyer quand on quitte après 39 ans quelque chose qu’on a vraiment aimé. »

Francesco Miele

Ancien élu de l’arrondissement de Saint-Laurent et l’un des piliers d’Ensemble Montréal, Francesco Miele avait envie d’explorer d’autres horizons quand il a renoncé à briguer un autre mandat après 11 ans de politique active. Plus de trois mois après la défaite des troupes de Denis Coderre, Francesco Miele ne semble pas regretter son ancienne vie. Il vient d’accepter un poste d’avocat principal dans un organisme, mais l’annonce n’a pas encore été faite.

Avant de tirer sa révérence, il a décidé de prêter main-forte à son parti en devenant organisateur en chef de la campagne électorale d’Ensemble Montréal.

S’il s’est étonné du faible taux de participation, qui a atteint un maigre 38,3 % lors du dernier scrutin, l’ex-élu croit que la règle selon laquelle les citoyens donnent généralement un deuxième mandat à un gouvernement en place s’est avérée favorable à Valérie Plante. Et selon lui, la dernière semaine désastreuse de Denis Coderre, qui a tardé à révéler la liste des clients pour lesquels il a travaillé après sa défaite de 2017, n’a pas eu une grande influence sur le résultat du scrutin. « Au vote par anticipation, cette histoire n’était pas sortie, mais Valérie Plante avait déjà gagné. Je ne pense pas qu’il faille donner tellement de poids à cette situation », avance-t-il.

Manon Barbe

L’ex-mairesse de LaSalle Manon Barbe a profité de son retrait de la vie politique pour mener à terme un projet personnel qui lui était cher : la construction d’une maison de soins palliatifs à LaSalle. Après des années de préparation et de collectes de fonds, le projet est arrivé à maturité, explique-t-elle. La construction de la maison, qui pourra accueillir huit personnes en fin de vie, débutera au mois d’avril, et l’inauguration devrait avoir lieu à l’automne. « Ce sera un cadre de vie chaleureux, dit-elle. Ce sera un legs pour les gens de LaSalle. »

Manon Barbe affirme qu’elle avait pris dès octobre 2019 la décision de ne pas solliciter un autre mandat en novembre 2021 afin de se consacrer à son projet de maison de soins palliatifs. Elle soutient que la politique municipale ne lui manque pas. « J’ai donné 26 ans à 200 %. J’ai tourné la page et je n’ai aucun regret. Je suis passée à autre chose. »

Elle a aussi acheté une propriété au Costa Rica, où elle compte passer quelques mois mois par année.



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