Montréal doit mieux se préparer au 1er juillet, plaide l’opposition

Ensemble Montréal demande à la Ville de réserver une centaine de logements locatifs abordables déjà sur le marché pour les personnes dans le besoin.
Olivier Zuida Le Devoir Ensemble Montréal demande à la Ville de réserver une centaine de logements locatifs abordables déjà sur le marché pour les personnes dans le besoin.

L’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal presse l’administration de Valérie Plante de débloquer un million de dollars pour aider des organismes à louer une centaine de logements abordables afin de réduire le nombre de locataires qui se retrouveront à la rue cette année en marge du 1er juillet.

Le parti Ensemble Montréal déposera une motion en ce sens pendant la prochaine séance du conseil municipal, prévue lundi prochain. Concrètement, le parti d’opposition souhaite assurer à des groupes communautaires d’avoir la sécurité financière suffisante pour louer une centaine de logements locatifs offerts sous le prix moyen du marché. Ceux-ci seraient ensuite cédés à des locataires dans le besoin au cours des prochains mois. Il s’agirait d’un projet-pilote d’une durée d’un an.

« Ce que nous voulons, c’est que les groupes communautaires puissent louer eux-mêmes des logements offerts à un prix intéressant avec la vocation de les céder à terme à une famille sans logis », a ainsi expliqué mercredi le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière d’itinérance, Benoit Langevin, lors d’une conférence de presse virtuelle.

Puisqu’il s’agit de logements locatifs déjà disponibles, une telle mesure n’aurait pas pour effet de réduire le taux d’inoccupation des logements dans la métropole, mais Ensemble Montréal affirme que celle-ci contribuerait à réduire le nombre de locataires qui se retrouvent à la rue en marge du 1er juillet, journée traditionnelle des déménagements au Québec. Ceux-ci se comptent par centaines chaque année, à Montréal comme ailleurs dans la province, au moment où le marché immobilier québécois est en pleine ébullition.

« La réalité, c’est qu’on n’est pas tous égaux face au marché locatif. Est-ce qu’on en enlève à quelqu’un qui aurait plus d’habiletés à faire sa propre recherche de logements et qu’on en donne finalement un à un groupe communautaire qui, lui, aide une personne qui aurait plus de difficultés à trouver un logement à un prix décent ? Pour nous, c’est une forme d’équilibration face au marché, où plusieurs personnes ont de la difficulté à trouver un logement » qui répond à leur capacité de payer a fait valoir M. Langevin.

Selon des données de l’Office municipal de l’habitation de Montréal (OMHM) citées par Ensemble Montréal, on compterait d’ailleurs encore aujourd’hui 16 ménages toujours logés dans un hôtel aux frais de la Ville, faute d’avoir ou d’avoir été référés à ce jour à un logement de taille suffisante répondant à leur capacité financière. « Il faut trouver une autre solution, c’est une question de dignité humaine », insiste Benoit Langevin, qui juge donc insuffisants les services de référencement et d’entreposage offerts actuellement par la Ville aux locataires dans le besoin.

L’élu municipal demande ainsi à la Ville de travailler dès ce mois-ci avec des groupes communautaires pour créer cette banque de logements locatifs et ainsi « prévenir les urgences en prévision du 1er juillet ». Ces logements seraient d’ailleurs réservés aux locataires dans le besoin qui ne sont pas éligibles au Programme de supplément au loyer, a-t-il précisé.

La Mission Bon Accueil appuie

La proposition d’Ensemble Montréal bénéficie du soutien du président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Sam Watts, qui compte parmi les principaux experts à Montréal sur la question de l’itinérance. Pendant cette conférence de presse virtuelle, M. Watts a souligné l’importance que cette banque de logements comprenne des unités de différentes tailles réparties dans les différents arrondissements de la métropole pour éviter que des ménages aient besoin de quitter leur quartier pour trouver un appartement abordable.

« Nous ne devons pas attendre de se trouver au milieu d’une urgence. Nous pouvons éviter de devoir répondre aux urgences en travaillant ensemble et en amont », a-t-il déclaré.

Certains propriétaires pourraient toutefois être réticents à céder le bail de leur logement à des organismes communautaires, au moment où les loyers sont en forte augmentation. « C’est la loi qui s’applique. Le propriétaire a toujours le droit de refuser s’il a des motifs [sérieux] de refuser et on passe au prochain », a répliqué M. Langevin, lorsque questionné à ce sujet.

Joint par Le Devoir, le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, n’a pas commenté directement cette motion, qu’elle étudie « avec attention ». Il affirme toutefois par écrit que l’administration en place « multiplie les actions pour assurer à tous les Montréalais un toit abordable, digne et sécuritaire ». Un nouveau règlement de droit de préemption est notamment envisagé pour faciliter l’acquisition par la Ville de terrains et de bâtiments pour des projets de logements abordables, tandis qu’un registre des loyers pour les immeubles de huit logements et plus sera mis en place, entre autres, rappelle-t-on par écrit.

Le cabinet souligne d’ailleurs que le budget de l’OMHM dédié aux mesures de soutien aux locataires en marge du 1er juillet est passé de 925 000 dollars en 2017 à plus de 3,5 millions en 2022.

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