Budget de Montréal: «Nous sommes dans un bateau en train de couler», clame l’opposition

Le manque de marge de manoeuvre financière de la Ville pousse d’ailleurs celle-ci à retarder ou à annuler la réalisation de certaines des promesses électorales de Projet Montréal, constate l’opposition officielle.
Photo: Getty Images/iStockphoto (Archives) Le manque de marge de manoeuvre financière de la Ville pousse d’ailleurs celle-ci à retarder ou à annuler la réalisation de certaines des promesses électorales de Projet Montréal, constate l’opposition officielle.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal appréhende une hausse « considérable » de la charge fiscale imposée aux Montréalais ou une baisse des services offerts l’an prochain en raison de l’endettement croissant de la métropole.

« Nous sommes dans un bateau qui est en train de couler actuellement et nous allons vous le démontrer », a lancé mercredi le chef par intérim d’Ensemble Montréal, Aref Salem, lors d’une conférence de presse virtuelle tenue en fin de matinée en marge du dépôt par le parti de son rapport minoritaire sur le budget 2022 de la Ville.

Le parti, qui votera contre ce budget pendant la séance du conseil municipal prévue jeudi, affirme notamment que celui-ci ne tient pas compte du contexte pandémique actuel marqué par la montée du variant Omicron de la COVID-19. La formation constate par ailleurs que le budget de la Ville a grimpé de 24 % depuis l’élection de Valérie Plante comme mairesse en 2018, soit une hausse de 1,26 milliard de dollars.

Or, les revenus de la métropole n’augmentent pas au même rythme que ses dépenses, entre autres en raison de l’ajout de 1761 nouveaux employés à la Ville sur une période de cinq ans, note l’opposition.

La Ville se retrouve ainsi à devoir recourir largement à l’endettement, ce qui soulève le spectre d’une décote de crédit, tout en puisant dans ses réserves financières, « qui sont rendues presque vides », aux dires de l’opposition. Ainsi, « on est en train de vider le bas de laine des Montréalais qu’on a rempli au fil des années », a déploré M. Salem.

Ce dernier craint donc que la Ville n’ait d’autre choix que de procéder à « une hausse considérable des taxes » dans son budget de l’année prochaine, ou encore qu’elle décide de réduire certains projets d’investissements et services à la population.

« La limite est atteinte. On ne peut pas continuer à creuser la dette », a aussi analysé le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa, qui a comparé cette situation à un citoyen qui puiserait dans son Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) pour payer son épicerie. « On commence à voir le fond », a-t-il ajouté.

Pour combler ses besoins financiers, la Ville pourrait néanmoins bénéficier du soutien du gouvernement du Québec, comme cela a été le cas dans les dernières années, a convenu M. DeSousa. Il juge néanmoins qu’une « dépendance financière » de la Ville à l’endroit du gouvernement provincial est « malsaine », puisqu’elle entraîne « nécessairement une dépendance politique ».

La limite est atteinte. On ne peut pas continuer à creuser la dette.

 

L’opposition se demande ainsi comment la Ville entend ramener son ratio d’endettement à 100 % en 2027, comme elle le prévoit actuellement. « Il n’y a pas de plan ou plutôt, le plan semble seulement être d’espérer », a laissé tomber le maire d’Outremont, Laurent Desbois.

Un équilibre artificiel

L’opposition affirme d’ailleurs que le budget de la Ville de Montréal a été équilibré artificiellement en surévaluant certaines sources de revenus, notamment ceux liés à l’émission d’amendes et de pénalités, tandis que plusieurs dépenses ont été « sous-estimées », entre autres celles concernant la sécurité publique. Or, le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été gonflé de 45 millions de dollars en 2022 pour atteindre 724,1 millions.

Le manque de marge de manœuvre financière de la Ville pousse d’ailleurs celle-ci à retarder ou à annuler la réalisation de certaines des promesses électorales de Projet Montréal, constate l’opposition officielle. Pendant l’étude du budget du SPVM devant la Commission sur les finances de la Ville, son chef Sylvain Caron a notamment évoqué l’embauche au net de 60 policiers en 2022, en tenant compte des départs à la retraite, soit nettement moins que les 250 policiers promis initialement par Mme Plante. Une stratégie financière claire concernant le projet de la Ville visant à permettre la réalisation de 60 000 logements abordables d’ici dix ans dans la métropole tarde aussi à être annoncée, déplore le parti.

Le cabinet de la mairesse Valérie Plante a pour sa part défendu la teneur de son budget, mercredi.

« Le budget 2022 de notre administration nous permet de faire face aux défis liés au contexte pandémique tout en accélérant les priorités des Montréalais, notamment en habitation, en transition écologique et en sécurité », a écrit au Devoir son attachée de presse, Marikym Gaudreault, qui a qualifié ce budget de « responsable ».

Les villes liées votent contre

Le maire de Beaconsfield, Georges Bourelle, et son homologue de Dollard-des-Ormeaux, Alex Bottausci, qui sont membres de la Commission des finances, ont eux aussi déposé un rapport minoritaire pour signifier leur opposition au budget de l’administration Plante-Ollivier.

Les deux élus ont de nouveau dénoncé ce qu’ils considèrent comme une iniquité fiscale à l’endroit des citoyens des villes liées qui, écrivent-ils, paient 56 % de plus que ceux de Montréal alors qu’ils reçoivent moins de services. Ils pressent l’administration montréalaise d’engager des négociations pour corriger la situation.

Selon eux, le calcul des quotes-parts payées par les villes liées ne devrait pas s’appuyer uniquement sur l’assiette foncière. D’autres indicateurs devraient être considérés, comme l’utilisation des services ou la population, disent-ils. « Au cours des trois dernières années, nous avons remarqué une croissance importante de la portion qu’occupent les quotes-parts dans le financement du budget total de la Ville de Montréal, passant de 39,5 % en 2020 à 43,1 % en 2022. Cela démontre la pression toujours grandissante sur les contribuables des villes liées », déplorent-ils.

Malgré les critiques de l’opposition et des villes liées, les membres de la Commission sur les finances ont adopté à la majorité mercredi après-midi un rapport comportant 41 recommandations. Favorable à l’adoption du budget, ce rapport suggère notamment à l’administration de réclamer du gouvernement du Québec un nouveau pacte fiscal pour le financement du transport en commun afin de mettre un terme au déficit structurel qui afflige la Société de transport de Montréal (STM) aux prises avec un manque à gagner de 43 millions de dollars pour 2022.

La Commission présidée par le maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, a par ailleurs recommandé d’optimiser les ressources et les frais de fonctionnement du SPVM, d’envisager un recours à des employés civils pour les tâches administratives au sein du corps policier et de développer une stratégie pour améliorer la gestion des heures supplémentaires du personnel.

Avec Jeanne Corriveau

À voir en vidéo