La sécurité et l’habitation au coeur du budget de Montréal

L’abordabilité de la métropole, la sécurité urbaine et la transition écologique ont été prises en compte dans le nouveau budget de le Ville, tout comme l’incertitude liée à la pandémie de COVID-19.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’abordabilité de la métropole, la sécurité urbaine et la transition écologique ont été prises en compte dans le nouveau budget de le Ville, tout comme l’incertitude liée à la pandémie de COVID-19.

La Ville de Montréal a présenté mercredi un budget en hausse, mais, comme cela avait été promis, l’administration Plante-Ollivier a limité les augmentations de taxes du secteur résidentiel à une moyenne de 2 %, misant plutôt sur le dynamisme immobilier pour augmenter ses revenus en 2022.

Le budget de la Ville de Montréal atteindra 6,2 milliards de dollars, soit une hausse de 1,3 % par rapport à l’année précédente. Valérie Plante a qualifié ce budget de « responsable » et de « cohérent » avec les priorités des Montréalais sur l’abordabilité de la métropole, la sécurité urbaine et la transition écologique. « C’est aussi un budget qui va nous permettre de traverser cette période d’incertitude liée à la COVID », a-t-elle ajouté.

Comme cela avait été annoncé en campagne électorale, l’administration Plante-Ollivier limitera la hausse moyenne des taxes à 2 % en 2022 pour le secteur résidentiel et à 1,5 % pour le secteur non résidentiel. Ces hausses sont nettement en dessous du taux d’inflation, qui a atteint des records dans les derniers mois au pays.

Les arrondissements où les hausses sont les plus élevées sont ceux de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève (+5,1 %), de Verdun (+3 %), du Plateau-Mont-Royal (+3 %) et du Sud-Ouest (+2,9 %). C’est dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles que la hausse moyenne serait la plus limitée, soit 0,1 %.

Pour une maison unifamiliale d’une valeur moyenne de 535 815 $, la hausse de taxes sera de 83 $.

L’Association des propriétaires du Québec (APQ) prévient que les hausses de taxes pourraient se répercuter sur les loyers. « Cela dit, c’est une bonne chose qu’on n’ait pas suivi l’inflation », signale la porte-parole, Annie Lapointe.

Le secteur commercial, durement touché par la pandémie, bénéficiera de certains allégements, comme un taux de taxe inférieur pour la première tranche de 900 000 $ de valeur foncière, ce qui, selon la Ville, se traduira par une baisse de taxes de 16,5 % pour une grande partie des immeubles.

La Ville attribue notamment la hausse du budget à l’augmentation des effectifs de 417 personnes-année. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pourra ainsi compter sur 122 employés supplémentaires, dont 103 policiers de plus qu’en 2021, ce qui fera passer les effectifs à 4784 policiers.

Frénésie immobilière

Pour accroître ses revenus, Montréal compte sur le dynamisme immobilier, qui lui laisse présager des hausses des droits de mutation de 65,8 millions en 2022. La Ville augmentera aussi le taux du droit de mutation appliqué aux transactions immobilières supérieures à 2 millions de dollars, le faisant passer de 3 à 3,5 %. Un taux de 4 % s’appliquera aux propriétés de 3 millions et plus.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain se questionne sur cette stratégie visant les demeures plus cossues compte tenu de la forte hausse des valeurs des propriétés observée à Montréal.

En matière d’habitation, la Ville prévoit de débourser 111 millions pour compléter sa stratégie d’aménagement de 12 000 logements sociaux et abordables, dont la concrétisation était d’abord prévue d’ici la fin de 2021. Une partie de cette somme servira aussi à lancer le projet d’aménagement de 60 000 logements abordables à Montréal d’ici 10 ans. Un flou demeure toutefois concernant l’ensemble du cadre financier de ce projet, sur lequel se penchera au cours des prochaines semaines l’élu responsable de l’habitation au comité exécutif, Benoit Dorais.

« C’est sa priorité. C’est le premier sujet en haut de la liste » de M. Dorais, a d’ailleurs assuré Mme Plante mercredi. La Ville compte dépenser 116,1 millions d’ici 10 ans pour acquérir des terrains qui accueilleront des logements sociaux et abordables. « C’est vraiment le nerf de la guerre », a fait valoir la mairesse.

Budget du SPVM en expansion

Le SPVM verra son budget haussé de 45 millions l’an prochain, pour atteindre 724,1 millions de dollars. Questionnée sur la demande de plusieurs groupes de baisser le financement de la police, la mairesse Plante a fait valoir que ce budget était « connecté aux réalités actuelles ». « Quand on parle de la hausse des événements qui impliquent des armes à feu, on dit qu’il faut de la prévention, celle des policiers et celle des groupes communautaires, mais il faut aussi avoir des policiers qui retirent les armes et qui entrent dans les réseaux de groupes criminels », a-t-elle expliqué.

Montréal entend aussi doter graduellement ses policiers de caméras corporelles, mais, pour 2022, seul un montant de 500 000 $ est prévu au budget pour des projets pilotes et le déploiement des premières caméras. Entre 2023 et 2031, un montant de 16,5 millions est inscrit au Programme décennal d’immobilisations (PDI).

La pandémie a entraîné un déficit cumulé qui a atteint plus de 200 millions pour l’agglomération en 2020. La Ville entend le combler en 2022 en utilisant ses surplus, mais l’impact se fera sentir sur les quotes-parts exigées des 15 villes liées, qui feront un bond de 10,9 %.

« C’est épouvantable. On n’a pas été impliqués dans la confection du budget », a affirmé Beny Masella, président de l’Association des municipalités de banlieue (AMB) et maire de Montréal-Ouest. « On trouve ça difficile d’avaler tout ça. Ils n’ont rien fait pour essayer de réduire les dépenses. » Pour Beny Masella, le système de quotes-parts est « désuet », « inéquitable ».

À ce sujet, la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, a rétorqué qu’en faisant exception du déficit accumulé de l’agglomération, la hausse imposée aux villes liées n’était que de 2,5 %. Elle a rappelé que Québec avait transmis des sommes aux municipalités pour compenser les pertes de revenus liées à la COVID-19. « À la Ville de Montréal, nous avons mis cet argent de côté. […] Les villes liées ont reçu 26 millions de dollars en aide gouvernementale et elles auraient pu faire la même chose », a-t-elle dit.

L’opposition à l’Hôtel de Ville a reproché à l’administration d’avoir soumis un budget qui ne tient pas compte des impacts du variant Omicron. « Le budget que l’on présente aujourd’hui, il est périmé à l’avance. […] Il ne contient aucune mesure pour faire face à cette vague qui est en train de nous frapper », a soutenu le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem, qui demande à la Ville de retourner à sa table à dessin afin de présenter un nouveau budget après la période des Fêtes.

 

La STM se serre la ceinture

La Société de transport de Montréal a elle aussi dévoilé mercredi son budget 2022, qui s’élève à plus de 1,5 milliard de dollars. L’organisme devra toutefois dénicher 43 millions par le biais de « nouvelles sources de revenus » en 2022, puisque son budget écope durement de la chute de l’achalandage du transport en commun depuis le début de la pandémie. Afin de réaliser des économies de 21,3 millions l’an prochain, la STM diminuera donc de 3,5 % son offre de transport par autobus et de 5 % les passages du métro par rapport à 2019. Ce niveau de service demeurera toutefois « comparable » à celui en vigueur en 2021, assure l’organisme.


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