Retour de l’état d’urgence à Montréal en raison du variant Omicron

Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne

Montréal a déclaré mardi un retour à l’état d’urgence sanitaire. La Ville espère ainsi avoir les coudées franches pour protéger les travailleurs essentiels de la métropole et répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance, qui n’échappent pas à la hausse des cas de COVID-19.

La mairesse, Valérie Plante, qui est en isolement parce qu’elle a contracté la COVID-19, en a fait l’annonce mardi à 11 h, pendant que le bilan sanitaire continue de s’alourdir, franchissant la barre des 5000 nouveaux cas positifs rapportés en 24 heures au Québec. Montréal se retrouve d’ailleurs de nouveau au cœur de la pandémie, puisque 1656 nouveaux cas y ont été rapportés mardi, en hausse par rapport aux derniers jours.

« Le variant Omicron nous amène à prendre des précautions supplémentaires et nous appelle à la plus grande vigilance », a d’emblée souligné Mme Plante en conférence de presse virtuelle. Elle a alors confirmé qu’elle avait signé la déclaration de l’état d’urgence local dans la métropole, avec l’accord de la Santé publique.

Le 23 août dernier, Mme Plante avait levé l’état d’urgence sanitaire local dans la métropole, en raison notamment du taux de vaccination élevé à Montréal et de la mise en place du passeport vaccinal. Une décision qui avait alors reçu un accueil partagé.

La remontée rapide des cas, qui bat maintenant des records, force toutefois la Ville à retourner à l’état d’urgence sanitaire, afin d’avoir les coudées franches pour adopter des contrats plus rapidement, sans avoir à suivre tous les protocoles habituels. « Ça va nous permettre d’agir avec agilité pendant cette période d’instabilité », a indiqué Mme Plante.

L’administration municipale utilisera ainsi cette mesure d’urgence pour acquérir rapidement du matériel sanitaire pour les différents travailleurs essentiels, pour qui le télétravail n’est pas une option. Parmi ceux-ci, on compte les employés responsables de la collecte des déchets et des opérations de déneigement de même que ceux qui travaillent dans les usines de traitement des eaux de la métropole.

La Ville compte aussi miser sur les tests rapides pour les travailleurs essentiels, afin d’éviter que ceux-ci aient systématiquement besoin de s’isoler « pendant 10 jours » au moindre contact avec une personne déclarée positive à la COVID-19, a expliqué le directeur du Service de sécurité incendie de Montréal et coordonnateur de la sécurité civile de l’agglomération de Montréal, Richard Liebmann. La Ville souhaite ainsi « assurer la protection » de ses employés tout en prévenant des ruptures de service.

Itinérance

 

La Ville pourra par ailleurs réquisitionner des hôtels et d’autres établissements pour en faire des refuges temporaires pour les personnes en situation d’itinérance, comme elle l’avait fait l’an dernier. En ce moment, 116 places d’urgence manquent pour les sans-abri sur les 1550 prévues dans le plan hivernal de la Ville et de la Santé publique.

« Il faut que la Ville mette les ressources pour répondre à ce besoin-là », a affirmé mardi le chef d’Ensemble Montréal, Aref Salem, en entrevue au Devoir. Mme Plante s’est d’ailleurs engagée à répondre aux besoins des sans-abri, qui s’annoncent grandissants.

« C’est sûr qu’à la lumière de ce variant [Omicron] qui est plus virulent, on doit anticiper qu’il y aura plus de personnes, qu’il y aura un plus grand besoin, parce que les gens vont devoir s’isoler », a soulevé la mairesse.

Selon des données fournies au Devoir par la Santé publique de Montréal, 260 cas de COVID-19 ont été déclarés parmi des itinérants et le personnel des ressources qui leur sont réservées à Montréal. On rapporte par ailleurs deux éclosions toujours actives dans ces établissements, de même que huit milieux qui font l’objet d’une surveillance parce qu’on y a récemment repéré un cas positif.

Dans ce contexte, « on ne peut pas juste mettre des matelas à terre dans un aréna », où le risque de propagation de la COVID-19 devient alors plus élevé, indique le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts. À l’inverse, « si des gens sont logés dans des chambres individuelles, s’il y a des éclosions mineures, elles seront plus faciles à gérer », souligne-t-il.

La directrice générale de Projets autochtones du Québec, Heather Johnston, espère d’ailleurs que le recours à l’état d’urgence par la Ville aidera son organisme à pouvoir enfin transformer un hôtel du centre-ville en un centre ouvert 24 heures sur 24 destiné aux itinérants autochtones. Ce projet a été retardé par des règlements de zonage de l’arrondissement de Ville-Marie dans les dernières semaines. « Ça va faciliter le processus pour trouver un site pour le refuge », espère Mme Johnston, qui attendait toutefois mardi d’avoir un écho de la Ville à cet effet.

Le spectre d’un couvre-feu

Cette annonce survient le jour même de l’entrée en vigueur de plusieurs nouvelles restrictions sanitaires à la grandeur de la province entraînant la fermeture de nombreux établissements, dont les cinémas, les bars et les salles de spectacle, dans l’espoir de contrer la propagation de la COVID-19.

En conférence de presse lundi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’a d’ailleurs pas fermé la porte à un retour du couvre-feu au Québec lorsqu’on l’a questionné à ce sujet. « Laissez-nous faire un jour à la fois. On va écouter les prévisions de nos experts ce soir », a-t-il dit.

La position de la Ville de Montréal à ce sujet reste d’ailleurs la même : si un couvre-feu devait entrer en vigueur, celui-ci devrait exclure les sans-abri, ce que Québec n’a accepté l’hiver dernier qu’après y avoir été contraint par les tribunaux.

« On ne veut pas qu’un couvre-feu vienne pénaliser encore plus [les personnes en situation d’itinérance] », a souligné Mme Plante.

Avec Marie-Michèle Sioui

260

C’est le nombre de cas de COVID-19 rapportés dans les ressources destinées aux itinérants à Montréal entre le 1er juillet et le 18 décembre.

À voir en vidéo