Le nouveau maire d’Outremont compte réviser la politique de stationnement

Le nouveau maire d’Outremont promet de revoir le controversé plan de stationnement mis en place par l’administration précédente.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le nouveau maire d’Outremont promet de revoir le controversé plan de stationnement mis en place par l’administration précédente.

À peine arrivé en poste, le nouveau maire d’Outremont, Laurent Desbois, promet de revoir le controversé plan de stationnement mis en place par l’administration précédente. Selon lui, en plus de susciter une grogne importante, les vignettes universelles implantées en 2019 ont encouragé les déplacements en voiture au détriment des déplacements à pied ou à vélo.

Candidat avec Ensemble Montréal, Laurent Desbois a remporté une victoire serrée contre le maire sortant de Projet Montréal Philipe Tomlinson le 7 novembre dernier. Un dépouillement judiciaire a finalement déterminé que seulement 30 voix séparaient les deux adversaires.

En entrevue au Devoir, Laurent Desbois confirme que la révision du plan de stationnement est une priorité pour lui. « Il y a beaucoup d’irritants majeurs et ils sont inutiles », résume-t-il.

En mai 2019, l’ex-maire Philipe Tomlinson avait créé toute une surprise en annonçant la création d’une seule zone pour l’arrondissement et l’implantation de vignettes annuelles permettant aux résidents de se stationner dans n’importe quel secteur d’Outremont. En rendant payantes toutes les places de stationnement, l’ancien maire souhaitait empêcher les non-résidents de se stationner gratuitement dans les rues d’Outremont et les obligeait à obtenir une vignette mensuelle pour se garer. M. Tomlinson évaluait à 400 000 $ les revenus que l’arrondissement pourrait toucher annuellement avec ce nouveau plan. Ces revenus devaient être consacrés à la transition écologique, pour la plantation d’arbres et l’aménagement de saillies de trottoir notamment.

Solution non écologique

Laurent Desbois estime que sur le terrain, le plan n’a pas eu les effets escomptés. « La création d’une zone unique a favorisé les déplacements en voiture, plutôt qu’à pied ou à vélo, parce que les gens sont assurés de pouvoir stationner n’importe où dans l’arrondissement. Ça va à l’encontre de l’objectif qui a été donné et nous, ce qu’on voudrait faire, c’est recadrer tout ça », explique-t-il.

Les vignettes universelles ont aussi fait en sorte que les résidents qui revenaient à leur domicile le soir n’avaient plus de place de stationnement dans leur rue, celles-ci étant occupées par d’autres automobilistes détenant une vignette annuelle, dit-il. « Je ne pense pas que cela rejoigne l’objectif écologique qu’on veut atteindre et ça complique la vie des citoyens. »

Dès la première assemblée du conseil d’arrondissement lundi, le nouveau maire a déposé un avis de motion destiné à permettre certains assouplissements. Ainsi, le début de la période de gratuité de deux heures sera temporairement déplacé de 22 h à 19 h, dans le cadre d’un projet pilote qui se déroulera pendant la période des Fêtes. Mais M. Desbois se garde bien de donner d’autres détails sur les changements qu’il souhaite appliquer. « Je viens d’arriver il y a une semaine. Il a fallu adopter le budget, mais [le stationnement] est une priorité pour nous. »

Le nouveau maire promet de présenter un plan d’action l’an prochain. Il veut notamment s’assurer que les fonds recueillis sont réellement utilisés pour la transition écologique et que la politique permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Projet Montréal, qui est désormais minoritaire au conseil d’arrondissement d’Outremont, n’a pas souhaité commenter la révision du plan envisagée par le nouveau maire.

Consulter d’abord

Les commerçants d’Outremont s’étaient plaints des nouvelles mesures qui leur étaient imposées. Selon eux, en plus de nécessiter l’achat de vignettes coûteuses pour les employés des commerces, le plan réduisait l’accès à la clientèle. Ne connaissant pas les intentions de la nouvelle administration, l’Association des marchands et professionnels de l’avenue Van Horne et la Société de développement commercial de l’avenue Laurier Ouest ont dit vouloir attendre de voir les propositions de la nouvelle administration avant d’émettre des commentaires.

Dans la foulée de l’implantation de la politique de stationnement de l’ex-maire Tomlinson en 2019, un groupe de citoyens avait forcé la tenue d’une consultation sur le projet. Un parti baptisé Citoyens Outremont avait même été créé à l’initiative de Marc Poulin, un résident d’Outremont. À l’approche des élections, Denis Coderre avait fait alliance avec ce parti local et l’économiste Laurent Desbois s’était porté candidat à la mairie d’Outremont sous la bannière d’Ensemble Montréal.

Maintenant que M. Desbois a été élu, Marc Poulin se dit confiant que les irritants du plan de stationnement seront corrigés. « Ça va prendre un réel travail de réflexion. Ça ne pourra pas se faire demain matin, de façon improvisée. Je pense que l’approche sera de consulter les citoyens », dit-il. « Le problème du stationnement, c’est qu’il faut quasiment le regarder rue par rue. Chaque secteur à ses particularités. Mais c’est sûr que ça ne fera jamais l’affaire de tout le monde. »

« On ne veut pas improviser deux fois comme ç’a été le cas avec M. Tomlinson », poursuit-il. « Si M. Tomlinson avait fait la consultation avant l’adoption du plan, plutôt que l’inverse, peut-être qu’il serait maire encore aujourd’hui. »

Le nouveau maire aurait bien d’autres enjeux à régler. Il aura notamment à se pencher sur le dossier de la communauté hassidique qui connaît une croissance démographique dans Outremont et a besoin de nouveaux lieux de culte.


Ce texte a été modifié après sa publication pour ajouter le caractère temporaire du déplacement proposé du début de la période de gratuité de 22 h à 19 h.

Photo: Courtoisie Candidat avec Ensemble Montréal, Laurent Desbois a remporté une victoire serrée contre le maire sortant de Projet Montréal Philipe Tomlinson le 7 novembre dernier.

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