Coderre quitte la vie politique

Denis Coderre quitte la vie politique, de façon définitive cette fois, a-t-il dit. À l’issue d’une rencontre avec son caucus vendredi, le chef d’Ensemble Montréal a fait savoir qu’il n’occuperait pas les fonctions de chef de l’opposition.

« La vie politique est terminée. Je vais contribuer au développement de Montréal autrement », a indiqué M. Coderre, ému, après la réunion qui a duré plus de quatre heures et qui s’est tenue à la Casa D’Italia. « Je vais faire autre chose. […] Je pars avec le sentiment du devoir accompli. »

Denis Coderre aurait pu revenir à l’hôtel de ville comme chef de l’opposition puisque sa colistière, Chantal Rossi, a été élue dimanche dernier, mais il a préféré tirer sa révérence. « J’ai décidé de penser à moi. Parce que c’est clair que cette campagne électorale, c’était plus un paratonnerre sur Denis Coderre, a-t-il expliqué. À un moment donné, les gens méritent qu’on voie ce que cette administration a dans le ventre et qu’on travaille sur les enjeux plutôt que sur les personnalités. Il faut savoir se retirer dans la vie et c’est ce que j’ai fait. »

Un parti en santé financière

Le chef d’Ensemble Montréal tire du même coup un trait sur sa carrière politique qui s’est échelonnée sur quatre décennies, dont 16 années comme député fédéral : « Peut-être que certains caricaturistes vont s’ennuyer. »

Denis Coderre a assuré qu’il laissait un parti en santé financière et que la dette serait épongée grâce notamment au remboursement auquel sa formation politique a droit au terme de la campagne électorale. Le parti devra toutefois se choisir un nouveau chef. « Ce n’est pas à moi à choisir. Il y a un caucus de 38 élus. Ce caucus-là va choisir. »

Il a déploré le faible taux de participation au scrutin de dimanche, et le fait que les réels enjeux n’aient pas été suffisamment abordés pendant la campagne. « Est-ce qu’il y a eu des erreurs ? J’imagine, mais très certainement, je suis fier de l’équipe et surtout de la plateforme parce que moi, je n’ai pas fait de campagne sale. […] On a cherché à parler de l’avenir de Montréal avec des enjeux. De ça, je suis fier. »

Au passage, M. Coderre a lancé une flèche à ses adversaires : « J’ai eu l’impression que ce qu’il y avait d’environnementaliste du côté de Projet Montréal, c’était de copier mot pour mot plusieurs de nos idées », a-t-il soutenu.

La réunion du caucus a permis de faire l’analyse rétroactive de la campagne électorale qui a connu quelques accrocs avec la polémique entourant le dévoilement des mandats que Denis Coderre avait obtenus du secteur privé au cours des quatre dernières années et sa décision de demander à Québec une modification au projet de loi 96 afin d’accroître la protection des droits des anglophones, une position qui a irrité plusieurs candidats, parmi lesquels Hadrien Parizeau et Réal Ménard.

Un long mutisme

Depuis sa défaite de dimanche dernier contre Valérie Plante, M. Coderre était demeuré muet sur ses intentions. Il a indiqué que s’il avait attendu jusqu’à vendredi pour rencontrer son caucus, c’est qu’il voulait s’assurer que tous les membres de l’équipe puissent être présents.

Il s’est défendu d’avoir prononcé un discours teinté d’amertume lors de la soirée électorale dimanche dernier. « J’ai félicité tout le monde […] et, surtout, j’ai demandé à notre équipe de travailler pour faire partie de la solution. Ce n’est pas de l’amertume, ça. Est-ce qu’on était tristes ? Oui, on était tristes des résultats, mais il y a beaucoup de gens qui m’ont dit qu’au contraire, ce discours-là était empreint de dignité. »

S’il a pris la parole après Valérie Plante ce soir-là, ce n’était pas par choix, mais plutôt parce que les deux équipes de campagne ne s’étaient pas parlé au préalable. « J’ai vu comme tout le monde que Mme Plante parlait en premier. Il n’y avait rien d’amer là-dedans », a-t-il signalé.

Il avait cependant quelques messages pour la mairesse désignée. « On a le statut de métropole, on a tous les outils. Mme Plante, si elle croit vraiment en cette ville, je pense qu’elle doit négocier une entente avec le gouvernement du Québec. »

Il a aussi évoqué une remise en question du travail des journalistes. « On casse beaucoup de sucre sur le dos des politiciens. C’est facile pour faire une clip — parce que vous avez un défi de faire la nouvelle de façon continue et il faut toujours trouver la bibitte —, mais on oublie souvent l’humain réel », a-t-il dit.

M. Coderre, qui souhaitait regagner la mairie quatre ans après sa défaite de 2017, est demeuré vague sur ses plans à venir, mais il a écarté l’idée de devenir commentateur.

Valérie Plante a salué la contribution de son adversaire. « M. Coderre a Montréal à cœur, et nous lui souhaitons du succès dans ses projets futurs, a-t-elle souligné dans une déclaration. Notre administration offrira sa pleine collaboration à la personne qui sera désignée par Ensemble Montréal pour occuper le poste important de représentant ou représentante de l’opposition officielle. »

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