Denis Coderre s’incline pour la deuxième fois

La dernière semaine de campagne a été éprouvante pour Denis Coderre, qui a tardé à révéler le nom des clients avec qui il avait travaillé au cours des quatre dernières années.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La dernière semaine de campagne a été éprouvante pour Denis Coderre, qui a tardé à révéler le nom des clients avec qui il avait travaillé au cours des quatre dernières années.

Denis Coderre n’aura finalement pas réussi à reprendre les commandes de l’Hôtel de Ville de Montréal. Dimanche soir, l’ex-maire a dû concéder la victoire à sa rivale, Valérie Plante, pour une deuxième fois en quatre ans. Et le chef d’Ensemble Montréal n’a pas voulu dire s’il entendait occuper les fonctions de chef de l’opposition.

« Je n’ai ni regrets ni remords », a déclaré Denis Coderre, qui a pris la parole vers 22 h 45 devant les troupes réunies à l’hôtel Plaza Centre-Ville. « Ce fut une des campagnes les plus sales que j’ai vécues », a-t-il dit.

Denis Coderre a prononcé un discours, après celui de sa rivale, mais il n’a jamais précisé s’il comptait rester à la tête de son parti pour assumer les fonctions de chef de l’opposition ou s’il quitterait la politique, comme il l’avait fait en 2017 en laissant derrière lui un parti endetté. Sa colistière Chantal Rossi a été élue sans difficulté dans Montréal-Nord. Elle pourrait ainsi céder son siège à M. Coderre s’il souhaitait devenir chef de l’opposition.

« Ce soir, les Montréalais ont fait leur choix. Évidemment, c’est une grande déception pour moi et pour notre équipe, mais les résultats nous montrent que ce fut un choix déchirant pour des milliers d’électeurs », a-t-il indiqué avant de féliciter son adversaire, Valérie Plante.

Le candidat défait s’est toutefois inquiété de voir Montréal « péricliter ». « Je demande qu’on mette la hargne de côté. Il faut que l’administration, quelle qu’elle soit, ne soit pas là pour ses militants, mais pour tous les Montréalais et les Montréalaises. Montréal en vaut la chandelle. J’aime Montréal d’amour », a-t-il lancé.

Denis Coderre a dit espérer que Montréal ne passera pas les quatre prochaines années « dans la salle d’attente », une expression qu’il a utilisée à maintes reprises tout au long de la campagne.

Au terme de son discours, M. Coderre a quitté les lieux sans répondre aux questions des journalistes.

Des vedettes échouent

Ensemble Montréal a conservé quelques bastions tels que Saint-Léonard, où Michel Bissonnet a été réélu haut la main, Saint-Laurent, avec Alan DeSousa, et Pierrefonds-Roxboro, remporté par Jim Beis. Dans Montréal-Nord, la mairesse sortante, Christine Black, n’a pas été inquiétée par le candidat vedette de Projet Montréal, Will Prosper.

  

Reste que plusieurs vedettes d’Ensemble Montréal ont mordu la poussière. Parmi elles, Lionel Perez a finalement perdu de justesse dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, où Gracia Kasoki Katahwa, de Projet Montréal, l'a devancé de 83 voix.

Dans le district de Champlain–L’Île-des-Sœurs, Nadine Gelly, que Denis Coderre avait désignée comme la présidente de son comité exécutif en cas d’élection, a été défaite par la candidate de Projet Montréal, Véronique Tremblay. « Je croyais aux idées de Denis, à sa passion pour Montréal et aussi à l’équipe qu’on allait présenter », a indiqué Mme Gelly aux journalistes. « Je pense que Montréal va perdre beaucoup de ne pas avoir ces gens d’exception. » Mme Gelly n’a cependant pas voulu s’avancer sur les raisons de la défaite d’Ensemble Montréal.

Plusieurs candidats ne se sont pas présentés au rassemblement. Et certains qui y étaient, comme Jim Beis, réélu à la mairie de Pierrefonds-Roxboro, étaient peu loquaces.

Candidat défait dans Champlain−L’Île-des-Sœurs, Jean Airoldi a accepté le résultat avec sérénité. « Si je gagnais, j’étais content. Si je perdais, j’étais content pareil. C’était une super belle expérience avec une équipe extraordinaire », a-t-il dit.

Denis Coderre fondait aussi beaucoup d’espoir en Guillaume Lavoie, qui affrontait Laurence Lavigne Lalonde à la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, mais le candidat-vedette a dû s’incliner devant son adversaire. Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Karine Boivin-Roy n’a pas réussi à déloger Pierre Lessard-Blais. Et Réal Ménard, qui tentait un retour en politique après sa défaite de 2017, a dû s’incliner devant Éric Alan Caldwell.

Dans Ville-Marie, l’ancien vice-président de Québecor Serge Sasseville l’a emporté contre Daniel Tran, de Projet Montréal. Il a cependant refusé de commenter la défaite de son parti.

Quant à Antoine Richard, qui avait fait parler de lui en raison des flips immobiliers qu’il avait effectués quand il était courtier immobilier, il a dû concéder la victoire à la candidate de Projet Montréal à la mairie de Verdun, Marie-Andrée Mauger. Il s’est dit déçu de l’issue du vote, mais n’a pas voulu faire d’autres commentaires.

Fin de campagne difficile

La dernière semaine de campagne a été éprouvante pour Denis Coderre, qui a tardé à révéler le nom des clients avec qui il avait travaillé au cours des quatre dernières années. À quelques jours du scrutin, il a finalement dévoilé les huit mandats qu’il a obtenus, dont ceux de Transcontinental et du géant de l’immobilier Cogir. Cette affaire n’était pas sans rappeler l’épisode de la Formule électrique en 2017.

Plus tôt en campagne, Denis Coderre s’était aussi retrouvé sur la sellette lorsqu’il avait été surpris avec un cellulaire au volant. Le Service de police de la Ville de Montréal lui a d’ailleurs remis un constat d’infraction en lien avec cette affaire.

Denis Coderre a aussi dû composer avec des candidats problématiques. Dans les derniers mois de la campagne, il a montré la porte à plusieurs candidats, dont Joe Ortona et Dan Kraft.

Alors qu’au printemps, il menait dans les sondages, son avance s’est graduellement effritée au fil des mois. À compter de septembre, Denis Coderre et Valérie Plante se sont retrouvés au coude-à-coude pendant plusieurs semaines. Dans la dernière semaine, deux sondages ont toutefois révélé que Valérie Plante détenait une légère avance sur son adversaire.

Denis Coderre avait axé sa campagne sur des éléments phares, parmi lesquels la sécurité publique et l’habitation. Ensemble Montréal a notamment promis de procéder à l’embauche de 250 policiers supplémentaires et de lancer un appel d’offres pour doter l’ensemble des policiers de caméras portatives dans les 100 premiers jours d’un mandat. Le parti avait aussi annoncé son intention de doubler les effectifs des escouades mixtes.

En matière d’habitation, Ensemble Montréal visait la construction de 50 000 logements « de tous types » en quatre ans. Denis Coderre comptait aussi abolir le Règlement pour une métropole mixte (connu sous le nom de « 20-20-20 ») pour le remplacer par des mesures plus « flexibles ».

Ce texte a été mis à jour dans la journée de lundi.



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