Le match revanche

Qui de Valérie Plante ou de Denis Coderre sera le prochain maire? Les Montréalais auront le dernier mot dimanche.
Photomontage: Le Devoir Qui de Valérie Plante ou de Denis Coderre sera le prochain maire? Les Montréalais auront le dernier mot dimanche.

La campagne électorale tire à sa fin et les Montréalais choisiront dimanche soir leur prochain maire. Accorderont-ils un second mandat à Valérie Plante ou donneront-ils une deuxième chance à Denis Coderre ? La fin de campagne tumultueuse a donné lieu dans les derniers jours à de vives attaques de part et d’autre, mais ce sont les Montréalais qui auront le dernier mot.

Quand Denis Coderre s’est lancé dans l’arène au printemps, les sondages étaient favorables à son égard. Au fil des mois, l’écart avec sa principale adversaire s’est effrité. Un sondage publié jeudi par L’actualité accorde maintenant une avance à la mairesse sortante avec 46 % des intentions de vote, contre 40 % pour le chef d’Ensemble Montréal. Le bourbier dans lequel s’est retrouvé Denis Coderre cette semaine sur la question de ses revenus des quatre dernières années n’est peut-être pas étranger à ce résultat. Dans les derniers jours, Valérie Plante a aussi été la cible des flèches de son adversaire quand des allégations d’agression sexuelle concernant Craig Sauvé ont fait surface, ce qui a amené celui-ci à se retirer du caucus de Projet Montréal.

« On ne peut pas dire que ç’a été une campagne enlevante », estime toutefois Rémy Trudel, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Selon l’expert, aucun dossier ne s’est réellement imposé comme « question de l’urne ». « Le logement, l’environnement et la sécurité publique auraient pu l’être, mais chez ni l’un ni l’autre des candidats, on ne s’est mis en posture pour que ça devienne un choix discriminant. » Selon lui, les candidats ont présenté des plateformes électorales sous forme de « buffet » pour couvrir tous les enjeux. « Ça fait en sorte qu’on s’est transporté sur le terrain des personnalités. »

Le sourire, arme de campagne

Valérie Plante demande aux Montréalais de la reporter au pouvoir afin de poursuivre le travail engagé pour rendre la ville plus résiliente face aux défis climatiques. Au cours des dernières semaines, elle a multiplié les promesses électorales.

Plusieurs personnalités de Projet Montréal ne sont plus dans la course. Des élus comme Rosannie Filato, François Croteau et Cathy Wong ont décidé de ne pas se représenter. Valérie Plante a cependant attiré quelques recrues en qui elle fonde beaucoup d’espoirs, dont Dominique Ollivier, qui pourrait devenir la présidente du comité exécutif, et Will Prosper, candidat à la mairie de Montréal-Nord — qui s’est retrouvé sur la sellette en raison de ses agissements lorsqu’il était policier à la GRC.

« À mon avis, elle a fait une campagne sans faute, mais pas une campagne extraordinaire. On n’a pas eu de coups d’éclat comme “L’homme de la situation” de 2017 », estime Bernard Motulsky, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM. Selon lui, le sourire que Valérie Plante affichait sur ses pancartes électorales a teinté sa campagne, davantage que ses promesses électorales.

Rémy Trudel retient de la performance de Valérie Plante son attitude bienveillante, mise en relief par la pandémie. À cet égard, sa décision de mettre sur la table 500 millions de dollars pour le projet du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est l’a bien positionnée. « On ne pouvait ignorer le mouvement d’indignation sur l’architecture énoncée par CDPQ Infra », dit-il.

Et son sourire n’est pas une arme négligeable, croit M. Trudel. La remarque de Denis Coderre, qui lui a lancé lors d’un débat : « Quand vous riez, vous êtes nerveuse », a peut-être même servi Valérie Plante. « On a bien senti, après ça, une assurance nettement plus développée chez Valérie Plante. »

Coderre 2.0

En mars dernier, Denis Coderre s’était présenté comme un homme nouveau, qui avait tiré des leçons de sa défaite de 2017. Il avait minutieusement orchestré son retour en publiant un livre, Retrouver Montréal, dans lequel il dévoilait sa vision pour Montréal et qui a servi de base à la plateforme électorale de son parti. Il a quand même abandonné certaines idées, comme celle d’autoriser la construction d’immeubles plus hauts que le mont Royal, qui a suscité l’indignation.

Son équipe s’est enrichie de nouvelles recrues, parmi lesquelles Nadine Gelly, à qui il promet le poste de présidente du comité exécutif s’il est élu, ainsi que Guillaume Lavoie et Serge Sasseville. Mais Denis Coderre a aussi dû exclure certains candidats problématiques, parmi lesquels Joe Ortona et Dan Kraft, et se porter à la défense d’Antoine Richard, son candidat à la mairie de Verdun. Il a aussi montré la porte à Ali Nestor, à qui il voulait confier un poste de conseiller non élu, en raison d’allégations d’agression sexuelle.

La saga du téléphone cellulaire au volant l’a plongé dans une controverse dont il se serait bien passé, mais l’épisode de ses revenus des quatre dernières années lui sera peut-être encore plus dommageable, croit Bernard Motulsky. « Ça rappelle la Formule E qui avait un peu tué sa campagne en 2017. On en a parlé pendant plusieurs jours au lieu de régler le problème », explique l’expert, qui estime que la campagne du chef d’Ensemble Montréal a été inégale.

« Denis Coderre, c’est le boxeur, c’est le Lucian Bute de la politique. Contre vents et marées, il fonce », avance pour sa part Rémy Trudel. Il croit cependant que cette attitude, bien qu’attrayante, a été surpassée par la bienveillance de Valérie Plante.

La troisième voie

Face aux deux principaux aspirants à la mairie, plusieurs candidats ont tenté de mettre en place une troisième voie. Après que Félix-Antoine Joli-Cœur eut abandonné la course à la mairie, Balarama Holness, de Mouvement Montréal, et Marc-Antoine Desjardins, de Ralliement pour Montréal, se sont lancés dans la mêlée. Ils ont finalement convenu d’une alliance afin d’augmenter leurs chances d’accéder à l’Hôtel de Ville, mais cette union ne s’est pas faite sans heurts, Marc-Antoine Desjardins ayant finalement jeté l’éponge, en désaccord profond avec certaines propositions de Balarama Holness.

Bien que néophyte, Balarama Holness a pu gagner une certaine crédibilité — surtout chez les anglophones — et apporter un élément de fraîcheur dans la campagne, reconnaît Bernard Motulsky. Son plaidoyer en faveur d’une ville bilingue lui a peut-être fait perdre des appuis chez les francophones, mais il a gardé le cap : « Il a assumé les conséquences sans pour autant dénigrer le français. »

« Le message de Holness, c’est que les membres des communautés anglophone et allophone ont maintenant un canal pour exprimer leur ressentiment », soutient Rémy Trudel. Selon lui, la présence de Balarama Holness, qui récolte seulement 5 % des appuis dans le plus récent sondage, risque de nuire davantage à Denis Coderre qu’à Valérie Plante.

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