Le cadre financier d’Ensemble Montréal décortiqué

Le parti de Denis Coderre promet notamment près de 278 millions de dollars en nouvelles dépenses sur 4 ans.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le parti de Denis Coderre promet notamment près de 278 millions de dollars en nouvelles dépenses sur 4 ans.

Le parti de Denis Coderre a attendu à la toute dernière minute pour présenter vendredi son cadre financier, qui prévoit près de 278 millions de dollars en nouvelles dépenses sur 4 ans, de même qu’une réduction des dépenses de la Ville.

Le parti Ensemble Montréal demeure néanmoins nébuleux quant à la manière dont il entend s’y prendre pour réduire les dépenses de la Ville s’il est élu. Le cadre financier de 26 pages d’Ensemble Montréal, acheminé aux médias par voie de communiqué vendredi, prévoit par exemple de réaliser des économies de 135 millions de dollars en quatre ans par le biais d’un plan de redressement des finances de la Ville, qui n’y est toutefois pas détaillé.

« Le lendemain du jour de l’élection, un des premiers gestes que je vais recommander au maire entrant Denis Coderre de faire, ça va être de gérer toutes les dépenses non discrétionnaires qui ne sont pas liées directement aux services aux citoyens », explique au Devoir le maire de Saint-Laurent et porte-parole d’Ensemble Montréal en matière de finances, Alan DeSousa. Un gel de trois mois sur les embauches à la Ville pourrait par exemple être mis en place pour les postes jugés non essentiels, évoque-t-il.

« Ça nous permettra d’augmenter le surplus pour l’année qui se termine », fait valoir M. DeSousa, d’autant plus que son parti promet, comme Valérie Plante, de ne pas hausser les taxes imposées aux Montréalais au-delà de 2 % en 2022.

« Ce ne sera pas facile parce que l’état du dégât laissé à nous par l’administration sortante sera important », laisse toutefois tomber l’élu d’Ensemble Montréal, d’autant plus que le parti entend dépenser 110 millions de dollars pour embaucher rapidement 250 policiers supplémentaires. La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, a également promis d’atteindre le même nombre d’embauches au SPVM d’ici la fin de 2022.

Réduire les dépenses

Dans son communiqué, Ensemble Montréal se félicite d’ailleurs que l’administration de Denis Coderre, de 2013 à 2017, a été « la seule à avoir exercé une réduction des dépenses de la Ville sans nuire aux services ». Ainsi, « Ensemble Montréal est le seul parti capable de relancer Montréal en respectant la capacité de payer des Montréalais », fait valoir la formation.

Il est vrai que l’administration de l’ancien maire avait présenté un budget pour l’année 2015 en baisse par rapport à l’année précédente, une première depuis les fusions municipales de 2002.

Les efforts budgétaires de M. Coderre ont toutefois entraîné en 2014 une baisse du financement de la Société de transport de Montréal. Celle-ci a alors dû diminuer son offre de service et abolir des postes de changeurs. Le budget 2017 de la Ville prévoyait aussi une baisse des dépenses dédiées au SPVM, tandis que le plan de réduction de la main-d’œuvre de l’ancienne administration de Denis Coderre a attisé à l’époque la colère de plusieurs syndicats de la Ville.

En entrevue, M. DeSousa s’est toutefois voulu prudent vendredi sur les mesures concrètes que pourrait prendre une éventuelle administration de Denis Coderre pour atteindre la cible prévue à son plan de redressement des dépenses de la Ville. Il déplore cependant les « dépassements de coûts énormes » qui ont notamment fait gonfler dans les dernières années la facture du projet de prolongement de la ligne bleue du métro de Saint-Michel à Anjou et celle du service rapide par bus du boulevard Pie-IX.

« Si ces explosions des coûts continuent dans ces gros projets, ça ne laissera pas grand-chose dans la cagnotte pour d’autres projets », craint M. DeSousa.

278 millions

En tout, le parti Ensemble Montréal prévoit dépenser un peu moins de 278 millions de dollars en quatre ans. La part du lion irait à l’embauche de nouveaux policiers, tandis que 37 millions seraient dédiés à la prévention de l’itinérance et l’aide aux personnes sans-abri. Le parti prévoit aussi de dépenser 25, 5 millions de dollars pour assurer la gratuité du transport en commun aux personnes aînées de 65 ans et plus et 10 millions de dollars pour aider les arrondissements à rendre leurs rues et installations plus propres.

Les revenus de la Ville, pour leur part, devraient excéder les dépenses pour atteindre environ 327 millions de dollars. Pour atteindre cette cible, le parti compte non seulement sur une baisse des dépenses de la Ville, mais aussi sur sa promesse de contribuer à la réalisation de 50 000 logements de tout type d’ici quatre ans. Le parti entrevoit que ces nouvelles unités, qui comprendraient 10 000 logements sociaux, lui rapporteront 42 millions de dollars en taxes foncières et en droits de mutation en quatre ans.

Une taxe sur les grands panneaux publicitaires et une autre sur les stationnements commerciaux rapporteraient d’autre part 35 et 82 millions de dollars en quatre ans, selon le parti Ensemble Montréal. Ce dernier prévoit par ailleurs, dans ses investissements sur 10 ans, accorder 660 millions de dollars pour faciliter une meilleure intégration du futur Réseau express métropolitain, qui prévoit un tronçon aérien au centre-ville dans le cadre de sa phase deux vers l’est de l’île. Le parti de Valérie Plante prévoit pour sa part dépenser 500 millions de dollars à cet effet.

Projet Montréal n’a d’ailleurs pas tardé à critiquer le cadre financier de son principal adversaire, vendredi, tout en mettant l’accent sur le dépôt tardif de celui-ci.

« Si ce cadre était un tant soit peu sérieux, il ne serait pas déposé à moins de 24 heures du vote », a déploré la formation de Mme Plante, dans une déclaration envoyée aux médias. « Malheureusement, Ensemble Montréal a choisi de déposer un document important à la toute dernière minute, par communiqué, sans même le défendre publiquement », enchaîne Projet Montréal, qui a déposé son cadre financier à la fin octobre.

« On a voulu être rigoureux dans notre comptabilisation et dans notre effort de tenir compte de tous les engagements qu’on a pris », réplique Alan DeSousa, qui affirme que son parti souhaitait inclure dans son cadre financier l’ensemble de ses promesses électorales, « jusqu’à la dernière annonce ».

« Ça donne l’heure juste aux citoyens et aux médias », affirme M. DeSousa, non sans critiquer le cadre financier présenté par Projet Montréal, dont il met en doute la crédibilité.

L’élection municipale a officiellement lieu ce dimanche, mais une journée de vote a été ajoutée ce samedi à Montréal, dans le contexte de la pandémie. Les Montréalais ont aussi disposé de deux jours de vote par anticipation, le week-end dernier.

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