Craig Sauvé « nie catégoriquement » des allégations d’agression sexuelle

Le candidat de Projet Montréal Craig Sauvé
Photo: Projet Montréal Le candidat de Projet Montréal Craig Sauvé

La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, garde dans son équipe un de ses candidats dans l’arrondissement du Sud-Ouest, Craig Sauvé, qui « nie catégoriquement » avoir agressé sexuellement une Montréalaise il y a neuf ans. La victime alléguée, pour sa part, n’écarte pas la possibilité d’entreprendre des actions légales contre l’élu.

Le Devoir a confirmé auprès d’une source les informations d’abord rapportées dans un reportage de CBC jeudi matin. Une Montréalaise a ainsi contacté en 2018 une élue municipale, qui était alors membre de Projet Montréal, pour signaler une agression à caractère sexuel dont elle allègue avoir été victime en 2012 de la part d’un homme qui a joint les rangs du parti de Valérie Plante l’année suivante. Le dossier a ensuite été acheminé et pris en main par Marie-Dominique Giguère, qui était alors directrice générale de Projet Montréal.

Jeudi matin, Projet Montréal a révélé l’identité de cette personne. Il s’agit de Craig Sauvé, qui est conseiller dans un district de l’arrondissement du Sud-Ouest depuis 2013. L’élu a aussi été dans les dernières années vice-président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal, un poste qu’il occupe toujours, de même que conseiller associé du comité exécutif de la Ville sur les dossiers de mobilité, puis en matière d’habitation. Dans un communiqué, le principal intéressé, qui brigue un troisième mandat comme conseiller de la Ville, a rejeté les allégations qui ont été faites à son égard.

« J’ai fait l’objet d’une allégation non fondée concernant un événement s’étant déroulé en 2012. N’ayant rien à me reprocher, j’ai traité cette allégation de manière collaborative et respectueuse, et après une enquête approfondie, la police a fermé le dossier », indique la déclaration attribuée à M. Sauvé.

En 2018, des tentatives de médiation ont été entamées entre M. Sauvé et sa victime alléguée, ce qui a mené à un accord commun l’année suivante. Le Service de police de la Ville de Montréal a pour sa part fermé ce dossier en février dernier à la suite d’une enquête.

« Je veux être clair avec tout le monde, je nie catégoriquement ces allégations. Je ne ferai pas d’autres commentaires et analyserai les recours à ma disposition », ajoute le candidat de Projet Montréal.

Jointe par Le Devoir, la victime alléguée de M. Sauvé, qui a réclamé l’anonymat, a confié que les gestes posés par M. Sauvé en 2012 à son endroit ont « détruit une grande partie de sa vie ». Pendant des années, elle a éprouvé de la difficulté à se retrouver en public, raconte-t-elle, la voix enrouée par l’émotion. Elle se dit d’ailleurs « très déçue » par l’absence selon elle de réaction à la cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, dans ce dossier.

La dame n’écarte d’ailleurs pas de porter éventuellement cette affaire devant les tribunaux. « Des actions légales pourraient être prises », a-t-elle dit.

Coderre réclame son départ

Jeudi, Denis Coderre a d’ailleurs accusé Valérie Plante et Projet Montréal d’avoir défendu un présumé agresseur. Il a ainsi réclamé le retrait de la candidature de Craig Sauvé et des excuses de la part de la mairesse sortante. « Au lieu d’écouter la victime, Projet Montréal a choisi de défendre le présumé agresseur », a lancé le chef d’Ensemble Montréal, qui a donné une conférence de presse devant l’hôtel de ville à 11 h.

M. Coderre, qui a fait lui-même l’objet de critiques dans les derniers pour son manque de transparence concernant ses activités dans le privé, a reproché à Valérie Plante d’avoir prétendu ne pas être au courant des allégations concernant l’élu de son équipe. Or, Projet Montréal avait connaissance du dossier depuis 2018, a-t-il dit. « Au lieu de me faire la leçon, elle aurait pu démontrer ce que ça veut dire d’avoir la dignité de sa fonction et elle ne l’a pas fait », a-t-il renchéri.

Denis Coderre affirme que si de telles allégations avaient été portées contre un de ses candidats, il ne l’aurait pas gardé dans son équipe. En mai dernier, il a d’ailleurs expulsé rapidement Ali Nestor de son équipe, où il devait occuper un poste de conseiller spécial non élu, après avoir appris dans les médias que celui-ci faisait l’objet d’allégations de voies de fait et agression sexuelle. M. Nestor a ensuite fait l’objet cet été d’accusations formelles dans ce dossier.

Valérie Plante défend sa position

Dès janvier 2018, peu de temps après son arrivée en poste, Mme Plante a annoncé la mise à jour du code d’éthique de la Ville afin que celui-ci souligne l’importance que les membres du conseil municipal assurent le maintien d’un « milieu de travail sain et exempt de toute forme de harcèlement », incluant celui à caractère sexuel. Mme Plante a toutefois réitéré jeudi sa confiance en Craig Sauvé, qui demeure donc dans son équipe.

« Au final, je crois que dans des dossiers comme celui-là, la présomption d’innocence est aussi quelque chose d’important dans notre société », a-t-elle déclaré en marge d’une conférence de presse dans l’est de l’île, jeudi matin. « Le service de police a étudié le dossier, ils ont fait leur travail et ont décidé que la plainte n’était pas recevable […] Je respecte ça », a ajouté la candidate à la mairie.

Mme Plante s’est d’ailleurs défendue d’avoir induit les médias en erreur, à l’hiver 2020, lorsqu’elle a affirmé en réponse à des journalistes qu’elle n’était pas au courant d’aucune allégation de harcèlement sexuel concernant des élus membres de son parti.

« Quand on m’a posé la question, j’ai répondu avec ouverture et transparence sur un dossier qui était clos. C’est vraiment ça. Alors pour moi, j’ai agi correctement », a-t-elle fait valoir. Lorsqu’interpellée sur le fait que l’enquête policière n’a pris fin qu’en février 2021, Mme Plante a rappelé qu’un processus de médiation entre les parties prenantes avait été mis en place pour tenter de régler cette affaire hors cour.

« Pour nous, nous avons été proactifs en mettant en place un processus de médiation que les deux parties approuvent. Donc, pour moi, c’était un dossier clos », a-t-elle insisté. Elle a d’ailleurs assuré avoir agi de façon « transparente » dans cette affaire, en réplique à Denis Coderre. « Il n’y a rien dont j’ai honte », a-t-elle conclu.

Avec Jeanne Corriveau

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