Denis Coderre veut «restreindre» la présence de camions à Montréal

«Je veux écouter les experts, c’est pour ça qu’on fait un sommet [sur le camionnage]. Mais moi, je veux restreindre la livraison, et qu’on se donne des mesures claires» en ce sens, a déclaré Denis Coderre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je veux écouter les experts, c’est pour ça qu’on fait un sommet [sur le camionnage]. Mais moi, je veux restreindre la livraison, et qu’on se donne des mesures claires» en ce sens, a déclaré Denis Coderre.

Le candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre, souhaite « restreindre » la place et la configuration des camions de grande taille dans les rues de Montréal, en plus de contrôler les horaires de livraisons, au terme d’un sommet sur le camionnage qu’il promet de tenir dans la première année de son mandat, s’il est élu en novembre.

La pandémie a fait bondir l’achat en ligne, qui était déjà en croissance dans les dernières années, ce qui a eu pour effet de multiplier le nombre de camions de livraison qui circulent dans les rues résidentielles et sur les artères de la métropole. Or, la présence accrue de ces véhicules augmente les risques de collisions avec les piétons et les cyclistes, s’inquiète Denis Coderre.

« Il faut trouver une façon d’améliorer le service [de livraisons] et d’améliorer le vivre ensemble », a fait valoir l’ancien maire de Montréal mercredi matin, lors d’une conférence de presse tenue au centre-ville.

M. Coderre promet donc de tenir un sommet sur le camionnage dans la première année de son éventuel mandat afin de trouver des moyens de répondre aux besoins des commerçants et à la demande accrue des Montréalais pour des produits achetés en ligne, tout en évitant de rendre la métropole moins sécuritaire pour les usagers de la route les plus vulnérables. Cet événement réunirait notamment des experts, des représentants de l’industrie du camionnage et des organismes comme Piétons Québec, avance son parti politique, Ensemble Montréal.

« Ça ne fait pas de sens de laisser passer des 18 roues à midi », a lancé M. Coderre, qui souhaite notamment limiter les heures permises pour effectuer des livraisons dans la métropole. Des centres de transbordement logistique pourraient aussi être mis en place pour faciliter le transfert de marchandises vers des camions électriques de plus petite taille, a évoqué le candidat à la mairie. « Il faut changer les façons de faire. »

Ce sommet viserait d’ailleurs à déterminer un « standard du camion montréalais », souligne un communiqué d’Ensemble Montréal, qui évoque notamment la possibilité d’obliger les camions à être munis de caméras à 360 degrés qui limitent leurs angles morts de même que de barres latérales. Les camions pourraient aussi avoir un capot avant plat afin d’augmenter la visibilité des conducteurs sur la route, propose le parti.

« Je veux écouter les experts, c’est pour ça qu’on fait un sommet [sur le camionnage]. Mais moi, je veux restreindre la livraison, et qu’on se donne des mesures claires » en ce sens, a renchéri M. Coderre.

Appelé à réagir, le responsable de la mobilité au comité exécutif de la Ville et candidat de Projet Montréal, Éric Alan Caldwell, a qualifié le sommet proposé par M. Coderre de « tape-à-l’œil ». La Ville est déjà en discussions avec le ministère des Transports du Québec et Transports Canada pour déterminer les meilleurs moyens de revoir les normes entourant la configuration des camions, a-t-il fait valoir, en entrevue au Devoir mercredi.

« On ne peut pas manquer notre coup. Il faut que les ajustements apportés soient les plus efficaces en termes de sécurité routière. […] Il faut qu’il y ait un travail rigoureux pour que lorsqu’on change une flotte de camions, les changements apportés soient ceux qui assurent le plus de sécurité routière », a-t-il ajouté.

Intersections dangereuses

La formation de Denis Coderre promet d’autre part de créer une application où les Montréalais pourraient signaler les situations où ils ont « failli se faire heurter par un autre usager de la route », soit des « presque accidents », a indiqué la candidate du parti au poste de conseillère de la Ville dans le district de Pointe-aux-Trembles, Glenda Morris. Un tel outil servirait alors à cibler les intersections les plus dangereuses de la métropole dans le but d’en sécuriser une centaine, avance Ensemble Montréal. Plusieurs collisions ont d’ailleurs été recensées dans les derniers mois à l’intersection des rues Berri et Ontario, où cette conférence de presse a eu lieu mercredi matin.

« Nous n’avons pas besoin d’attendre qu’il y ait un nouveau mort ou blessé avant d’agir », a renchéri Denis Coderre, qui souhaite aussi accélérer les efforts en cours pour allonger le temps de traverse accordé des piétons aux intersections de la métropole.

Éric Alan Caldwell, de Projet Montréal, réplique que le nombre d’intersections dangereuses dans la métropole est beaucoup trop élevé pour se limiter à en réaménager une centaine. L’élu souligne que la Ville a, dans les quatre dernières années, profité de chaque occasion où elle devait réaliser des travaux majeurs sur des rues pour revoir du même coup la configuration des intersections qui s’y trouvent afin de rendre celles-ci plus sécuritaires.

« De penser qu’on peut régler le problème en prétendant que le problème est à certains endroits et pas à d’autres, c’est faire fausse route », lance M. Caldwell.

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