Les pistes cyclables au coeur du débat de la Chambre de commerce

C’est sur le terrain de la mobilité et des pistes cyclables que les échanges entre Valérie Plante et Denis Coderre ont été les plus vifs. On les voit ici lors d'un débat le 29 septembre 2021.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est sur le terrain de la mobilité et des pistes cyclables que les échanges entre Valérie Plante et Denis Coderre ont été les plus vifs. On les voit ici lors d'un débat le 29 septembre 2021.

Les deux principaux candidats à la mairie de Montréal ont promis une plus grande écoute et moins de lourdeurs administratives aux gens d’affaires, mais c’est sur le terrain de la mobilité et des pistes cyclables que les échanges entre Valérie Plante et Denis Coderre ont été les plus vifs lors du débat organisé lundi soir par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Animé pas la journaliste Esther Bégin, qui encadrait de près les temps de parole, le débat portait sur les thèmes chers aux gens d’affaires, comme la relance économique, la congestion routière, la lourdeur bureaucratique de la Ville de Montréal et les taxes.

Lors du dévoilement de sa plateforme électorale la semaine dernière, Valérie Plante s’était déjà engagée à ne pas hausser les taxes au-delà de l’inflation. Denis Coderre a laissé entendre que s’il devait hausser les taxes, celles-ci ne dépasseraient pas l’inflation. « Mais de geler les taxes, il faut faire attention », a-t-il dit.

Le chef d’Ensemble Montréal en a profité pour porter quelques attaques à l’endroit de son adversaire en lui rappelant qu’aussitôt élue en 2017, Valérie Plante avait brisé sa promesse électorale de ne pas hausser le fardeau fiscal des Montréalais au-delà de l’inflation. « M. Dorais disait que ce n’était pas grave parce que c’était 118 piastres par personne seulement par année », a-t-il souligné.

Valérie Plante a rétorqué que pendant son mandat entre 2013 et 2017, son adversaire avait haussé les taxes de 2,1 % en moyenne par année alors que sous son administration, le fardeau fiscal des Montréalais avait augmenté d’environ 1,8 % par année, a-t-elle fait valoir.

Aucun des deux n’a cependant été en mesure de préciser le coût total de leurs engagements électoraux. « On va le chiffrer en temps et lieu », a indiqué Denis Coderre.

Autos contre vélos

Le thème de la mobilité a donné lieu aux échanges les plus belliqueux de la soirée, notamment lorsque la question du Réseau express vélo (REV) est venue sur le tapis.

Denis Coderre a reproché à sa rivale son « dogmatisme » et sa position « anti-voitures » qui ne tient pas compte des enjeux de cohabitation, selon lui. « Le problème de la piétonnisation ou des gestes que vous avez posés au niveau de certaines pistes cyclables, c’est qu’il n’y a pas eu de consultations et là, il y a un problème de cohabitation. […] Ce n’est pas en étant anti-voitures qu’on va aider quoi que ce soit. On ne peut pas faire des pistes cyclables juste pour faire des pistes cyclables. »

« Je ne suis pas anti-voitures, je suis pro-sécurité », a répliqué Valérie Plante. « Sur la rue Saint-Denis, depuis 2014, il y avait eu 300 collisions, dont 3 morts. À un moment donné, il faut agir pour les plus vulnérables. Pour moi, Vision zéro, ce n’est pas juste un slogan, ce sont des gestes courageux et forts », a-t-elle affirmé.

La mairesse sortante a évoqué les similitudes entre le REV Saint-Denis et les pistes cyclables mises en place par la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, sur l’avenue des Champs-Élysées. « Ça vous a fatiguée que Mme Hidalgo soit mon amie ? », a lancé Denis Coderre. « Ça vous travaille un peu. C’est correct. »

Denis Coderre a réitéré son intention de réaménager le REV Bellechasse de manière à réintégrer plus de places de stationnements.

Écofiscalité

Les deux candidats ont été invités à se prononcer sur leurs intentions en matière d’écofiscalité. Selon un sondage réalisé par la CCMM auprès de ses membres, 66,1 % des répondants se sont prononcés en faveur d’une tarification de l’eau selon les volumes de consommation et 65,7 % se sont dits favorables à une tarification similaire pour la collecte des déchets résidentiels et commerciaux.

Valérie Plante a qualifié de très « pertinentes » des mesures comme une taxe kilométrique ou des mesures liées à la collecte des déchets pour diversifier les sources de revenus de la Ville et de diminuer les émissions de gaz à effets de serre.

Denis Coderre, qui a accusé son adversaire de n’avoir rien fait en matière d’écofiscalité dans les quatre dernières années, a indiqué son intention de mettre sur pied un comité sur la fiscalité « stratégique et modulaire », pour les commerçants et les hôteliers notamment, et d’étudier la question des « green bonds », un système d’obligations qui permettrait de financer les mesures de verdissement et les transports collectifs.

Les entrepreneurs, les promoteurs et les commerçants se plaignent de la lourdeur administrative et des délais qui leur sont imposés par la Ville pour les permis et l’approbation de leurs projets. Valérie Plante a souligné que l’obtention des permis par Internet était désormais possible et qu’il fallait développer une réglementation adaptée aux réalités des différents arrondissements.

Denis Coderre estime pour sa part que l’administration Plante n’a pas démontré sa capacité à faciliter la vie aux commerçants, à la lumière des problèmes rencontrés par certains commerçants concernant leur permis de terrasses. « Projet Montréal et développement, ça ne va pas ensemble », a-t-il soutenu.

Malgré toutes les critiques à l’endroit de son adversaire, Denis Coderre a tout de même eu de bons mots pour la mairesse sortante au sujet du Grand parc de l’Ouest. « Le parc de l’Ouest — félicitations en passant —, on va le garder. Je pense que c’est une excellente initiative », a dit M. Coderre.

Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, n’avait pas été invité à la tribune de la CCMM, les organisateurs jugeant que son parti ne récoltait pas suffisamment d’intentions de vote selon les sondages pris en considération.

À voir en vidéo