Valérie Plante et Denis Coderre se renvoient la balle sur la gestion des logements sociaux

Le bilan de l’ancienne stratégie d’inclusion de logements sociaux de la Ville de Montréal est mitigé.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le bilan de l’ancienne stratégie d’inclusion de logements sociaux de la Ville de Montréal est mitigé.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a brandi mardi la menace d’un retour à « l’ère d’avant Gérald Tremblay » en matière de gestion des logements sociaux, si Denis Coderre devient maire le mois prochain. Le principal intéressé blâme plutôt le manque de collaboration de l’administration au pouvoir avec les promoteurs immobiliers.

Un dossier exhaustif du Devoir publié mardi lève le voile sur les ratés de l’ancienne stratégie d’inclusion en matière de logements sociaux de la Ville de Montréal, qui a incité de grands promoteurs immobiliers à opter pour la porte de sortie de la compensation financière au lieu d’inclure un peu plus de 1900 logements sociaux dans leurs projets, entre 2012 et 2020.

« Les promoteurs prenaient toujours la solution la plus simple, qui est de compenser, mais finalement, ce qu’on veut, ce n’est pas juste une compensation, c’est de construire du logement abordable et social dans le centre-ville. On ne veut pas juste que ce soit les mieux nantis qui puissent se loger ici », a réagi mardi Valérie Plante, en marge d’une conférence de presse au centre-ville. Mme Plante promet ainsi de corriger le tir avec le Règlement pour une métropole mixte (RMM), qui a remplacé l’ancienne stratégie d’inclusion de la Ville le 1er avril dernier.

Ce règlement prévoit l’inclusion de 20% de logements sociaux dans les projets immobiliers de 5 logements et plus, tandis que les exigences en matière de logements abordables ne sont désormais appliquées qu’à certains secteurs en développement dans la métropole. Ce règlement maintient d’ailleurs la possibilité pour les promoteurs de remettre des compensations financières, même si celles-ci ont été revues à la hausse.

« Vous savez, avant notre règlement, il n’y avait pas de règles précises et c’est ce qui a provoqué la crise du logement ici dans le centre-ville de Montréal », a renchéri Mme Plante, qui a brandi la menace d’un retour « à l’ère avant [l’ancien maire] Gérald Tremblay », à l’origine de la première stratégie d’inclusion de la Ville, si M. Coderre est porté au pouvoir en novembre.

Le chef d’Ensemble Montréal propose d’abolir le RMM et de le remplacer par une nouvelle politique d’inclusion rabaissant à 15% les exigences en matière de logements sociaux dans les projets immobiliers de 25 unités et plus. Une proposition qui ressemble à l’ancienne stratégie d’inclusion, dont la première mouture a été adoptée en 2005. Or, « si le modèle précédent avait fonctionné, on ne serait pas dans la situation actuelle », a lâché Mme Plante, dont le parti promet 60 000 nouveaux logements abordables dans les prochaines décennies.

« Ça m’inquiète. Et pour être bien honnête avec vous, j’espère assidument que les Montréalais et les Montréalaises vont s’intéresser à la question », a ajouté Mme Plante, qui espère que l’habitation sera « la question de l’urne » en novembre. C’est d’ailleurs ce qu’un récent sondage du Devoir laisse présager.

Collaborer avec les promoteurs

Si des promoteurs ont opté massivement pour des compensations financières dans les dernières années, au lieu d’inclure des logements sociaux dans leurs projets immobiliers, c’est notamment en raison de la lourdeur administrative de la Ville, a répliqué Denis Coderre, mardi. « Il y a des projets que ça prend deux ans avant d’avoir des permis [de construction] », a-t-il déploré au Devoir en marge d’une conférence de presse dans l’arrondissement du Sud-Ouest.

« On ne voulait pas travailler avec les promoteurs », a renchéri l’ancien maire de Montréal, qui estime que la Ville en a carrément fait des « ennemis » dans les dernières années. Or, « on n’a pas le choix de travailler avec le privé » si on veut concrétiser des projets de logements sociaux, puisque la Ville ne construit pas d’unités, a rappelé mardi après-midi la candidate à la mairie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve pour Ensemble Montréal, Karine Boivin-Roy.

Celle-ci prenait alors part à un débat sur les questions d’habitation organisé par divers organismes communautaires, auquel ont aussi été invités l’élu de Projet Montréal Robert Beaudry et le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness.

Denis Coderre promet ainsi de « travailler de façon beaucoup plus inclusive, avec des règlements bien sentis qui vont protéger évidemment la population, mais qui ne seront pas une république de dérogations » pour les promoteurs.

Le parti propose aussi d’inclure un minimum de 30% de logements sociaux, étudiants et familiaux dans des projets immobiliers qui verraient le jour sur des terrains « sous-utilisés » de la Ville, a rappelé Mme Boivin-Roy, en plus de promettre 50 000 logements de différents types d’ici 4 ans.

Balarama Holness, qui souhaite réaliser 30 000 logements locatifs abordables à Montréal, propose quant à lui d’accorder « un statut étatique » à la Ville de Montréal, en augmentant ses pouvoirs en matière de taxation. Celle-ci aurait ainsi les coudées franches pour financer du logement social sans dépendre financièrement de Québec et d’Ottawa, a fait valoir l’aspirant politicien, qui a par ailleurs promis de mettre fin à la « porte de sortie » du RMM, en interdisant l’option de la compensation financière.

« On veut mettre des règles claires pour encadrer l’immobilier », a pour sa part affirmé M. Beaudry, qui souhaite maintenir des logements abordables pendant des décennies en encadrant la réalisation de ceux-ci sur des terrains acquis par la Ville par le biais de son droit de préemption.

Les partis ont par ailleurs débattu du meilleur moyen de mettre en place un registre des baux pour limiter les hausses des loyers des locataires à l’échelle de la métropole, le gouvernement Legault ayant fermé la porte à une telle initiative à l’échelle provinciale. Mme Boivin-Roy a ainsi évoqué la création d’un registre « volontaire », ce que M. Beaudry a décrié, proposant plutôt une mesure « obligatoire » pour les propriétaires.

Avec Jeanne Corriveau

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